De l’illégalité à la légalité…

A l’époque féodale, le « Droit de Garenne » était un droit exclusif de chasse des seigneurs, et la chasse restait libre, hors garenne, pour les non-nobles. Mais, par ordonnance du 10 janvier 1396, Charles VI autorisa l'exercice de la chasse au seul profit de la noblesse, dans et hors les garennes. La nature des sanctions, prononcées par les seigneurs, variait selon les coutumes, et c’est ce droit exclusif de la chasse qui fût aboli, quatre siècles plus tard, par la loi du 4 août 1789, suivi le 11 août 1789, par un décret qui stipulait que, désormais : « Tout propriétaire a le droit de détruire et faire détruire, seulement sur ses possessions, toutes espèces de gibier, sauf à se conformer aux lois de police qui pourraient être faites relativement à la sûreté publique ». C’est alors que l’exercice de la chasse devint anarchique, le gibier étant systématiquement détruit et les cultures dévastées par les chasseurs. Un autre décret fut adopté d’urgence le 30 avril 1790, pour interdire la chasse sur le terrain d'autrui sans le consentement du propriétaire, sous peine de sanctions pénales. Les peines prévues étaient tellement lourdes que la loi ne put être appliquée avec rigueur, et fut finalement peu respectée. Il fallut attendre la loi du 3 mai 1844 pour obtenir une réglementation générale de l’exercice de la chasse, qui forme les fondations de notre droit actuel. Cette loi institua un nouveau droit, plus restrictif pour les nobles, puisqu’il supprimait bien des privilèges acquis, de fait, au cours des trois siècles précédents. Ces nouveaux critères, admis ou revendiqués, provenant des normes et des pratiques sociales de l’époque, allaient façonner une hiérarchie à l’intérieure de laquelle chacun devait trouver sa place. Mais, de nouveau, la classe sociale allait permettre à une élite émergente d’instaurer la domination de la nature, et en moins d’une génération, vers le milieu du 19e siècle, la chasse qui ne comprenait pas d’interdit puisque seul le résultat comptait quels que fussent les moyens imaginables employés, devint victime de sa démocratisation. Son encadrement légal n’avait pas mis fin aux méthodes employées depuis des décennies et les nouveaux chasseurs, qui bravaient la récente réglementation, allaient exercer leur talent là où justement les dresseurs de braques éduquaient leurs chiens. Les nouveaux « braconniers » étaient nés…