Triste constat, résultat d’une politique irresponsable, la Meuse est championne de France des dégâts de sangliers. Faisant partie des promoteurs de ce bel outil qu’est le plan de chasse sanglier, je précise que c’est le seul moyen d’imposer un minimum et un maximum de prélèvement, et de les contrôler. Lors de la réunion sur les dégâts de sangliers en Meuse, qui s’est déroulée en mars 2020 à Chauvoncourt, mon intervention a été coupée brutalement par l’animateur, aujourd’hui président de la FDC 55, et il ne m’a pas été permis de la développer. Elle proposait, en conclusion : « C’est au territoire de chasse que doivent être appliquées la gestion et la responsabilisation du sanglier. Sur les terres agricoles, il faut autoriser la chasse du sanglier sans limitation, en tout temps, à toutes heures, en tous lieux et par tous moyens légaux ». Certes, nous avons tous, plus ou moins, contribué au problème des dégâts, révélateur d’une chaine de disfonctionnements. Mais le sanglier est un animal extraordinaire qui galvanise toutes les passions et, comme tout ce qui est passionnel, il est difficile d’éviter excès et démesure. Cette « démesure » (hubris en grec), était considérée comme l'un des pires péchés et encourait une punition divine dans l'antiquité gréco-latine. C’est sans doute la raison pour laquelle, en 1982 déjà, le sujet commençait à inquiéter. Alors que l’on se basait, à l’époque, sur un taux d’accroissement annuel d’une population de sangliers de 100%, j’écrivais dans le bulletin « Spécial sanglier » de l’Association Meusienne des Chasseurs de Grand Gibier : « Je remercie M. Aimé Aumaitre, directeur adjoint de la station de recherches INRA, centre de St Rennes Saint Gilles, pour les précieux documents qu’il a bien voulu me confier pour les exploiter ». Aimé Aumaitre, chercheur lui-même dans ce domaine, était en charge de la collecte de toutes les publications concernant le sanglier. La masse des documents étudiés et les connaissances de l’époque, me permettait d’ajouter : « L’accroissement d’une population de sangliers est extrêmement variable : de 60% à 400% de l’effectif des femelles, c’est-à-dire 30% à 200% de la population totale avant naissance, lorsqu’il y a équilibre des sexes… Cet accroissement dépend de la structure d’âge de la population, du taux de survie des marcassins selon les conditions climatiques au cours des premiers mois de vie ». Puis en 2012, suite à de nouvelles études allemandes, je précisais dans la revue Plaisirs de la Chasse : « La connaissance de ce bel animal évolue sans cesse comme le démontrent les travaux menés par Appelius, Steinfeldt ou encore Pohlmeyer et Sodeikat confirmés par Gethöffer sur des populations naturelles chassées en basse Saxe. On retiendra essentiellement : « compte tenu des disponibilités alimentaires, la plupart des jeunes sangliers, nés au printemps, sont en mesure de se reproduire la première année, et les jeunes laies sont aujourd’hui en mesure de sevrer autant de jeunes que les laies plus âgées… ». Ces éléments impliquent que la prolificité à prendre en compte, pour l’espèce sanglier, n’est plus de 100 à 150% comme on l’a longtemps cru, mais plutôt de 250 à 300%, explication des explosions de populations non contrôlées, observées ces dernières années.

 

La notion de massifs

Selon l’ONCFS, aujourd’hui OFB : « Pour son occupation spatiale, le sanglier montre une grande sédentarité. Ainsi, le domaine vital des mâles est généralement plus vaste que celui des femelles et, en France, la littérature fournit des estimations variables en fonctions des types d’habitats fréquentés, allant de 500 à 3000 hectares, quel que soit le sexe de l’animal ». Tout le monde sait, ici, que quelques dizaines d’hectares avec une paire de coupes un peu épaisses, tranquilles et bien agrainées, suffisent à « tenir » une bonne compagnie. La notion de massif, mentionnée dans le Schéma Départemental Cynégétique, est donc très administrative et artificielle. Elle pouvait se justifier avant l’utilisation de l’informatique, mais les moyens actuels la rendent obsolète, et permettent des approches beaucoup plus fines. Elle n’est donc plus appropriée, et ne répond plus à rien de pertinent. Compte tenu de l’observation mentionnée ci-dessus : « le sanglier montre une grande sédentarité », c’est donc au territoire de chasse que doit être appliquée la gestion et la responsabilisation de la gestion du sanglier.

 

La qualité de la chasse

Comme les populations de sangliers ne sont pas uniformément réparties sur le territoire départemental, le SDGC définit de façon précise, les zones dites maitrisées, celles à surveiller et les points noirs. Ce sont précisément ces points noirs qui posent problème et nous préoccupent ici. L’écrasante majorité des chasses meusiennes se situent dans les deux premières catégories et permettent une chasse de qualité, avec des prélèvements raisonnables qui sont de l’ordre de 7-8 animaux par tranche de 100 ha. Ce chiffre semble faire consensus entre le monde agricole et celui de la chasse. Le chasseur, gestionnaire de l’environnement, est donc un moteur essentiel de la biodiversité, mot à la mode, qui s’applique nécessairement au territoire dont il a la responsabilité. Dans les « porcheries à ciel ouvert », on observe un appauvrissement manifeste de cette biodiversité, avec, comme corollaire et personne ne le conteste, une augmentation des risques sanitaires, comme dans tous les cas de forte concentration animale.

 

L’agrainage, sans tabou

Pour faire simple, quel que soit le niveau des populations de sangliers, ceux-ci commettront toujours des dégâts dans un milieu qu’ils considèrent plus attractifs que le bois, à certaines périodes de l’année. Pour l’alimentation ce sera les semis de maïs, les céréales en lait et les prairies, puis, plus tard, pour la tranquillité, les champs de maïs, tournesol, colza, miscanthus et céréales. Si semer un maïs, c’est poser une poignée de bonbons sur une table en interdisant aux enfants d’y toucher, supprimer l’agrainage à quelque période de l’année que ce soit, redonne au sanglier son caractère erratique et incontrôlable, sans régler pour autant le problème des dégâts… ou des accidents de la circulation en hiver. L’agrainage doit donc répondre à certaines règles pour garder son but « d’occuper les animaux » et non pas de les nourrir.

 

Chasser les terres agricoles toute l’année

Bien que le sanglier soit un animal forestier, il commet des dégâts en plaine. Quand ceux-ci sont constatés, ils peuvent déclencher : - des battues administratives (arrêtés préfectoraux) ; - des tirs d’élimination par les louvetiers (sous l’autorité du préfet)  ; - des autorisations de destructions accordées aux propriétaires par l’autorité préfectorale. Selon les circonstances, les résultats de ces interventions n’ont pas la même efficacité, ni la même portée. Pour les battues administratives : résultats nuls ou très aléatoires et non intégrés au plan de chasse. Pour les tirs effectués par les louvetiers : résultats aléatoires également et non intégrés au plan de chasse, mais qu’il me soit permis de saluer ici l’engagement et le sérieux des louvetiers meusiens. Enfin, pour les autorisations de destructions préfectorales accordées aux propriétaires, cette disposition permet à des inconnus de circuler et chasser sur un territoire où ils ne disposent pas du droit de chasse, le détenteur du droit de chasse n’étant pas prévenu. Sur ce dernier point, cette disposition doit être pratiquée et gérée dans le cadre d’attributions contrôlées par les détenteurs des droits de chasse concernés, généralement des ACCA. Une simplification du système actuel permettrait plus d’efficacité : demande faite auprès de la FDC qui transmet pour décision à la préfecture. Si elle est acceptée, notification doit être faite au détenteur du plan de chasse qui peut alors prendre les dispositions adéquates. Puis déclaration des prélèvements en temps réel, sur le site internet dédié.

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Christian Busseuil

Septembre 2022