Des freins réglementaires, économiques et logistiques persistants
Au cœur des échanges, la FNC a pointé un cadre réglementaire jugé trop complexe, voire dissuasif. Les règles encadrant la collecte, la transformation et la commercialisation du gibier sont perçues comme mal adaptées aux réalités de terrain, en particulier dans les territoires ruraux. Un exemple emblématique est l’instruction technique du 1er octobre 2024, qui interdit l’utilisation de dispositifs mobiles de refroidissement du gibier. Cette mesure oblige les collecteurs à investir dans des chambres froides fixes, alors même que le modèle économique de ces structures demeure fragile. Résultat : 53 % des départements chassés ne disposent aujourd’hui d’aucun dispositif de collecte, créant de vastes zones non couvertes. Les difficultés sont également économiques. Le développement des circuits longs, bien que nécessaire pour structurer une filière nationale, requiert des investissements importants, du temps et une sécurisation des débouchés. À court terme, cette complexité favorise le maintien des circuits « gris », plus simples et immédiats pour les chasseurs. La FNC a également dressé un bilan mitigé de l’expérimentation issue de l’arrêté du 26 juin 2024, autorisant la découpe d’une carcasse en six morceaux destinés à la vente locale.
Bien que prometteuse sur le papier, cette mesure n’est réellement opérationnelle que sur trois territoires, en raison de procédures jugées trop lourdes et contraignantes. Enfin, des freins organisationnels et culturels persistent. La tradition d’autoconsommation, la méconnaissance des règles sanitaires et la crainte de sanctions contribuent à freiner l’engagement des chasseurs dans des circuits formalisés. L’ensemble de ces facteurs limite la capacité de la filière à absorber les volumes croissants de venaison, malgré une demande sociétale accrue pour des produits locaux et durables.
Des leviers identifiés pour structurer et développer la filière
Face à ces constats, plusieurs appuis ont été clairement identifiés pour permettre l’essor de la filière venaison française. Le premier levier réside dans une simplification et une clarification du cadre réglementaire, tout en maintenant un haut niveau de sécurité sanitaire. L’assouplissement encadré de certaines règles, notamment en matière de collecte et de refroidissement du gibier, apparaît comme une condition indispensable pour lever les blocages territoriaux. De même, l’élargissement et la simplification de l’expérimentation sur la découpe des carcasses pourraient favoriser l’implication des acteurs locaux. Sur le plan économique, un soutien ciblé à l’investissement — chambres froides, équipements de collecte, logistique — permettrait de sécuriser les porteurs de projets et de rendre les centres de collecte viables. La FNC plaide également pour un développement prioritaire des circuits courts, plus rapides à déployer et mieux adaptés aux territoires, afin de réduire la part des circuits « gris ». Ces circuits constituent un premier pas vers une structuration plus large, en attendant la montée en puissance des circuits longs. Enfin, l’essor de la filière repose sur une reconnaissance politique et sociétale renforcée de la venaison comme ressource alimentaire à part entière. En valorisant cette viande locale, naturelle et issue d’une gestion durable de la faune, les pouvoirs publics peuvent contribuer à transformer une contrainte — la surabondance de gibier — en opportunité économique et environnementale. L’audition de la FNC marque ainsi une étape clé dans la construction d’une filière venaison française plus lisible, plus équitable et mieux intégrée aux politiques alimentaires et rurales.