Le flambeau fut néanmoins repris par quelques amateurs éclairés, dont certains aristocrates émigrés sous la « terreur », qui avaient rapporté de l'étranger cette passion de la chasse au vol. des règlements, la fauconnerie ne fut toutefois guère contestée, puisque depuis la Révolution, les rapaces figuraient au bestiaire des nuisibles. En 1865, Napoléon III donna même au « Club de Champagne » une autorisation officielle de « voler » au champ à Chalons, mais l'expérience fut de courte durée et se termina en 1870, avec la chute de l'Empire. La renaissance de la fauconnerie, à la fin de la guerre de 39-45, est due au périgourdin Abel Boyer. Avec quelques amis, il fonda l'Association Nationale des Fauconniers et Autoursiers français (ANFA) et ensemble, définirent les techniques de la chasse au vol et obtinrent la reconnaissance légale de ce mode de chasse, en 1954. Enfin, le 16 novembre 2010, le 5e Comité Intergouvernemental de l'UNESCO inscrivait l'art de la fauconnerie au patrimoine culturel immatériel de l'humanité, en tant qu'activité traditionnelle qui consiste à conserver et dresser des faucons et autres rapaces, pour attraper du gibier dans son environnement naturel », reprenant en cela la définition prônée par l'Association Internationale de Fauconnerie (IAF). Dernièrement, les journées nationales françaises se sont terminées sous un soleil radieux. Point de pluie, point de vent, aucune nuisance dans une région assez plate parsemée de champs cultivés et de boqueteaux faciles à traquer. Malheureusement, l'été très chaud et particulièrement sec a décimé une population abondante de lièvres, gibier de prédilection des chasseurs au vol. Jean-Louis Liégeois relate ces belles journées où règnent en maitre, l’art et la convivialité…

 

Journées nationales 2022

Nous avons été accueillis par des chasseurs avides de connaître notre déduit. Le premier jour, un GIC au complet nous attendait, curieux de voir nos oiseaux. Après le café et la brioche, nous nous lançons dans une traque longue, sans moutarde haute, colza grimpé, bref, sans difficulté aucune. Nous sommes quatre aigliers (seulement) : Christophe et sa forme adulte, Steve et son tiercelet adulte, Guillaume et une forme adulte, moi-même avec Sarembaï, tiercelet adulte. Nous commençons par un champ très large de dactyle planté en vue d'une installation photovoltaïque de 15 ha l'an prochain, (bravo l'écologie). Un bouquin déboule très loin de nous sans que personne ne le vole. Puis approche un boqueteau d'un peu moins d'un hectare, nous l'encerclons pour laisser le temps aux traqueurs de faire un autre bois sur la droite un peu plus important. De là sortiront un chevrillard que je vole un peu loin, puis trois chevrettes que vole Christophe. Son aigle en couche une mais dès qu'il approche, le coup de rein qu'elle donne le décroche. Deux lièvres sortiront aussi de ce bois sans que nous les volions. Nous revenons aux voitures pour faire un autre champ plus grand. De grandes cultures s'offrent à nous ensuite, permettant une traque large et une visibilité sympathique pour les découvreurs. Sarembaï a mauvais caractère, il ne supporte pas le chaperon comme toujours en début de chasse. Nous descendons un vieux blé et en remontant vers la haie, il voit un lièvre au gîte à quelques mètres de moi. Je cherche une motte pour le lever, il s'élance et Sarembaï l'entreprend avec une énergie de fin d'après-midi. Ne vous méprenez pas, en fin d'après-midi, les aigles sont très agressifs et d'un caractère extrêmement vif. Il le griffe sans lui laisser la moindre chance à 80 mètres. Son entrée en chasse 2022 est faite. Je le récompense bien sur sa prise. La ligne continue la traque ; Christophe vole un lièvre de belle manière (dixit les rapports de chasse) Guillaume aussi. Seul Steve n'a pas volé pour l'instant. Nous rentrons pour casser une croûte. Les spécialités locales n'ont rien à envier aux nôtres, mais le moment de partage est toujours bien plaisant. L'après-midi, nous sommes allés traverser des champs interrompus par de très grosses haies. Quelques boqueteaux interrompent cette promenade bien agréable somme toute. Christophe vole un chevreuil que je ne vois pas, il n'y aura pas prise. Steve vole aussi un lièvre sans conclure. Nous rentrons avec deux lièvres pris, des chasseurs qui découvraient notre art, heureux, quelques voyeurs très impressionnés. Le repas du soir est pris en commun dans la salle des fêtes d'Avy.

Le samedi, le rassemblement pour la photo de groupe se déroule à Avy, en Charente Maritime. Une petite centaine de fauconniers, autoursiers, butéoniers, aigliers, esparveteurs, sont présents et pressés de partir en chasse. Nous avons une heure de route pour parvenir sur le terrain de chasse pas très éloigné de la veille (nous sommes autour de Saint Jean d'Angély). Une banne équipée nous attend ainsi qu'une vingtaine de chasseurs et leurs enfants. Une fois les présentations faites, nous grimpons sur la caisse d'un 4X4 pour nous déplacer vers les terrains de chasse. De magnifiques champs déchaumés d’un mois et demi au moins nous permettent de croire en une présence de lièvres gîtés. Nous traquons 100 hectares au minimum, sans trouver ni un gîte, ni un lièvre. Il est encore tôt, ce n'est pas grave du tout. Nous pouvons nous apercevoir que les lièvres ont pris un gros coup cet été. Nous nous rendons vers un champ plus fourni mais rien ne change, toujours pas de lièvre. Nous rentrons pour le casse-croûte et le traditionnel partage de spécialités, encore un bon moment de vécu. L'après-midi nous choisissons une traque « aller-retour » car le matin a été plus long que prévu. Guillaume a donné un hybride d'aigle royal et de buse de Harris (improbable mais vrai) à son fils qui débute dans la fauconnerie. Il vole deux fois de suite sur un lièvre qui s'est levé tard mais tout de même un peu loin et contre le vent. En plus le deuxième est en montée, ce qui ne l'aide pas. Manifestement, l'oiseau trouve cela un peu fort pour lui et décroche rapidement. Il réclame son oiseau sans problème. Guillaume vole un chevreuil bien entrepris fort loin. La poursuite dure près de 500 mètres sans que l'oiseau ne griffe. Dommage, c'était un beau vol. Sarembaï vole un lièvre qu'il remonte vite mais sans grande conviction (il a pris 300 gr depuis hier). Steve fait un très beau vol sur un lièvre en légère descente, il ressource, et plonge sans doute décoiffe-t-il le capucin ? Mais celui-ci se dérobe. Nous rentrons fatigués après un après-midi chargé, les chasseurs accompagnateurs sont comblés. Il est l'heure de décrocher pour ne pas manquer notre assemblée générale à la salle des fêtes de Biron.

 

Notre Nationale s'est très bien déroulée, pas d'incident, pas d'accident, nous rentrons à Avy pour le repas de gala… puis la soirée qui finira bien tard.

 

Jean Louis Liégeois