La chasse moderne, dans sa version réhabilitée et décomplexée, ne se conçoit plus comme une simple activité de prélèvement. Elle s’affirme comme une pratique culturelle, écologique et humaine qui mérite d’être défendue, assumée et transmise. Cette vision insiste sur une chasse responsable, consciente et intégrée à la gestion durable des milieux naturels et des communautés humaines. Elle représente une école de lucidité, de modestie et d’engagement où le compagnon essentiel du chasseur n’est plus l’arme, mais la responsabilité.
Au fondement de cette approche se trouvent cinq principes éthiques intangibles :
- la poursuite équitable : le chasseur doit offrir au gibier une réelle chance d’échapper. La réussite n’est pas dans la prise facile, mais dans l’effort, la patience, la maîtrise technique et la lecture du terrain. Ce principe impose de refuser toute technologie, méthode ou pratique annulant l’incertitude qui fait la noblesse de la chasse ;
- le respect du bien-être animal : un chasseur moderne vise une mise à mort rapide et certaine, bannissant les dispositifs qui déshumanisent ou industrialisent l’acte ;
- la transparence et la responsabilité : la chasse doit s’inscrire dans une logique de traçabilité, de participation au suivi scientifique et de respect des règles de gestion durable des populations ;
- l’humilité culturelle : reconnaître la pluralité des pratiques, mais défendre un socle moral commun, fondé sur le respect et non sur la rentabilité cynégétique ;
- la transmission intergénérationnelle qui constitue un devoir essentiel : enseignement, technique, écologie, sécurité et éthique est la condition pour assurer une chasse moderne, consciente et durable.
Sur le terrain, cette vision impose des pratiques claires. On favorise les modes de chasse où l’incertitude demeure, et l’on refuse les appâts permanents, les pièges systématiques ou les élevages fermés transformant le gibier en produit. Les technologies modernes ne sont pas bannies, mais reléguées au rôle d’aides ponctuelles, jamais de substituts au jugement.
Le chasseur moderne documente ses actes, contribue aux inventaires locaux, participe à la science citoyenne et rend compte du sens comme des résultats de ses prélèvements. La communication constitue un chantier majeur. Pour retrouver la place sociale qui fut la sienne, la chasse doit être racontée honnêtement : son rôle dans la régulation écologique, sa participation au financement de la conservation, la formation qu’elle apporte au respect du vivant et à la compréhension du milieu. Communiquer signifie aussi montrer ce qui ne se voit pas : les engagements associatifs. La chasse doit redevenir visible comme école d’humilité et de responsabilité, et non comme loisir spectaculaire. Enfin, cette vision impose des actions collectives. Codes de bonnes pratiques co-construits avec les biologistes et les institutions, financement renforcé de la recherche appliquée, lutte contre l’industrialisation du trophée et généralisation de formations obligatoires à l’éthique, à la sécurité, à l’écologie et à la balistique responsable. Pour restaurer pleinement la valeur de la chasse, chaque chasseur doit agir sur trois leviers : se conformer à ces principes, s’engager publiquement, et participer aux structures de gestion locale. C’est par cette voie que la chasse retrouvera sa dimension fondatrice : un acte culturel enraciné dans le respect du vivant.