Comment, à l’échelle du temps, peut-on assurer que les modifications du climat sont le seul fait de l’homme ? Deux siècles ne suffisent pas à défaire le monde, et trois décennies encore moins pour le restaurer. Alors, voyons un peu plus en détail ce qu’écrivaient, en 1950, Maurice Pardé, professeur à l’Ecole nationale supérieure d’hydraulique, et Joseph Sanson, vice-directeur de la Météorologie nationale, dans un rapport intitulé « La sécheresse des années 1942/1949 ». Les auteurs précisent d’abord qu’un déficit pluviométrique a été constaté 7 années de suite, dans les massifs montagneux français, et que plusieurs de ces années ont vu des épisodes anticycloniques de longue durée, empêcher les perturbations atlantiques de venir arroser l’ensemble du territoire. Ainsi, en 1948-1949, un tel épisode anticyclonique a duré 254 jours, provoquant un assèchement des principaux bassins fluviaux. Et ils soulignent que, contrairement à ce qui s’était produit lors de la grande sécheresse de 1921 (qui suivait 10 années très humides), les successions de sécheresses avaient vidé les réserves souterraines capables de soutenir les débits, occasionnant l’assec de nombreux cours d’eau. Si aujourd’hui, on voit sur les réseaux sociaux des photos de la Loire presque à sec, à quelques kilomètres en aval de Montjean, il convient de mentionner que le débit actuel du fleuve, mesuré à cette station, est de 94 m3/s, alors que le record mesuré le 23 Août 1950 s’établissait à 50 m3/s. La mesure actuelle reste également supérieure aux minima de 1921 (67 m3/s) et 1911 (74 m3/s). Il apparaît donc que, ni la sécheresse de 2022, ni la succession d’épisodes secs depuis 2018, ne sont sans précédent, et que la période comprise entre 1942 et 1949 a été hydrauliquement plus dure que l’actuelle. Les scientifiques, qui n’ont pas cédé à la pression des courants populaires et conservé une bonne part d’objectivité, sont unanimes : il est encore trop tôt pour dessiner l’évolution à long terme de notre climat.