Les serpents figurent parmi les animaux qui suscitent le plus de peur chez les humains, et cette réaction semble loin d’être un simple hasard culturel. Selon de nombreux scientifiques, dont la primatologue Lynne A. Isbell, cette crainte trouve son origine dans plusieurs millions d’années d’évolution. Les premiers primates ont vécu dans des environnements lumineux où la vue est rapidement devenue leur sens principal. Cette dépendance aurait été fortement influencée par la présence des serpents, prédateurs redoutables auxquels ils étaient régulièrement confrontés.
Isbell développe cette idée dans sa « Snake Detection Theory », selon laquelle la coévolution entre serpents et primates aurait contribué à affiner progressivement nos capacités visuelles. Cette évolution se serait renforcée sous deux pressions majeures : survivre à ces prédateurs et trouver de la nourriture. Vivre dans les arbres, en plein jour, aurait stimulé le développement d’une vision précise, capable de distinguer rapidement dangers et ressources. Des preuves génétiques soutiennent cette hypothèse : les primates d’Asie et d’Afrique présentent une certaine résistance au venin de cobra, signe de leur longue cohabitation avec ces reptiles. À l’inverse, les primates de Madagascar et d’Amérique du Sud, qui n’ont jamais évolué aux côtés de cobras, n’ont pas développé cette adaptation. La transmission de cette peur apparaît également dans le comportement des singes actuels. Des expériences montrent qu’un jeune singe peut apprendre à craindre les serpents en observant des congénères plus âgés réagir avec prudence. En revanche, aucun apprentissage ne se produit face à des objets inoffensifs. Même élevés en captivité et loin des menaces naturelles, certains macaques manifestent encore une réaction de vigilance mêlée de fascination en présence de serpents. Chez les humains, cette réponse s’appuie sur deux systèmes visuels complémentaires : l’un réagit inconsciemment et de manière quasi instantanée, tandis que l’autre analyse consciemment la situation. C’est ce traitement en deux temps qui explique pourquoi nous sursautons parfois avant même d’avoir identifié ce que nous avons vu. Cette réaction de défense automatique, héritée de nos ancêtres, reste active aujourd’hui, qu’il s’agisse d’une randonnée, d’un jardin ou même d’une branche suspecte au sol. Ainsi, la peur des serpents n’est pas qu’un réflexe irrationnel, mais le vestige d’un très ancien face-à-face entre nos lointains ancêtres et l’un de leurs plus grands prédateurs.
Pourquoi a-t-on aussi peur des serpents ?
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Pourquoi a-t-on aussi peur des serpents ?