En France il est abondant, et on le rencontre sur la quasi-totalité du territoire continental. Sa population totale est estimée à environ 1 500 000 têtes avant chasse, et les prélèvements connus sont aujourd’hui de l’ordre de 600 à 700 000 animaux par an. Le jeune jusqu'à l’âge de six mois est un faon, et par la suite prend le nom de chevrillard quel que soit son sexe. Devenu adulte, il toisera de 60 à 80 centimètres au garrot et pèsera de 18 à 25 kg suivant les régions, les mâles pesant en moyenne 2 à 4 kg de plus que les femelles. Dans les milieux très riches, certains sujets peuvent atteindre plus de 30 kg, mais cela reste assez rare. Le chevreuil est anoure, et sa conformation anatomique en fait un animal prédisposé au déplacement par bonds. Ses membres antérieurs sont relativement courts et les postérieurs plus longs et fléchis. Son odorat, fin et subtil, lui permet de déceler des effluves à de grandes distances. L'information olfactive qu’il perçoit est sensible, fidèle et sélective. Il mémorise parfaitement les odeurs, gage d'une certaine sécurité. Toujours sur le qui-vive et attentif aux bruits environnants, le chevreuil a l’oreille fine. Elles sont d’ailleurs relativement grandes, ouvertes et mobiles, ce qui lui permet de capter les sons les plus ténus. Le chevreuil est en outre capable, comme beaucoup d'animaux d'ailleurs, de faire le tri entre les bruits qui lui sont familiers, non inquiétants, et l'insolite qui pourrait être dangereux. Sa vue, que l'on dit peu aiguisée, lui permet quand même de très bien surveiller son environnement. Sa curiosité naturelle lui fait adopter des comportements qui peuvent laisser penser que sa vue n'est pas trop perçante, il n'en est certainement rien. Comme beaucoup de mammifères, il perçoit assez mal les couleurs et ce sera toujours le contraste ou le mouvement qui l'alerteront.

 

L'expansion de l'espèce

La maturité sexuelle de la chevrette est atteinte, dans la plupart des cas, vers l'âge de 14 à 15 mois. La période d'œstrus est brève (48 heures maximum). L'activité sexuelle se situe en période de jours longs, principalement de début juillet à mi-août, période très active du rut. L’accouplement est assez rapide et sans trop de préliminaires après une course effrénée derrière la femelle, traçant sur le terrain les fameux ronds dits « de sorcière ». Dès la saillie, si elle est réussie, commence alors la gestation, rapidement bloquée par un phénomène appelé diapause embryonnaire ou ovo-implantation différée. Cette particularité se retrouve d'ailleurs chez d'autres espèces, notamment des mustélidés tels que la martre, la fouine ou le blaireau. Après la fécondation, l'œuf ainsi formé (le corps jaune) évolue pendant quelques jours et se niche dans un repli des cornes utérines avant de migrer vers l'utérus. Le développement de l'embryon cesse alors jusqu'en décembre/janvier. Cette première phase de progestation dure de 5 à 6 mois. Il est donc très difficile, sans examen spécifique, de se rendre compte d'une fécondation existante pendant l'hiver, ce qui fait qu’à la chasse, bien des chasseurs sont convaincus de ne pas avoir tué une femelle pleine. Mais bien que cela ne se voit pas, elle est très souvent gestante. Ce n’est qu’à partir de fin décembre et courant janvier que le développement de l’embryon reprendra jusqu’à la naissance du faon qui interviendra de fin mai à fin juin, période où l’herbe est la plus riche et abondante, permettant une lactation suffisante et de qualité. Sans cette ovo-implantation différée, le rut ayant lieu en été, les naissances se passeraient en plein hiver, époque bien peu propice à l'élevage des jeunes. Les naissances de jumeaux sont généralement la règle, même pour les primipares dans de bonnes conditions d'alimentation. Il est admis, pour l'espèce, une moyenne de 1,8 faon par femelle. La lactation dure jusqu’en automne, mais très tôt après leur naissance les faons commencent à prélever de la nourriture végétale. En principe, une chevrette est féconde pendant toute sa vie, qui est en moyenne la moitié de son potentiel, en territoire chassé. Les faons sont tenus à l'écart de leur mère et parfois isolés les uns des autres, leur immobilité et leur livrée tachetée étant leur unique mais efficace défense. La chevrette, même si elle n'est pas au contact direct de ses jeunes ne les abandonne pas pour autant. C’est la raison pour laquelle il ne faut jamais toucher, et encore moins déplacer un faon. C’est une règle essentielle à leur survie. Malheureusement, tous les ans, malgré une campagne d'affichage et d'information, un grand nombre de ces petits animaux sont voués à la mort par la faute de gens ignorants, pourtant plein de bonne volonté et d'intentions louables.