La question de savoir s’il y aura suffisamment de bêtes noires est récurrente chez tous ceux qui s’intéressent, de près ou de loin, à la démographie du suidé. Chez Sus scrofa, la dynamique des populations est réputée imprévisible. Pourtant, certains paramètres donnent de précieuses indications quant aux effectifs à venir. Malgré la subjectivité inhérente à l’observation, quelques signes permettent de donner des éléments de réponse. Le premier d’entre eux est le niveau de la fructification forestière. C’est la clef de voûte de l’édifice. L’observation, même très empirique de la quantité de fruits forestiers, déjà tombés au sol ou encore accrochés aux branches des arbres, donne une indication sur la quantité de nourriture qui sera disponible pour passer l’automne et l’hiver. L’abondance de glands, nourriture de base du sanglier, précipitera l’entrée en chaleur des laies, et favorisera aussi la constitution d’une bonne couche de graisse qui leur permettra d’aborder l’hiver dans les meilleures conditions. Ce qui ne sera pas consommé au cours des mois froids, sera délaissé au début du printemps, mais les bêtes noires, dès le mois de mai, finiront de les absorber avec l’aide des marcassins qui commenceront à manger de la nourriture solide. Le deuxième indicateur porte sur la structure des compagnies. Plus les laies sont jeunes et moins elles font de petits. Certes, la quantité peut compenser l’âge, mais ce sont bien les laies matures qui sont les plus productives. De cela découlent plusieurs conséquences. D’une part, plus le pourcentage de laies adultes est important, plus les naissances seront groupées au printemps, d’où de nombreux jeunes à l’ouverture. D’autre part, en corollaire de ce qui a été dit précédemment, ce sont les laies matures qui synchronisent l’entrée en œstrus des autres femelles et, par la même occasion, la concordance des naissances. On peut donc évaluer assez facilement l’éventuelle dispersion des naissances qui peut intervenir d’une année à l’autre. En résumé de ces deux paramètres évoqués, une population bien structurée autour de laies adultes et qui peut profiter d’une importante production forestière va inéluctablement connaître une importante progression de ses effectifs.