Dans son expertise publiée le 22 octobre 2026, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) propose un protocole permettant, sous conditions strictes, d’éviter l’abattage total d’un troupeau atteint de brucellose. Saisie par la Direction générale de l’alimentation (DGAL) en septembre 2024, l’agence répond ainsi aux difficultés rencontrées sur le terrain et aux interrogations suscitées par cette mesure sanitaire. Cette alternative reposerait sur l’abattage des seuls animaux infectés, accompagné de mesures sanitaires rigoureuses pendant plusieurs mois, voire plus d’un an. Elle serait réservée aux foyers isolés, comptant au maximum 15 animaux infectés ou considérés comme tels, avec une prévalence ne dépassant pas 15 %. L’éleveur devrait s’engager volontairement dans cette démarche et travailler étroitement avec les vétérinaires, les services sanitaires départementaux et les groupements de défense sanitaire. Nettoyage et désinfection renforcés, interdiction d’introduire ou de sortir des animaux et restrictions concernant les animaux gestants figurent parmi les principales exigences. La réussite du protocole dépendrait également des moyens disponibles dans l’exploitation, notamment pour isoler les animaux lors des mises bas et disposer de stocks de fourrage suffisants. Des précautions particulières seraient nécessaires pour prévenir la transmission à l’être humain, la brucellose étant une zoonose. L’Anses souligne toutefois que cette proposition reste soumise à l’approbation des autorités françaises et européennes. La France conserve son statut officiellement indemne de brucellose bovine depuis 2005, malgré quelques foyers ponctuels, notamment en Haute-Savoie en 2012 et en 2021.

Qu’en est-il de la faune sauvage ?

Le protocole proposé concerne les troupeaux d’élevage et ne saurait être appliqué tel quel aux populations sauvages. Pourtant, celles-ci jouent un rôle épidémiologique important. Dans le massif du Bargy, en Haute-Savoie, la brucellose à Brucella melitensis circule chez les bouquetins depuis 2012. La surveillance et les mesures de gestion y sont adaptées à la situation sanitaire et aux enjeux de conservation de l’espèce. Chez les sangliers et les lièvres, une autre bactérie, Brucella suis biovar 2, persiste également en France et peut contaminer les élevages porcins, notamment en plein air. Pour les bouquetins ou d’autres mammifères sauvages susceptibles d’être infectés, la lutte repose donc sur une surveillance spécifique et des mesures adaptées à chaque espèce et à chaque contexte. L’enjeu est double : limiter les risques de transmission aux élevages et à l’être humain, tout en préservant autant que possible la faune sauvage.