Dès son plus jeune âge, le sanglier est doté d'un instinct sûr, que sa vie en compagnie affine au fil des mois. Si sa vue est mauvaise et le rend incapable d'identifier une présence immobile, son odorat compense cette lacune, et tant pis pour le chasseur qui ne tient pas compte du vent. L’aptitude du sanglier à déjouer les pièges est évidente et sans aller jusqu’à l’affirmation de Snethlage (le sanglier dispose de moyens intellectuels très développés et a une faculté presque humaine de raisonner logiquement) on peut reconnaitre à la bête noire de faire preuve d’une improvisation ingénieuse pour se fondre dans la nature. Pourtant, il est loin d’être discret et on se demande comment les chiens peuvent le perdre, malgré son odeur tenace. Dans ses déplacements en compagnie, « allant d’assurance », l’ordre de marche habituel est le suivant : la laie la plus expérimentée est en tête, et derrière elle, le gros de la troupe suit avec les marcassins, les bêtes rousses s’il y en a, et les bêtes de compagnie. Sur les flancs, encadrant le groupe, d’autres laies dites « bêtes de garde » assurent la sécurité latérale. Par contre, lors des déplacements « en méfiance », lors d’une battue par exemple, les animaux fuyants se feront tirer surtout sur le front, alors que ces bêtes de garde refuseront les lignes. Contrairement à une idée reçue, elles se donnent rarement aux chiens et se dérobent volontiers seules, pour rejoindre, bien plus tard, les rescapés de la compagnie.

 

Les habitudes des solitaires

Le grand sanglier a l'ouïe fine, guettant les moindres bruits et les odeurs poussées par les courants d’air. Généralement, il se bauge en un endroit d’où il pourra s’éclipser à la moindre alerte. La grandeur de sa remise aura peu d’importance, s’il peut surveiller son environnement. Quelques ares en bordure d'allée font parfaitement son affaire. Pris dans une enceinte traquée, il abordera la ligne de tir avec la plus grande discrétion. Il arrive en général à proximité de la ligne des tireurs, prend le vent, s'arrête, écoute, situe ses adversaires, cherche la faille, franchit la ligne à toute allure, ou encore rebrousse sur le rabat et saute en retour. Surpris par des chiens, il « piquera » au cœur des ronciers les plus épais, ce qui lui permettra de jauger ses poursuivants. Puis, pour changer de quartier, il cherchera un endroit peu découvert et peu large, voire un bas-fond où les chasseurs auront bien peu de chance de l’atteindre, s’ils peuvent toutefois le tirer. On estime à une quinzaine de jours le temps nécessaire pour que les sangliers reprennent leurs habitudes après un grand rabat. Il faut savoir que les bêtes noires ne se remettent jamais sans effectuer plusieurs allées et venues devant la rentrée. De plus, qu'il soit solitaire ou laie, suitée ou non, il revient le soir là où il a vermillé le matin. En effet, avant de chercher un autre gagnage, il aime à fréquenter les endroits où il a trouvé une nourriture plus ou moins substantielle quelques heures plus tôt. Ce n'est que convaincu qu’il n’y a plus rien où il vermille, qu'il partira en grognant, à petits pas, le nez à terre, vers d'autres lieux plus nourriciers.

 

Des indices significatifs

L’observation est la première école de la chasse. Voici quelques trucs qui vous permettront de juger de la présence des animaux :

- un sanglier qui fait des boutis profonds et tardifs le matin, est une bête habituée au secteur. Si, au contraire, en suivant une voie, vous ne voyez pas trace de ses boutis, l'animal est loin…

- Si, au début d’une traque, vous entendez une compagnie de bêtes noires grogner au fourré, puis devenir discrète, vous ne les verrez probablement jamais. Ils vous auront éventé et se seront éloignés dans la plus grande discrétion…

- Le sanglier repose couché sur le flanc, dans sa bauge, à l'inverse du chevreuil et du cerf qui se tiennent généralement assis. Si donc vous le voyez couché sur le ventre, méfiez-vous, c’est qu’il est prêt à bondir….

- Lorsqu'il se souille, il cherche surtout à se mouiller et s'enduire de boue pour se déparasiter. Sur les frottoirs, les coups de ses défenses donneront une indication sur la hauteur de l’animal…

- Le solitaire, contrairement à une compagnie, est infidèle à sa coulée principale. Il est rare que, pour gagner sa remise diurne, il emprunte celle qu'il a suivie pour aller au gagnage. Le soir, avant de sortir en plaine, il longera la lisière sous-bois, s'arrêtera longuement pour observer et humer un éventuel danger. C’est seulement après qu’il pointera le bout du groin sur les champs…