Financement climatique : adaptation et tensions Nord-Sud
Le financement climatique demeure l’enjeu structurant, et le talon d’Achille, des COP successives, et Belém n’a pas échappé à cette dynamique. Le Mutirão mundial appelle à tripler d’ici 2035 les financements destinés à l’adaptation des pays en développement, par rapport à l’objectif de 40 milliards de dollars fixé pour 2025. Cette adaptation concerne la protection des écosystèmes, la résilience des infrastructures, la sécurité alimentaire ou encore la prévention des catastrophes climatiques. Pourtant, malgré l’affichage d’une ambition accrue, aucun engagement ferme n’a été pris pour augmenter immédiatement les flux financiers. Les pays développés se contentent de promettre une table ronde consacrée au nouvel objectif financier collectif, qui doit atteindre au moins 300 milliards de dollars publics et 1 300 milliards en combinant fonds publics et privés à l’horizon 2035. En marge du processus officiel, le Brésil a lancé un nouveau fonds innovant, Tropical Forests Forever Fund (TFFF), destiné à récompenser la protection effective des forêts grâce à un mécanisme d’investissement dont les bénéfices seront redistribués aux États participants. Initialement doté d’environ 7 milliards de dollars, issus notamment du Brésil, de la Norvège, de l’Allemagne, de l’Indonésie, de la France et du Portugal, il vise à terme 125 milliards de capital, dont 100 milliards issus d’investisseurs privés. Ce fonds pourrait devenir un outil majeur de conservation, même si son efficacité dépendra de sa capacité réelle à attirer des capitaux et contrôler l’intégrité des surfaces forestières protégées. En parallèle, les pays du Sud rappellent que les engagements actuels restent très en-deçà des besoins réels : certains réclament plus de 1 100 milliards par an, arguant que les sommes mobilisées jusque-là par les pays riches, notamment les 42,7 milliards d’euros que l’UE a fournis en 2024, ne suffisent pas.
Les ONG insistent également sur la nécessité d’une transparence accrue, d’un partage équitable des responsabilités et d’un financement davantage orienté vers les mesures d'adaptation. La COP30 révèle ainsi la persistance d’un fossé profond entre les attentes des pays vulnérables et la prudence financière des grandes économies industrialisées, un fossé susceptible de compromettre la crédibilité de l’action climatique mondiale.
Géopolitique du climat : absences majeures et fragilité du multilatéralisme
La COP30 a été marquée par une configuration géopolitique singulière qui a pesé sur sa dynamique. Les trois plus grands émetteurs de la planète (Chine, États-Unis, Inde) étaient représentés par des délégations de second rang, voire, sans aucune délégation dans le cas américain. Ce retrait, aggravé par la sortie américaine de l’Accord de Paris sous la présidence Trump, laisse l’Union européenne en première ligne. Or l’UE, qui ne représente que 5,9 % des émissions mondiales, se retrouve isolée dans son engagement, tiraillée entre ses obligations internationales et un contexte interne dominé par les priorités industrielles, sécuritaires et militaires. Les dirigeants européens présents à Belém, notamment Ursula von der Leyen, Emmanuel Macron et Keir Starmer, ont défendu une approche résolument multilatérale, promettant de maintenir l’Europe comme premier bailleur de financement climatique via l’initiative Global Gateway. Pourtant, la crédibilité du bloc est elle-même contestée : certains élus européens dénoncent une politique climatique qui fragilise la compétitivité de l’industrie et entraîne des délocalisations au profit de pays moins exigeants sur le plan environnemental. Pour les ONG, la question est tout autre : elles s’inquiètent de l’essoufflement de l’action mondiale et demandent à l’UE de jouer un rôle moteur pour combler les écarts d’émissions, renforcer la justice climatique et préserver la solidarité internationale. Cette fracture entre ambitions affichées, réalités politiques et stratégies nationales concurrentes illustre la crise de confiance qui touche le multilatéralisme climatique. À Belém, les débats ont également été parasités par les critiques sur l’incapacité des grandes puissances à aligner leurs politiques industrielles sur leurs engagements climatiques, alors même que la Chine, l’Inde et les États-Unis concentrent à eux seuls près de la moitié des émissions mondiales. Dans ce paysage morcelé, la COP30 apparaît comme une tentative de sauver la coopération internationale plutôt que de la renforcer véritablement. Elle met en lumière un monde où la lutte contre le changement climatique dépend de plus en plus de coalitions volontaires, de fonds spécialisés et d’initiatives fragmentées, faute d’engagement global et contraignant des principaux responsables du réchauffement.