Ironie du sort ou décision mûrement réfléchie, il quitte Dior en 1989, l’année suivante, comme pour tourner la page du luxe tapageur et entamer un chapitre plus intime et authentique. La chasse en forêt, les rencontres champêtres, les rituels du territoire, tout cela devient partie intégrante de son quotidien. On le croise, toujours discret, dans la grande forêt de Châtillon, le regard affûté, loin de la presse de mode et des objectifs. Jusqu’à la fin de sa vie, Marc Bohan demeure un résident apprécié mais réservé, cultivant cette élégance du silence qui le caractérisait déjà dans son travail de couturier. Il n’y avait rien de paradoxal dans cette double vie : au contraire, elle illustrait la cohérence d’un homme pour qui le raffinement ne s’exprimait pas seulement dans le vêtement, mais aussi dans l’art de vivre. Même éloigné des podiums, il continuait à créer, à dessiner, parfois pour lui, parfois pour quelques maisons ou projets confidentiels. Il s’est éteint en 2023, à l’âge de 97 ans, laissant derrière lui non seulement une œuvre immense dans l’histoire de la haute couture française, mais aussi le souvenir d’un homme libre, raffiné, enraciné dans deux mondes que tout semblait opposer. À Châtillon-sur-Seine, on se souvient d’un voisin discret, d’un amateur de traditions, d’un homme à la double identité : couturier des reines, mais aussi gentleman campagnard.