C’est la guerre en Ukraine qui a été mise en avant par le ministère de la Transition écologique pour suspendre l'interdiction de broyage des jachères, normalement applicable entre le 1er mai et le 15 juillet. « L'invasion de l'Ukraine par la Russie, a provoqué une forte hausse des prix des produits de base et une incidence sur l'offre et la demande. Pour remédier à ces situations, il convient d'accroître le potentiel de production agricole de l'Union européenne, tant pour l'alimentation humaine que pour l'alimentation animale », justifiait le ministère de la Transition écologique. Cette suspension, qui avait été décidée pour l'année 2022, l’a été de nouveau pour l'année 2023, à titre rétroactif, par un arrêté interministériel paru vendredi 1er septembre au Journal officiel. Ce texte permet de déroger à certaines exigences de conditionnalité des aides de la politique agricole commune (PAC) pour la campagne 2023. Mais ça c’est le passé… Pour 2024, c’est de nouveau une majorité d'avis défavorables au projet de dérogation, car « les jachères présentent, pour la grande majorité, un potentiel de production très limité (sols pauvres ou difficiles d'accès). En revanche, elles ont une grande importance pour la biodiversité. Elles sont des espaces privilégiés pour les oiseaux nicheurs au sol, notamment pour l'alouette des champs, la perdrix grise ou encore l'œdicnème criard, trois espèces en mauvais état de conservation ». Mais rien n’est encore décidé, ce qui plonge les agriculteurs dans l’incertitude. La dérogation sera-t-elle reconduite pour la campagne 2023-2024 ? Roch-Marie Stern, du service études économiques et PAC au sein de la FNSEA explique : « Beaucoup d’États membres demandent le renouvellement de la dérogation jachère Ukraine, mais il semble compliqué, pour la Commission européenne, d’accéder à cette requête car il y a déjà eu une dérogation en 2023. Or, une seule dérogation par programmation n’apparaît possible. L’enjeu est de déterminer comment y remédier d’un point de vue réglementaire et juridique. On conseille aux agriculteurs de respecter la BCAE 8 telle qu’elle est écrite dans le règlement européen. Si le plus accessible est de mettre en place de la jachère, il existe également d’autres solutions, comme les infrastructures agroécologiques (IAE) ».