Le dernier lieu « sain », protégé de toute exploitation, suscite bien des convoitises. Il est vrai qu’avec son sous-sol riche d’hydrocarbures, de minerais, de métaux précieux, l’Antarctique, dernier continent à ne pas avoir encore vu pelleteuses et bulldozers à d’autres fins que scientifiques, fait rêver les états-majors de l’industrie lourde. La question posée est simple : les 14 millions de km² de l’Antarctique sont protégés par la Convention de Madrid jusqu'en 2048. Mais après ? Dans un rapport publié dans les années 1980, pour le compte du secrétariat de l’Intérieur des Etats Unis, le géologue John C. Behrendt décrivait le potentiel de ce continent : « Les mesures/échantillons montrent la présence de métaux (fer, cuivre, molybdène, or, argent, nickel, cobalt, platine, chrome, manganèse…), de minerais (mica, quartz, graphite, phosphate…), d’énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole et uranium). Et à cela, il faut ajouter la présence de nodules polymétalliques… ». En 2005, les chercheurs de l’Institut de recherche polaire chinois (IRPC) ont publié leurs propres estimations : 500 milliards de tonnes de pétrole et 300 à 500 milliards de tonnes de gaz sont sous ce continent, auxquelles il faut ajouter 135 milliards de tonnes de pétrole dans l’océan austral… ce que les scientifiques russes de la « Polar Marine Geosurvey Expedition » (PMGE) basée à Saint-Pétersbourg, qui fouillent aussi dans le grand sud, n’ont pas démenti. Certes, il ne faudra pas « être manchot » pour aller travailler là-bas, mais il est fort probable que ces ressources finiront par écraser ce qui reste de lucidité sur la protection et l’avenir de la planète. Quant à celui de l’homme, il est tout tracé…