Canon-Fronsac Château du Gazin

Grand Tétras, lagopède : ne pas confondre protection et conservation

Il faut le dire sans détour : les chasseurs ne demandent pas aujourd’hui à chasser le Grand Tétras ou le lagopède. Ils demandent au Conseil d’État de préserver un principe essentiel : celui d’une conservation fondée sur la connaissance, la réversibilité et la gestion adaptative. Le moratoire permet de suspendre les prélèvements lorsque l’état d’une population l’exige, puis de réévaluer la situation à la lumière des données nouvelles. Pourquoi remplacer cet outil par une protection définitive, alors que les causes du déclin résident largement dans l’état des habitats, les dérangements et le changement climatique ? Le sujet n’est donc pas de défendre quelques fusils. Il est de savoir qui, demain, continuera à agir concrètement dans les massifs. Depuis des années, les fédérations de chasseurs financent et réalisent des suivis, des comptages, des études et des travaux d’habitat. Dans les Pyrénées-Atlantiques, elles ont notamment ouvert des clairières, restauré des sous-bois, planté des essences favorables et cartographié les biotopes potentiels. Dans les Pyrénées-Orientales, des opérations ont restauré des mosaïques de milieux et amélioré leur connectivité. Ces actions mobilisent des bénévoles, des moyens financiers. C’est précisément là que se trouve le risque d’une protection définitive. Il serait illusoire de croire que le seul changement de statut produira mécaniquement les biotopes dont ces oiseaux ont besoin. La protection juridique peut être nécessaire ; elle ne remplace ni l’entretien d’une forêt, ni l’ouverture d’un milieu, ni le suivi d’une population. Elle ne garantit pas davantage que les acteurs qui financent aujourd’hui ces opérations continueront à le faire avec la même intensité si la mobilisation du terrain disparaît. Le Conseil d’État dispose d’un précédent essentiel : sa jurisprudence sur le Grand Tétras a consacré la nécessité d’une suspension lorsque l’état de conservation l’impose, tout en laissant ouverte la possibilité d’une évolution si de nouvelles données le justifient. La gestion adaptative n’est pas un permis de chasser : c’est un engagement à ne prélever que lorsque la science le permet. Maintenir ces espèces dans le champ de cette gestion, avec des moratoires reconductibles et des quotas pouvant rester à zéro, c’est donc défendre une conservation active, mesurable et réversible. Pour le Grand Tétras comme pour le lagopède, l’enjeu n’est pas de chasser aujourd’hui. Il est de donner encore demain une chance à leurs biotopes, à leurs populations et à ceux qui les entretiennent.


Tourbières : la réhumidification porte ses fruits

Les tourbières sont des milieux humides particuliers, alimentés notamment par les eaux souterraines et caractérisés par une végétation spécialisée, notamment des carex et des plantes formant la tourbe. Cette dernière se constitue lorsque la biomasse végétale s’accumule dans un milieu saturé en eau, pauvre en oxygène. La décomposition de la matière organique y est ainsi fortement ralentie. Ce fonctionnement permet aux tourbières de stocker durablement du carbone et de retenir de grandes quantités d’eau, contribuant notamment à atténuer les effets des épisodes météorologiques extrêmes. Mais le drainage bouleverse complètement cet équilibre. Pour permettre l’exploitation agricole ou forestière, de nombreuses tourbières ont été asséchées. Lorsque la tourbe n’est plus gorgée d’eau, elle est exposée à l’oxygène : la matière organique se décompose alors plus rapidement, entraînant une perte de matières et d’importantes émissions de gaz à effet de serre. La dégradation s’accompagne également d’une modification de la disponibilité des nutriments et d’une disparition d’une partie des espèces végétales spécialisées. Une tourbière drainée peut ainsi passer du statut de puits de carbone à celui de source de carbone. La restauration repose généralement sur une opération de réhumidification, destinée à rétablir des conditions humides et pauvres en nutriments. Le retour de l’eau peut stopper les émissions liées à la dégradation de la tourbe et permettre la reprise progressive de son accumulation. Il peut aussi améliorer la capacité du milieu à absorber les précipitations importantes. Cette restauration n’est toutefois pas synonyme de retour automatique à l’état initial. C’est précisément ce que montre une étude menée dans de petites tourbières de la zone tempérée européenne, en Allemagne...

[ LIRE LA SUITE... ]


DDT : le produit miracle d’hier, devenu le poison qui n’a pas fini de nous rattraper...

Il y a près de trois quarts de siècle, le DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane) apparaît comme une révolution. Ce produit de synthèse, dont les propriétés insecticides sont découvertes en 1939, est utilisé massivement pour lutter contre le paludisme, le typhus et d’autres maladies transmises par les insectes. Son efficacité, son faible coût et sa grande persistance séduisent rapidement l’agriculture, les collectivités et les particuliers. Le DDT tue efficacement de nombreux insectes et contribue à faire reculer certaines maladies vectorielles. Dans les campagnes, il devient également un outil majeur de protection des cultures. Mais cette efficacité exceptionnelle a un revers : à force d’être utilisé partout, le produit sélectionne des populations d’insectes résistantes, tandis que ses résidus s’accumulent dans les sols et les organismes vivants. Dans les années 1960, les premières alertes prennent une ampleur considérable, notamment avec Printemps silencieux, publié par Rachel Carson en 1962. Le problème n’est plus seulement l’insecte visé : le DDT persiste dans l’environnement, se concentre dans les tissus graisseux et remonte les chaînes alimentaires. Chez les oiseaux, son métabolite DDE provoque notamment un amincissement des coquilles d’œufs, contribuant au déclin spectaculaire de plusieurs rapaces. Le plus étonnant est peut-être sa capacité à voyager. Le DDT peut être transporté sur de très longues distances par l’atmosphère. Des décennies après son utilisation, ses résidus sont encore détectés dans des régions où il n’a jamais été employé, jusqu’à l’Arctique. Certaines données font également état de traces chez les poissons, les oiseaux, les mammifères marins et les ours polaires. Le DDT est désormais considéré comme un polluant organique persistant. Son utilisation agricole a été interdite dans la plupart des pays dès les années 1970-1980. La convention de Stockholm, entrée en vigueur en 2004, en restreint aujourd’hui fortement l’usage, tout en permettant encore son emploi, sous conditions, pour lutter contre certains vecteurs du paludisme lorsqu’aucune alternative suffisamment efficace et accessible n’existe. La leçon dépasse donc largement le seul DDT : un produit peut sembler miraculeux à court terme et révéler plusieurs décennies plus tard les conséquences de sa persistance. Aujourd’hui, l’enjeu est double : poursuivre la surveillance des contaminants historiques et surtout éviter que les pesticides actuels ne deviennent les polluants persistants de demain.


Les oiseaux migrateurs ne connaissent pas les frontières : les chasseurs s’organisent

Un canard qui niche en Finlande peut très bien passer l’hiver en France. Entre les deux, il aura traversé plusieurs pays, parfois des milliers de kilomètres. Pour les oiseaux migrateurs, les frontières administratives n’existent pas. Leur survie dépend de la qualité des habitats disponibles tout au long de leur parcours, de la zone de reproduction aux sites d’hivernage, en passant par les haltes migratoires. Le Canard siffleur en fournit une parfaite illustration. Une partie de ses zones de reproduction européennes se situe dans le nord de la Scandinavie et les pays baltes, tandis que l’essentiel de la population niche bien plus à l’est, en Russie. La Finlande constitue ainsi un territoire majeur pour sa reproduction en Europe. Or, comme pour plusieurs autres espèces de sauvagine, la qualité et la disponibilité des zones humides favorables à la reproduction sont aujourd’hui sous pression. La disparition des zones humides est donc un problème qui dépasse largement les frontières d’un seul pays. Urbanisation, artificialisation, évolution des pratiques agricoles ou aménagement du territoire contribuent à réduire les habitats disponibles. Pour les chasseurs de gibier d’eau, cette évolution est particulièrement préoccupante : une chasse durable suppose avant tout des populations sauvages en bonne santé et des habitats capables de les accueillir. C’est dans cette logique qu’une initiative mérite d’être particulièrement mise en avant. Des organisations cynégétiques de sept pays d’Europe du Nord ont créé le Waterfowlers’ Network, un réseau destiné à favoriser la gestion transfrontalière de la sauvagine et son utilisation durable. L’originalité de la démarche est de ne pas se limiter à défendre la chasse. Le réseau investit également dans la restauration et la création d’habitats de reproduction, notamment en Finlande. Des financements sont ainsi mobilisés pour transformer concrètement des territoires dégradés en nouvelles zones favorables à la reproduction des oiseaux d’eau. L’initiative appelle désormais les chasseurs et leurs organisations dans toute l’Europe à participer à cet effort. Les contributions collectées sont destinées à financer des projets de restauration, en coopération avec les programmes déjà engagés sur le terrain. Cette démarche porte un message particulièrement intéressant : la défense de la chasse au gibier d’eau peut aussi passer par l’investissement direct dans la conservation des habitats. Car protéger les zones de reproduction en Finlande, en Scandinavie ou ailleurs, c’est aussi contribuer à préserver les oiseaux qui fréquenteront quelques mois plus tard les zones humides françaises. Puisque les oiseaux ne connaissent pas les frontières, leur conservation ne devrait pas en connaître non plus...


Antarctique : le « colibri de glace » révélé par un satellite radar

C’est une curiosité géologique qui ressemble presque à une œuvre d’art. En Antarctique oriental, une image obtenue par le satellite américano-indien NISAR révèle une formation surnommée le « colibri de glace ». Au centre de cette étonnante silhouette se trouve le Nunatak Zaterjavshijsja, un sommet rocheux qui émerge d’un immense paysage glacé. Autour de lui, les mouvements de la glace ont dessiné ce qui évoque les ailes et les plumes d’un oiseau. Le « ventre » sombre correspond à la montagne elle-même. La longue « queue » visible sur l’image est en réalité un courant de glace qui s’écoule vers le nord-est, en direction de l’océan. Quant aux lignes qui ressemblent à des plumes, ce sont de profondes crevasses provoquées par les contraintes exercées sur la glace lorsque celle-ci contourne le relief rocheux. Le satellite permet ainsi de visualiser non seulement le paysage, mais aussi la dynamique d’un glacier en mouvement. L’image est d’autant plus remarquable qu’elle n’a pas été réalisée avec un appareil photographique classique. NISAR utilise le radar à synthèse d’ouverture (SAR), capable d’observer la surface terrestre de jour comme de nuit et à travers les nuages. Sa particularité est de disposer de deux instruments complémentaires : un radar en bande L, dont la longueur d’onde est de 24 cm, et un radar en bande S de 9,4 cm. Pour cette image du « colibri », c’est le radar en bande L qui a été utilisé. Ses signaux permettent notamment de révéler des structures qui échappent parfois aux satellites optiques. Les différentes teintes de l’image correspondent aux façons dont les ondes radar sont réfléchies par la glace, selon son orientation, sa texture et la présence de crevasses. Lancé le 30 juillet 2025, NISAR évolue à environ 747 km d’altitude et revisite les surfaces terrestres et glacées selon un cycle de 12 jours. Son antenne de 12 mètres est la plus grande antenne radar déployée par la NASA pour une mission spatiale de ce type. Derrière cette étonnante ressemblance avec un oiseau se cache donc un précieux outil scientifique : NISAR doit permettre de mieux suivre les mouvements des glaciers, l’évolution des calottes polaires, mais aussi les transformations des forêts, des sols, des infrastructures et les conséquences de certaines catastrophes naturelles. Une curiosité visuelle qui est surtout une formidable photographie du mouvement de notre planète. (Photo NASA)


Le moringa contre les microplastiques : une piste qui intéresse aussi la chasse

Le moringa, parfois surnommé « arbre miracle », pourrait trouver une nouvelle application dans le traitement de l’eau. Une étude menée par des chercheurs de l’Université d’État de São Paulo, au Brésil, et publiée dans ACS Omega, montre qu’un extrait salin obtenu à partir de ses graines serait capable d’éliminer plus de 98 % de particules de microplastiques en PVC présentes dans l’eau testée. Le principe repose sur la coagulation : les substances contenues dans les graines neutralisent les charges électriques qui maintiennent les particules de plastique séparées. Celles-ci s’agglomèrent alors en flocs suffisamment gros pour être retenus par une filtration sur sable. Dans les essais, le moringa s’est montré aussi performant que le sulfate d’aluminium, un produit couramment utilisé dans le traitement de l’eau, avec une efficacité supérieure sur une plage plus large de pH. L’intérêt environnemental est évident. Le moringa pousse rapidement, supporte relativement bien la sécheresse et demande peu d’eau. Mais attention : les résultats restent expérimentaux. L’étude devra notamment être confirmée à plus grande échelle et vérifier la question du carbone organique dissous libéré pendant le traitement. Pourquoi cette découverte peut-elle intéresser les chasseurs ? Parce que la qualité de l’eau est aussi une question de qualité des habitats. Étangs, mares, marais et rivières constituent des zones essentielles pour le gibier d’eau, notamment les canards et les limicoles. Or les microplastiques ne concernent pas seulement l’eau potable : ils circulent dans les milieux aquatiques et peuvent entrer dans les chaînes alimentaires. Les zones humides sont également des lieux où chasseurs, pêcheurs, agriculteurs et gestionnaires de l’environnement se côtoient. Disposer demain de solutions de traitement moins dépendantes de produits chimiques pourrait donc contribuer à préserver ces milieux. Le moringa ne constitue évidemment pas encore une solution miracle. Mais cette recherche rappelle une chose essentielle : la préservation du gibier d’eau commence aussi par celle de son habitat, et donc par la qualité de l’eau.


Olivier Thibault au secours de l’ADEME ?

Alors que l’utilité, le coût et l’avenir de l’ADEME alimentent les interrogations, l’Office français de la biodiversité vient apporter un soutien pour le moins concret à l’agence. En juin 2026, les deux organismes ont lancé « ACT Biodiversité », une méthode destinée aux grandes entreprises pour évaluer la crédibilité et l’efficacité de leur stratégie en faveur du vivant. Et le moins que l’on puisse dire est que l’ADEME y conserve une place centrale. Directeur général de l’OFB, Olivier Thibault  a présenté ACT Biodiversité comme une déclinaison de l’initiative ACT (Accelerate Climate Transition) développée par l’ADEME. Le dispositif reprend ses neuf critères historiques, depuis les objectifs de décarbonation jusqu’à la gouvernance, en passant par les investissements, les fournisseurs, les clients et les modèles économiques. L’OFB y ajoute les cinq grands facteurs d’érosion de la biodiversité identifiés par l’IPBES : changement d’usage des sols, exploitation des ressources, changement climatique, pollutions et espèces exotiques envahissantes. Autrement dit, loin de fonctionner chacun dans son coin, les deux établissements publics ont construit un outil commun destiné à pousser les grandes entreprises à modifier leurs pratiques. Pour Olivier Thibault, l’enjeu est loin d’être théorique : selon la Banque centrale européenne, 72 % des entreprises de la zone euro dépendent de manière critique des écosystèmes. La dégradation de ceux-ci constitue donc aussi un risque économique. Cette coopération n’est d’ailleurs pas improvisée : elle résulte de trois années de recherche, de développement méthodologique, de concertation et d’expérimentation. Treize grandes entreprises, parmi lesquelles Carrefour, Engie Solutions, Michelin, Pierre Fabre, la RATP et Renault, ont participé à la phase pilote....

[ LIRE LA SUITE... ]


Quand la tempête se lève, comment les animaux se mettent à l’abri ?

Lorsqu’une violente tempête s’annonce, les animaux ne restent pas toujours passifs face aux éléments. Ils disposent de différentes stratégies pour limiter les risques : se mettre à couvert, se déplacer vers une zone plus sûre ou, au contraire, rester sur place en attendant que la perturbation passe. Une récente revue scientifique consacrée aux réactions de la faune face aux cyclones tropicaux montre combien ces comportements peuvent être diversifiés, des insectes aux reptiles, des oiseaux marins aux poissons. Dans tous les cas, le principe reste le même : réduire l’exposition au danger. Certains animaux recherchent rapidement un refuge lorsque les vents se renforcent. D’autres modifient leurs déplacements pour contourner la zone la plus exposée, parfois sur de longues distances. Les espèces qui restent sur place peuvent, elles aussi, adopter des comportements permettant de mieux supporter les rafales, les fortes pluies ou les modifications brutales de leur environnement. Les tempêtes ne se limitent toutefois pas à leurs effets immédiats. Le vent peut détruire la végétation, les précipitations provoquer des inondations et les submersions modifier durablement les milieux. Ces bouleversements peuvent entraîner des mortalités, mais aussi modifier la disponibilité des ressources, l’abondance des espèces et leur reproduction. La leçon vaut bien au-delà des régions tropicales étudiées par les chercheurs : face à un épisode météorologique violent, la faune cherche d’abord à survivre en s’adaptant rapidement à son environnement. Et une fois la tempête passée, elle doit encore composer avec les changements laissés derrière elle.


Cyberattaque contre le ministère de la Transition écologique : que cherchaient les pirates ?

Le ministère de la Transition écologique a été victime, fin août, d’une « attaque informatique sophistiquée », révélée le 2 septembre. Plusieurs sites internet liés au ministère, notamment celui consacré aux consultations publiques environnementales, ont été rendus temporairement inaccessibles. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) intervient désormais pour enquêter sur une possible compromission de comptes utilisateurs. Le ministère a également saisi le parquet. Un cybercriminel a parallèlement revendiqué l’attaque et affirmé détenir « des milliers de données ». Cette affirmation n’est toutefois pas confirmée par les autorités. Le ministère n’a, à ce stade, fait état d’aucune fuite avérée. Que recherchaient les attaquants ? L’hypothèse d’un vol de données constitue l’une des pistes, notamment si des comptes compromis leur ont permis d’accéder à des informations internes. Les données administratives, coordonnées d’agents, documents de travail ou identifiants peuvent ensuite être exploités pour des fraudes, du phishing ciblé ou de nouvelles intrusions. Les conséquences pourraient donc dépasser la simple interruption temporaire des sites. Une compromission durable permettrait potentiellement de pénétrer plus profondément dans les systèmes informatiques, de récupérer des informations sensibles ou d’utiliser les comptes dérobés comme portes d’entrée vers d’autres services. Les investigations devront déterminer ce qui a réellement été consulté ou extrait. Pour l’heure, l’ampleur de l’attaque et l’existence d’un éventuel vol de données restent à établir.


Forêt brûlée : quand les cancres de la nature veulent donner des leçons…

Il fallait y penser. Pour protéger la nature, certains demandent désormais d’interdire la chasse sur les parcelles ravagées par les incendies. Une idée lumineuse, qui confirme surtout une chose : on peut aimer la nature sans toujours très bien la connaître. Car expliquer à un chasseur qu’il ne doit pas chasser sur une parcelle réduite en cendres, c’est un peu comme interdire à un pêcheur de jeter sa ligne dans un étang à sec. Le chasseur, figurez-vous, est capable de regarder autour de lui. Il constate qu’un incendie a détruit un territoire, que le gibier l’a déserté ou s’est déplacé, et il adapte naturellement sa pratique. Pas besoin pour cela d’un décret, d’une circulaire ou d’une application pour smartphone. Mais voilà le plus savoureux : le gibier, lui, n’a pas lu l’arrêté. Les animaux qui ont fui les secteurs brûlés se réfugient à proximité, dans les parcelles voisines. Et ils y restent. Avec les conséquences que l’on imagine : cultures endommagées, jeunes plantations consommées, dégâts supplémentaires pour les propriétaires et les agriculteurs. Faudrait-il donc interdire la chasse précisément là où les animaux se sont réfugiés ? Voilà une curieuse conception de la protection de la nature : laisser les dégâts s’installer pour pouvoir ensuite expliquer qu’il faut trouver une solution aux dégâts. On pourrait continuer. Une rivière déborde ? Interdisons aux promeneurs de s’en approcher. Un chemin devient impraticable ? Interdisons d’y marcher. Un étang est vide ? Défense d’y pêcher. Et puisque la forêt brûlée présente des dangers, pourquoi ne pas interdire tout simplement aux hommes d’y penser ? Le problème n’est pas que l’État veuille réglementer : ici, l’État sait justement que la situation doit être appréciée au cas par cas. Le problème vient de ceux qui veulent administrer la nature depuis un bureau, en imaginant qu’un interdit général remplacera l’observation du terrain. Les chasseurs, eux, n’ont pas attendu ces experts autoproclamés pour comprendre qu’on ne chasse pas de la même manière dans une forêt intacte et dans une zone dévastée par le feu. La nature n’est pas un manuel scolaire. Elle bouge, elle fuit, elle revient, elle s’adapte. Encore faudrait-il, avant de prétendre la gérer, accepter de l’observer.


Sécurité à la chasse : deux enjeux et... une même responsabilité !

Chaque saison de chasse, la sécurité revient au cœur des débats. Une arme n’autorise aucune approximation : un tir mal identifié, un angle non respecté ou une consigne ignorée peut avoir des conséquences irréversibles. La prévention concerne les chasseurs, mais aussi ceux qui fréquentent les espaces : randonneurs, cyclistes, cavaliers, promeneurs ou forestiers. En France, les règles sont fixées par le Code de l’environnement, les arrêtés et, selon les départements, les schémas départementaux de gestion cynégétique. Leur non-respect peut constituer une infraction. Lorsqu’un accident survient, la responsabilité peut aller au-delà d’une sanction : blessures ou décès peuvent entraîner des poursuites pénales, une suspension ou retrait du permis de chasser. Un principe : avant de tirer, il faut être certain de ne mettre personne en danger.

 

La sécurité des chasseurs : la règle avant le réflexe

La première règle de sécurité est aussi la plus évidente : ne jamais tirer avant d’avoir parfaitement identifié sa cible et son environnement. L’OFB rappelle notamment que le tir ne doit jamais être effectué sans visibilité, à hauteur d’homme, à travers une haie ou un buisson, et qu’il ne doit être engagé que sur un gibier parfaitement identifié. En cas de doute, le chasseur doit s’interdire de tirer. Une règle simple, mais essentielle lorsqu’un animal surgit rapidement ou lorsqu’une situation de battue devient confuse. La maîtrise de l’arme intervient à chaque étape : transport, chargement, déplacement, franchissement d’un obstacle et changement de poste. À l’approche d’une autre personne ou lors du franchissement d’une clôture, d’un fossé ou d’un obstacle, l’arme doit être sécurisée, et même déchargée. Elle ne doit jamais être dirigée vers une zone dangereuse ou un tiers...

[ LIRE LA SUITE... ]