Chasse et Environnement : Game Fair à Lamotte-Beuvron

Axe Méditerranée-Rhône-Saône : vers une gouvernance renforcée pour accélérer le développement

Chargé par le Gouvernement de réfléchir à l’avenir de l’axe Méditerranée-Rhône-Saône (MeRS), Augustin de Romanet a remis son rapport au Premier ministre Sébastien Lecornu et au ministre des Transports Philippe Tabarot. Cette mission visait à proposer une gouvernance capable de mieux coordonner les nombreux acteurs publics et économiques intervenant sur cet ensemble stratégique qui relie la façade méditerranéenne au cœur de l’Europe. L’axe MeRS représente un enjeu majeur pour l’économie française. Il concentre plus du tiers du produit intérieur brut national, rassemble plus de 16 millions d’habitants et s’appuie sur près de 500 kilomètres de littoral. Véritable colonne vertébrale du transport fluvial français, il constitue également un levier essentiel pour la décarbonation des transports et le développement du report modal vers le rail et la voie d’eau. Malgré ces atouts, son potentiel reste insuffisamment exploité en raison d’un manque de coordination entre les différents acteurs institutionnels, portuaires et logistiques. Pour remédier à cette situation, le rapport préconise la création d’un « directoire » chargé de piloter la stratégie globale de l’État sur l’axe. Cette instance réunirait les présidents des régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, les préfets concernés, la Compagnie nationale du Rhône (CNR) ainsi que le Grand Port Maritime de Marseille. Les régions Bourgogne-Franche-Comté et Occitanie, Voies navigables de France (VNF) et SNCF Réseau seraient également associées afin d’assurer une cohérence entre les enjeux fluviaux, ferroviaires et fonciers. Le rapport insiste également sur la nécessité d'intégrer pleinement les enjeux environnementaux dans les futurs aménagements de l'axe. Si le développement du transport fluvial et ferroviaire constitue un levier reconnu de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les projets d'infrastructures associés ne sont pas sans conséquences potentielles pour les écosystèmes traversés. L'axe Méditerranée-Rhône-Saône irrigue en effet des territoires particulièrement riches sur le plan écologique, depuis les zones humides camarguaises jusqu'aux vallées alluviales du Rhône et de la Saône. Toute extension de plateformes logistiques, création d'emprises foncières ou modification des couloirs de transport devra donc veiller à préserver la fonctionnalité des continuités écologiques. Les acteurs de la biodiversité soulignent notamment l'importance de maintenir les corridors faunistiques permettant les déplacements de nombreuses espèces, ainsi que les équilibres des territoires ruraux concernés. Ces enjeux concernent également les espaces agricoles et cynégétiques traversés par l'axe, où les aménagements peuvent accroître la fragmentation des habitats et perturber les déplacements de la grande faune. Enfin, Augustin de Romanet propose par ailleurs de transformer l’actuel Conseil de coordination interportuaire et logistique en un véritable comité des parties prenantes, destiné à associer davantage les acteurs économiques. La création d’un coordinateur interministériel, d’un groupement d’intérêt économique pour la gestion foncière et d’une marque commune regroupant les ports de l’axe figurent également parmi les recommandations. Pour le Gouvernement, ces propositions doivent permettre de renforcer la compétitivité logistique française, d’accélérer les projets structurants et de faire de l’axe Méditerranée-Rhône-Saône un moteur de développement économique et de transition écologique à l’échelle nationale.


Genève ou la grande illusion du « sans chasse »

Pendant des années, certains mouvements écologistes ont présenté Genève comme la preuve éclatante qu'une société moderne pouvait se passer de chasse. Les chasseurs ? Des vestiges d'un autre âge. La régulation ? Une excuse. La nature ? Elle s'équilibrerait toute seule, pour peu que l'homme cesse d'intervenir. Le conte était séduisant. La réalité, elle, l'est beaucoup moins. Car voilà que le Conseil d'État genevois vient d'annoncer la reconduction des tirs de régulation des cerfs, du 1er novembre 2026 au 31 janvier 2027 dans les bois de Versoix et de Collex-Bossy, et une nouvelle saison d'intervention pourrait même être programmée en 2027-2028 si la situation le justifie. Parallèlement, les tirs de régulation concerneront également les sangliers. Pourquoi ? Parce que les populations explosent, que les dégâts forestiers s'accumulent et que les cultures subissent les conséquences d'une gestion déconnectée du terrain. Les mêmes autorités qui vantaient l'exemplarité du modèle genevois reconnaissent désormais la nécessité de prélever des animaux pour préserver les équilibres écologiques. La différence ? On ne parle plus de chasse, mais de « tirs de régulation ». On ne fait plus appel à des chasseurs bénévoles formés et passionnés, mais à des gardes de l'environnement salariés. Le résultat est pourtant identique : des animaux sont abattus parce que c'est devenu indispensable. Cette situation met surtout en lumière une certaine hypocrisie. Pendant des années, le monde cynégétique a été caricaturé, accusé de tous les maux et désigné comme incompatible avec la protection de la nature. Or, lorsque les réalités biologiques et agricoles reprennent leurs droits, ce sont précisément les principes de gestion défendus depuis longtemps par les chasseurs qui s'imposent. Non, la nature ne s'autorégule pas miraculeusement dans des territoires fragmentés, urbanisés. Non, il ne suffit pas d'installer quelques clôtures pour résoudre durablement les problèmes. Et non, remplacer le mot « chasse » par « régulation » ne change rien aux nécessités du terrain. Peut-être est-il temps de reconnaître que les chasseurs ne sont pas le problème, mais font partie de la solution. Genève ne démontre donc pas que la chasse est inutile. Elle prouve exactement l'inverse : même dans le laboratoire rêvé des anti-chasse, la régulation demeure indispensable. Seul le vocabulaire change. La réalité, elle, finit toujours par rattraper l'idéologie.


Déforestation : le Brésil lance un outil inédit pour tracer les matières premières à risque

À l’approche de l’entrée en vigueur du Règlement européen contre la déforestation (RDUE), le Brésil renforce ses outils de transparence environnementale. L’Institut Sociedade, População e Natureza (ISPN) a lancé une nouvelle plateforme numérique au sein de son Observatoire socio-environnemental afin de mieux identifier les impacts locaux liés à la production de matières premières destinées aux marchés internationaux. Cette initiative intervient alors que l’Union européenne s’apprête à appliquer pleinement le RDUE, qui interdira l’importation de produits issus de terres déboisées après le 31 décembre 2020. Initialement prévue fin 2024, l’application du règlement a été reportée et devrait concerner les grandes entreprises à partir de décembre 2025, puis les PME en 2026. Les filières concernées incluent notamment le soja, le cacao, le café, l’huile de palme, le caoutchouc, le bois et les produits bovins. La plateforme brésilienne rassemble des données remontant à 2002 et permet une analyse détaillée à l’échelle des municipalités et des États fédérés. Elle croise cinq grands indicateurs : la déforestation et les incendies, les conflits sociaux et fonciers, les régimes de propriété et territoires protégés, les risques climatiques liés à l’eau et à la sécurité alimentaire, ainsi que les données de production agricole et d’élevage. Au-delà du seul aspect environnemental, l’outil met l’accent sur les droits humains. Il recense notamment les conflits liés à l’accès à la terre et à l’eau, les cas signalés de travail forcé, les violences rurales ainsi que les atteintes aux droits des populations autochtones et des communautés quilombolas. L’objectif est de permettre aux entreprises, aux investisseurs et aux importateurs de mieux évaluer les risques associés à leurs chaînes d’approvisionnement. Sans désigner directement les entreprises impliquées, la plateforme identifie les territoires où existent des risques élevés de déforestation ou de violations des droits humains. Elle constitue ainsi un outil précieux de « due diligence » pour les opérateurs économiques qui devront démontrer la conformité de leurs approvisionnements avec les nouvelles exigences européennes. Pour les observateurs, cette initiative illustre l’évolution des marchés agricoles mondiaux, où les critères environnementaux et sociaux deviennent désormais aussi importants que les critères économiques dans l’accès aux marchés internationaux.


Game Fair 2026 : trois jours au cœur de passion nature en Sologne

Les passionnés de chasse, de nature, de chiens, de tir, de pêche et d’activités de plein air ont déjà rendez-vous avec l’un des événements les plus attendus de l’année. Du vendredi 12 au dimanche 14 juin 2026, le Parc Équestre Fédéral de Lamotte-Beuvron accueillera une nouvelle édition du Game Fair, considéré comme le plus grand salon de la chasse en France et l’un des plus importants rassemblements cynégétiques d’Europe. Chaque année, le succès de l’événement ne se dément pas. Plus de cent mille visiteurs sont attendus pour découvrir les nouveautés présentées par plus de 650 exposants et quelque 5 000 marques couvrant tous les univers liés à la chasse, au tir sportif, aux armes, à l’optique, aux véhicules tout-terrain, à la pêche, aux chiens, à l’outdoor et à l’art de vivre rural. Durant trois jours, la Sologne devient ainsi la capitale française de la nature et des loisirs de plein air. Le Game Fair est aujourd’hui bien plus qu’un salon commercial. C’est un lieu de rencontres, d’échanges et de découvertes où se côtoient chasseurs, pêcheurs, forestiers, éleveurs, artisans, professionnels et simples amoureux de la nature. Les visiteurs pourront parcourir les différents villages thématiques : Village Premium, Village Chiens, Village Chasse à l’Arc, Village Pêche, Village des Artisans Couteliers ou encore les espaces dédiés aux voyages de chasse et aux destinations nature. Les animations promettent une nouvelle fois d’être spectaculaires. Démonstrations de ball-trap, essais d’armes et d’optiques, présentations de véhicules 4x4, démonstrations canines, initiations aux différentes pratiques cynégétiques, expositions artistiques, ventes aux enchères et rencontres avec les plus grandes marques rythmeront le week-end. Les amateurs de chiens de chasse pourront assister à de nombreuses démonstrations de travail mettant en valeur les qualités de races venues de toute la France et de l’étranger. Le salon ouvrira ses portes le vendredi 12 juin de 10 h 30 à 20 h, le samedi 13 juin de 9 h à 20 h et le dimanche 14 juin de 9 h à 18 h. Pour tous ceux qui vivent leur passion de la nature au quotidien, le Game Fair 2026 s’annonce une nouvelle fois comme un rendez-vous incontournable à ne manquer sous aucun prétexte.


Directive Oiseaux : chasseurs, scientifiques et élus européens cherchent un nouvel équilibre

Réunis le 2 juin au Parlement européen à Bruxelles à l’initiative de la Fédération des associations de chasse et de conservation de l’Union européenne (FACE), députés européens, représentants de la Commission européenne, scientifiques et acteurs de la conservation ont débattu de l’avenir de la directive Oiseaux, l’un des principaux textes encadrant la protection de l’avifaune en Europe. Cette rencontre visait à identifier les moyens d’améliorer la mise en œuvre de la directive tout en conciliant conservation de la biodiversité, activités humaines et réalités de terrain. Les échanges se sont déroulés dans un contexte particulier, marqué par l’évaluation de la robustesse des directives européennes relatives à la nature et par les débats sur leur simplification éventuelle. Tous les intervenants ont souligné l’importance de s’appuyer sur des données scientifiques solides, un suivi rigoureux des populations et une coopération renforcée entre institutions, associations et acteurs locaux. L’eurodéputé français Eric Sargiacomo a notamment insisté sur la nécessité de prendre en compte les traditions rurales et les pratiques locales dans les politiques de conservation. Il a cité l’exemple de la chasse traditionnelle à la palombe dans le Sud-Ouest de la France, estimant que la protection de la biodiversité passe aussi par la reconnaissance du rôle des communautés rurales. Un message partagé par plusieurs représentants du monde cynégétique, qui ont rappelé l’implication croissante des chasseurs dans le suivi des espèces et la gestion des habitats. La Commission européenne, représentée par Andrea Vettori, a réaffirmé l’efficacité de la directive Oiseaux, qu’elle considère comme un cadre fondé sur la science, permettant à la fois la conservation des espèces et une chasse durable. Bruxelles souhaite toutefois recueillir les avis des parties prenantes afin d’identifier les éventuelles simplifications susceptibles d’améliorer son application sur le terrain. Du côté des organisations de protection de la nature, BirdLife Europe a rappelé les succès obtenus grâce à cette directive, citant le spectaculaire retour d’espèces naguère menacées comme l’aigle impérial ibérique, le faucon pèlerin ou la grande aigrette. L’association a appelé à concentrer les efforts sur la restauration des habitats et la mise en œuvre de la récente législation européenne sur la restauration de la nature. Les participants ont enfin souligné l’importance de la coopération internationale pour la préservation des oiseaux migrateurs. Tous se sont accordés sur un point : la réussite de la conservation passera par des actions concrètes sur les habitats, des investissements de long terme et un dialogue permanent entre scientifiques, gestionnaires, chasseurs et décideurs publics.


La ville transforme la faune sauvage : des animaux plus audacieux et plus agressifs

Une vaste méta-analyse internationale publiée dans le Journal of Animal Ecology révèle que l’urbanisation modifie profondément le comportement des animaux sauvages à travers le monde. En compilant les résultats de 80 études menées dans 28 pays et portant sur 133 espèces – oiseaux, mammifères, reptiles, amphibiens et insectes –, les chercheurs ont constaté que les populations vivant en milieu urbain présentent partout les mêmes caractéristiques : elles sont plus audacieuses, plus actives et plus agressives que leurs homologues des zones rurales. L’audace apparaît comme le changement le plus marqué. Habitués à la présence humaine, les animaux urbains s’approchent davantage des personnes, explorent plus volontiers leur environnement et réagissent moins fortement aux perturbations. Pour les scientifiques, cette évolution s’explique par un mécanisme de sélection naturelle. Le bruit, l’éclairage artificiel, la densité humaine et la fragmentation des habitats favorisent les individus les plus tolérants au stress. En quelques générations seulement, ces traits comportementaux peuvent devenir dominants au sein d’une population. Les chercheurs soulignent également que l’urbanisation ne modifie pas seulement les comportements individuels. Elle influence aussi l’organisation sociale des espèces. Les signaux d’alerte, les déplacements, les interactions entre individus et même certains comportements de reproduction peuvent être perturbés par les conditions propres aux villes. Ces adaptations ont été observées sur plusieurs continents, démontrant que les environnements urbains exercent des pressions similaires sur la faune, quelle que soit la région du globe. Cette évolution n’est toutefois pas sans conséquences. Des animaux moins craintifs entrent plus fréquemment en contact avec les humains, ce qui peut accroître les risques de transmission de maladies zoonotiques et multiplier les conflits avec la faune sauvage. Les auteurs de l’étude estiment donc nécessaire d’intégrer davantage la biodiversité dans l’aménagement urbain. Ils recommandent notamment de préserver et de connecter les espaces verts afin de maintenir les échanges génétiques entre populations et de limiter les effets de l’isolement. Selon eux, la faune urbaine évolue aujourd’hui à un rythme particulièrement rapide, dessinant déjà les contours des écosystèmes qui cohabiteront demain avec les sociétés humaines.


L’ONF met en vente les récoltes de ses vergers à graines

L’Office national des forêts (ONF) a lancé, fin mai, une procédure de consultation préalable à une vente publique des fruits issus des vergers à graines de l’État. Cette opération, organisée sous forme d’appel d’offres informatisé, concerne des récoltes destinées à la production de semences forestières utilisées pour le renouvellement et l’adaptation des forêts françaises. Les candidats intéressés doivent déposer leurs offres exclusivement sur la plateforme spécialisée de l’ONF avant le 15 juin à midi. La procédure porte sur des ventes « sur pied et à la mesure », c’est-à-dire que les acheteurs sélectionnés assureront eux-mêmes la récolte des fruits dans les vergers concernés, selon les modalités définies par l’établissement public. Afin de garantir une parfaite connaissance des sites, une visite préalable des vergers est obligatoire. Elle devra être réalisée en présence des gestionnaires de terrain, qui délivreront une attestation indispensable au dépôt d’une offre. Les candidats, qu’ils soient français ou étrangers, devront également fournir plusieurs documents administratifs attestant de leur identité, de leur capacité professionnelle et de leur couverture en responsabilité civile. Les dossiers de consultation précisent notamment la localisation des différents vergers, les volumes moyens produits au cours des dix dernières années ainsi que les règles de partage des récoltes entre l’ONF et les entreprises retenues. Ces vergers à graines constituent un maillon essentiel de la politique forestière nationale. Ils permettent la production de semences sélectionnées pour leurs qualités génétiques, leur résistance aux maladies et leur capacité d’adaptation aux évolutions climatiques. Dans un contexte marqué par le dépérissement de certaines essences et la nécessité de préparer les forêts aux conditions futures, ces ressources génétiques représentent un enjeu stratégique majeur. Les offres seront formulées sur la base d’un prix unitaire par produit et par lot. L’ONF prévoit de communiquer les résultats de la consultation au début du mois de juillet. Cette opération illustre l’importance croissante accordée à la production de matériel forestier de qualité, indispensable aux vastes programmes de reboisement et de renouvellement des peuplements engagés partout en France.


Loi d’urgence agricole : l’eau au cœur des débats parlementaires

Adopté par l’Assemblée nationale par 369 voix contre 178, le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles marque une nouvelle étape dans la politique agricole française. Au-delà des mesures économiques et administratives, le texte comporte plusieurs dispositions importantes concernant la gestion de l’eau. Les débats ont notamment porté sur la gouvernance de la ressource, les possibilités de stockage, la protection des captages d’eau potable et le statut des zones humides. Le gouvernement défend un texte destiné à sécuriser durablement la production agricole tout en préservant les équilibres environnementaux. Parmi les mesures phares figure la simplification de certaines procédures administratives liées aux projets de stockage de l’eau destinés à l’irrigation. Les défenseurs du texte considèrent que ces ouvrages constituent un levier essentiel pour garantir la souveraineté alimentaire nationale et sécuriser les productions agricoles face à la multiplication des aléas climatiques. Le texte clarifie également plusieurs dispositions relatives aux zones humides, dont le rôle dans la régulation des cycles de l’eau et la préservation de la biodiversité est largement reconnu. La protection des captages d’eau potable figure aussi parmi les priorités du projet. Les députés ont cherché à concilier la nécessité de préserver la qualité de l’eau avec le maintien d’une activité agricole économiquement viable dans les territoires concernés. Cette adoption illustre les tensions persistantes entre impératifs de production, préservation de l’environnement et adaptation climatique. Le texte doit désormais poursuivre son parcours législatif, mais il confirme déjà que la question de l’eau est devenue l’un des principaux enjeux stratégiques de l’agriculture française pour les décennies à venir.


La gestion du cerf élaphe

L’exposition des trophées de cerfs organisée à Joinville (52), les 23 et 24 mai derniers, a ravivé un débat qui traverse aujourd’hui de nombreux territoires à cervidés : celui du bracelet unique appliqué aux mâles. À l’aube de la troisième saison de son expérimentation en Haute-Marne, la question mérite d’être abordée avec calme, loin des postures et des procès d’intention. Car derrière un dispositif qui peut paraître simple et pragmatique, se cache en réalité une problématique biologique particulièrement complexe. La gestion du cerf élaphe ne consiste pas seulement à maintenir des effectifs compatibles avec les équilibres forestiers ou agricoles. Elle repose avant tout sur la stabilité d’une population structurée, équilibrée dans ses sexes, mais aussi dans ses classes d’âge. Or, c’est précisément cette architecture démographique que le bracelet unique vient modifier en profondeur. Sur le papier, le principe séduit : davantage de souplesse, moins de contraintes administratives et une liberté accrue laissée aux chasseurs. En pratique pourtant, la suppression des catégories différenciées transforme immédiatement les plus beaux mâles en animaux prioritaires au tir. Tant que les densités demeurent importantes, le système peut donner l’illusion d’une parfaite efficacité. Les tableaux restent satisfaisants et les prélèvements semblent conformes aux objectifs. Mais la dynamique réelle d’une population de cerfs se lit sur le temps long. Un grand cervidé mature n’apparaît jamais spontanément ; il est le résultat de plusieurs années de croissance, dans les meilleures conditions environnementales. C’est pourquoi les biologistes comme les gestionnaires expérimentés accordent autant d’importance à la pyramide des âges. Une population riche en vieux mâles dominants traduit généralement un équilibre durable. À l’inverse, lorsque ces classes supérieures commencent à disparaître, l’appauvrissement qualitatif devient inévitable, même si les effectifs globaux restent élevés. Toute la question est donc là : le bracelet unique permet-il réellement de préserver cette construction progressive des grands cerfs, ou accélère-t-il au contraire leur disparition prématurée ? Le débat n’est pas idéologique. Il touche directement au fonctionnement biologique de l’espèce et à la conception même d’une gestion cynégétique durable...

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