Les meutes sont un réel danger

Selon la Commission européenne, qui craint maintenant l’abandon total de l’élevage en montagne, la catastrophe est proche avec la perte de l’entretien des estives. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a mis en garde lundi dernier, contre le « réel danger des meutes de loups dans l’Union européenne » annonçant une possible révision du statut de protection pour cet animal, ajoutant : « le retour du loup dans des régions de l’UE où il était absent depuis longtemps entraîne de plus en plus de conflits avec les communautés locales d’agriculteurs et de chasseurs, en particulier lorsque les mesures visant à prévenir les attaques sur le bétail ne sont pas pleinement mises en œuvre. Les autorités nationales sont donc invitées à prendre les mesures qui s’imposent… La Commission appelle les communautés locales, scientifiques et toutes les parties intéressées à soumettre, d’ici au 22 septembre, des données actualisées sur les populations de loups et leurs impacts ».

 

Bataille de chiffres en vue

La question du nombre de loups présents dans les différents pays d’Europe est au cœur des débats entre éleveurs et associations de protection de l’environnement. « Sur la base des données collectées, la Commission décidera d’une proposition visant à modifier, le cas échéant, le statut de protection du loup au sein de l’UE et à mettre à jour le cadre juridique, afin d’introduire, lorsque c’est nécessaire, davantage de flexibilité, à la lumière de l’évolution de cette espèce », ajoute l’Exécutif européen, toujours à la peine de prendre une décision forte et qui se couche une nouvelle fois devant les écolos. Pour ce qui concerne la France, l'OFB, curieusement, a revu ses estimations à la hausse. Selon les chiffres communiqués mardi dernier par le préfet référent Jean-Paul Celet, l’OFB reconnait la présence sur le territoire métropolitain de 1 104 loups (identifiés génétiquement), soit 198 de plus que dans la précédente estimation. L’effectif de ces prédateurs dépasse donc de deux fois le seuil de survie de l'espèce en France (500 adultes) selon les spécialistes. Mais, et c'est la grande inconnue, combien de loups non encore identifiés sont à ajouter à ces chiffres ? 

 

Des témoignages éloquents

- Le 21 juillet dernier, Fabienne Buccio, préfète et coordinatrice du Plan Loup, est allée à la rencontre des éleveurs exposés à la prédation sur la commune de La Mure d’Argens, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Selon Claude Font, éleveur en Haute-Loire et chargé du dossier loup à la Fédération nationale ovine (FNO) : « c‘était son premier déplacement sur le terrain. Elle s’est trouvée devant une assemblée de 80 éleveurs qui lui ont décrit la situation et fait part de leur souffrance. Cheptel en baisse de 20% et attaques en hausse de 114% ».

- Début août, un texte signé par six présidents de conseils départementaux du sud-est demandait : « de mieux intégrer les attentes légitimes des éleveurs dans le cadre du plan loup. Nous notons que le nombre d’exploitations pastorales a connu une nette baisse au cours des quatre dernières années (-20 %), évolution que l’on doit mettre en parallèle au développement des attaques et à la croissance du nombre de loups (+114 %). Nous enjoignons le gouvernement à proposer sans tarder à ses collègues européens une révision de la convention de Berne (1979) et de la directive européenne « Habitat, faune flore de 1992 ».

- Sur la seule ferme expérimentale de Carmejane (Alpes-de-Haute-Provence) le coût de protection qui était de l’ordre de 14 000 € pour une montée aux estives et sa gestion avant les premières attaques du loup en 2013-2014, atteint désormais une moyenne de 47 730 €, soit plus du triple en raison notamment du travail supplémentaire et des 8 chiens de protection du troupeau de brebis. Malgré les aides annuelles atteignant une moyenne de 21 609 € en 2021 et 2022, il reste une charge supplémentaire annuelle de 12 170 € pour cette ferme expérimentale. On imagine facilement, à partir de là, que bien des éleveurs se découragent d’année en année dans la filière ovine.

- La promotion de la biodiversité est l’argument mis en exergue par les associations pro-loup composées essentiellement de citadins. D’une façon générale ils refusent de prendre en compte les soucis et les arguments des éleveurs, confrontés au prédateur. Mais le loup fait reculer, en même temps, la souveraineté alimentaire de la France et la biodiversité dans les territoires qu’il colonise. Du fait de la croissance des attaques, l’élevage ovin recule dans notre pays alors que l'on importe plus de 50% de la viande ovine consommée. Quand une zone d’élevage devient propice aux attaques, les éleveurs renoncent à y faire paître les troupeaux, entrainant la fermeture du milieu et le recul de la biodiversité.

- Dans le massif des Bauges, Julien Balduzzi décrit ainsi la situation : « Le mouflon a été introduit en Bauges en 1954/1955, avec 6 mouflons mâles et 6 mouflons femelles provenant du domaine de Chambord. Après une mortalité constatée de 4 mâles et 1 femelle au cours de l’hiver suivant, 4 nouveaux mâles ont été lâchés le 11 mai 1955. En 1960, la population de mouflons était estimée à 90 individus, puis 300 en 1962. Entre 1961 et 1980, 375 mouflons ont été repris dans la réserve et exportés vivants à des fins de renforcement ou de création de populations (Cugnasse & Houssin 1993). De 1980 à 2004, un suivi est mis en place en lien avec les gestionnaires de la Réserve nationale et les FDC. De 2004 à 2017, la population est estimée aux alentours de 800 mouflons. Sur le secteur de l'Aulp de Seythenex, avant 2020, nous pouvions y observer près de 400 mouflons. Nous en avons compté… 21 cette année, et nous craignons également pour d’autres espèces sauvages, chassables et non chassables, mais proies potentielles du loup, qui risquent aussi d'être fortement impactées…