Si les traditions cynégétiques s’expriment à la campagne, c’est aujourd’hui au cœur des villes que naissent des vocations aux allures spontanées. Il faut prêter attention à ce phénomène, car ces chasseurs-là le sont par conviction, et c’est bien la battue qui leur permettra de faire leurs premiers pas dans le monde de la chasse. Au petit matin, ils verront, au fur et à mesure que les voitures arrivent, le lieu du rendez-vous s’animer. Les premiers mots sont échangés par des silhouettes qui s’affairent dans un ballet bien réglé, car une battue se prépare. Et c’est dans un silence presque religieux que les chasseurs se regroupent autour du « chef » pour écouter les consignes du jour. En premier lieu la sécurité, puis le déroulement général de la journée sont expliqués avant que tout ce petit monde rejoigne les postes attribués sous l’autorité d’un chef de ligne. Seul, le chasseur est alors en charge de l'application stricte des consignes. Toutes les décisions qu’il prendra seront alors de sa seule responsabilité. Face à la parcelle chassée, l’interprétation des signes, un bruissement de feuilles, un craquement de branche, le cri d’un geai, un récrit de chien ou un battement d’ailes le mettront en alerte, figeront tous ses sens, et c’est son imaginaire, son atavisme et son expérience qui feront la différence, pour conclure ou pas, l’acte de chasse…

 

La convivialité

Autre moment fort de la journée, le repas pris autour d’une bonne table est un moment de grande convivialité et d’échanges, souvent bruyants. Chacun raconte avec force détails son aventure à un voisin qui écoute poliment, sans tout comprendre dans le brouhaha, mais attendant patiemment qu’une éclaircie, un calme soudain lui permette enfin de raconter la sienne. Puis en fin de journée, la présentation du tableau clôturera la chasse, avec les Honneurs rendus à l'animal sauvage que l'on a poursuivi, à la croisée de la vie et de la mort. « En tant qu'acte culturel, les chasseurs rendent le sauvage au sauvage et l'homme à la civilisation » (Colloque international de l'Homme et !'Animal, 1993), et c’est ainsi depuis la nuit des temps. La battue, ce n’est donc pas « ce monde où tout se rompt » comme l’affirment nos opposants, mais justement l’inverse « où tout se construit… » car elle permet, et permettra à l’Homme de conserver ce lien invisible entre le monde sauvage et nos origines…