Les forêts de Chinon, le droit forestier et la chasse

La thèse soutenue par Eugène Pépin en 1911 « Les haulte et basse forestz de Chinon, des origines au 16e siècle : étude de législation et d’histoire forestières » s’inscrit avant tout dans une tradition d’histoire du droit et des institutions. L’ouvrage analyse la formation, l’administration et le régime juridique des forêts de Chinon sur le long terme, en mobilisant des sources médiévales et modernes, notamment seigneuriales et royales. Si la chasse n’en constitue pas l’objet central explicite, elle est néanmoins présente de manière structurelle dans l’analyse. Sous l’Ancien Régime, la forêt est en effet un espace juridique complexe, où s’articulent exploitation économique, droits d’usage, police forestière et privilèges seigneuriaux. Or, le droit de chasse est l’un des attributs majeurs de la souveraineté seigneuriale et royale sur l’espace forestier. À ce titre, les règlements forestiers étudiés par Pépin encadrent indirectement, mais fermement, les pratiques cynégétiques. L’étude des « hautes et basses forêts » de Chinon conduit ainsi à aborder les restrictions imposées aux populations locales concernant la capture du gibier, la protection de certaines espèces et la répression du braconnage. Les textes juridiques analysés témoignent du lien étroit entre conservation du couvert forestier et préservation du gibier, la chasse constituant un privilège étroitement contrôlé par le pouvoir. La forêt apparaît comme un espace réservé, où la chasse participe autant d’un loisir aristocratique que d’un instrument de domination sociale. Par ailleurs, la réglementation des forêts implique une organisation précise des espaces, des temps et des usages, qui conditionne les formes de chasse autorisées ou interdites. Les dispositions relatives aux gardes forestiers, aux sanctions et aux juridictions compétentes révèlent un appareil normatif visant à garantir à la fois l’intégrité du domaine forestier et l’exclusivité des droits de chasse. Ainsi, sans être un traité cynégétique, le travail de Pépin éclaire de manière indirecte mais essentielle, l’histoire de la chasse en France. Il montre que les pratiques de chasse, bien avant d’être codifiées dans des manuels spécialisés, s’inscrivent dans un cadre juridique forestier ancien, où se nouent pouvoir, territoire et usage du vivant. Ce lien structurel entre forêt et chasse constitue l’un des apports historiques majeurs de sa thèse.