Occupation de l’espace

Du point de vue de l’occupation de l’espace, un suivi par GPS indique que le domaine territorial des femelles se réduit considérablement en hiver. Les chevrettes mettent donc tout en œuvre pour que le, ou les fœtus, aient à souffrir le moins possible des rigueurs du climat. Cependant, les rudesses de l’hiver, notamment les chutes de neige, rendent moins accessibles les ressources alimentaires déjà appauvries. Là encore, l’étude « Cervi’Bauges » montre que, dès que la neige sévit en recouvrant le sol, les animaux entrent très facilement dans les caisses de reprise appâtées à l’aide de ronces ou de branches de lierre. On a même vu un animal se faire reprendre plusieurs fois, à seulement quelques jours d’intervalle… ce qui pourrait signifier que les chevrettes peuvent souffrir de malnutrition pendant l’hiver. De là à penser que le ou les fœtus qu’elles portent souffrent également, il n’y a qu’un petit pas à franchir. En effet, tel que l’indiquent les travaux menés par l’ONCFS, une diminution du poids des chevrettes affecte le poids de naissance et le développement corporel des faons. D’autres études montrent que, si une fraction de jeunes chevrettes n’acquiert pas un poids suffisant, ces femelles juvéniles ne peuvent mettre bas à l’âge de deux ans. La première reproduction est par conséquent décalée d’un an. De par les conséquences directes qu’il peut avoir sur le poids de naissance des faons, à travers un amaigrissement des chevrettes, un hiver rigoureux est à même de perturber de façon significative l’évolution d’une population de chevreuils. Ce paramètre est à verser à la liste des nombreux indicateurs qui permettent de mesurer le bon équilibre d’une population dans son milieu.

 

L’observation des corps jaunes

Compte-tenu de la diapause embryonnaire, il n’est pas possible d’observer le fœtus sur les chevrettes prélevées à la chasse avant fin janvier. Cependant, le nombre de corps jaunes sur les ovaires permet d’estimer le nombre d’embryons que la chevrette porte. Dans la majorité des pays d’Europe, la moyenne est de deux. Au registre des exceptions, une chevrette tuée sur une route, en Allemagne, portait cinq fœtus.