Afin de trouver la justification à l’acte de chasse, et lui donner une valeur symbole, le nemrod moderne hiérarchise, souvent malgré lui, ses prélèvements. Il a besoin de montrer qu’il a les capacités requises pour affronter, sur son terrain, la faune sauvage, et la vaincre. Dans ces considérations, vient en premier le trophée. Sa grandeur ou son importance efface totalement le poids et la grosseur de la capture. Quand il y a trophée, la notion de masse de venaison n’existe plus, reléguée au rang de vestiges du passé par quelques centimètres de plus de « tables d’usure » ou de merrains, voire de tours de meules et autres anneaux de croissance de cornes. Il est vrai que, aujourd’hui, les kilos de viande ne sont plus appréciés de la même façon... En l’absence de trophée, c’est le poids de l’animal qui reprendra le dessus. Cette seconde place sera obtenue par la grosseur de la capture. Ensuite viendra la quantité. Les doublés, les triplés, les quadruplés et autres « doublés de doublés » arriveront difficilement à redorer le blason de ceux qui sont en recherche de légitimité. Enfin, en queue de peloton, pour recevoir les félicitations de ses pairs, le chasseur n’aura d’autre alternative que de s’appuyer sur la difficulté du tir. Si la pièce est menue et éloignée, au déplacement rapide, son adresse l’emportera sur un gibier « immanquable », comme celui qui s’est présenté à son voisin, au pas et à quelques mètres. Nous entrons là, dans une sorte de perversion cynégétique qui a déjà eu raison d’un bon nombre de jeunes qui ont tourné le dos à la chasse, ne reconnaissant pas en elle l’engagement indispensable qu’ils étaient sans doute prêts à lui accorder. Et puis il y a ces images que véhiculent les réseaux sociaux, et qui desservent dramatiquement le monde de la chasse. Ce sont ces séances d’abattage, que seuls leurs auteurs et quelques voyeurs pensent être un exploit. Ces images-là, gardez les pour vous, mais de grâce ne les diffusez pas. La chasse, c’est tout le reste, sauf ça !