Un modèle cynégétique fondé sur la gestion adaptative et le temps long

La chasse du petit gibier sédentaire se distingue fondamentalement de celle du grand gibier par son exigence en matière de gestion adaptative. Elle impose une connaissance fine des densités, des succès de reproduction et des facteurs de mortalité, ainsi qu’une capacité collective à différer ou suspendre le prélèvement lorsque les seuils biologiques ne sont pas atteints. Cette approche, désormais classique en écologie appliquée, repose sur le principe selon lequel la chasse n’est soutenable que si elle s’inscrit dans une trajectoire de population stable ou croissante. Dans ce cadre, le chasseur redevient un acteur central de la gestion des habitats : création de couverts, maintien de mosaïques paysagères, dialogue avec les exploitants agricoles, suivi scientifique participatif. Cette implication confère à la chasse au petit gibier une légitimité écologique forte, car les mesures mises en œuvre bénéficient à un cortège d’espèces bien plus large que les seules espèces chassables. Plusieurs publications européennes démontrent que les territoires investissant dans la perdrix grise ou le lièvre présentent également une augmentation de l’avifaune des milieux ouverts et des pollinisateurs. Ce modèle se heurte toutefois à des contraintes sociales et organisationnelles : attente de résultats rapides, vieillissement des structures associatives, concurrence avec une chasse du grand gibier plus immédiatement productive. Pourtant, à moyen et long terme, il constitue l’un des rares cadres compatibles avec les exigences contemporaines de durabilité, de traçabilité et d’acceptabilité.

 

Le petit gibier comme levier d’avenir pour la chasse et les territoires

Poser la question de l’avenir de la chasse à travers le prisme du petit gibier sédentaire revient donc à interroger sa fonction sociale et écologique. Dans un contexte de tensions croissantes autour de la régulation du grand gibier, de conflits d’usages et de défiance sociétale, le petit gibier offre un champ de recomposition stratégique. Il permet de réancrer la chasse dans une logique de proximité, de faible conflictualité et de contribution mesurable à la biodiversité. D’un point de vue scientifique, il constitue un excellent support de politiques territoriales intégrées associant agriculture, environnement et usages récréatifs. D’un point de vue cynégétique, il favorise la transmission des savoirs, la formation des jeunes chasseurs et une pratique moins événementielle, davantage inscrite dans le cycle annuel des milieux. Il ne s’agit pas de substituer intégralement le petit gibier au grand gibier, mais de rééquilibrer les modèles. Les données disponibles convergent : là où le petit gibier revient, la biodiversité progresse, les relations avec le monde agricole se pacifient et l’image de la chasse s’améliore. À ce titre, le petit gibier sédentaire n’est pas une nostalgie du passé, mais un outil d’avenir, à condition toutefois d’accepter une vérité scientifique essentielle : en matière de biodiversité comme de chasse, il n’existe pas de solution rapide, seulement des trajectoires construites dans le temps long et fondées sur la connaissance des systèmes vivants.