Depuis une vingtaine d’années, le réensauvagement s’impose progressivement comme une approche complémentaire aux politiques classiques de conservation de la nature en Europe. Loin d’opposer protection stricte et activités humaines, cette démarche repose sur une idée centrale : restaurer les processus naturels à grande échelle afin de permettre aux écosystèmes de retrouver leur fonctionnalité, malheureusement sans tenir compte des réalités sociales, économiques et culturelles des territoires. Les adeptes du réensauvagement considèrent que les paysages sont le produit d’interactions complexes entre espèces, milieux et activités humaines, et qu’en laissant davantage de place aux dynamiques naturelles, la nature démontre une capacité de régénération rapide. Pour ces écolos, la réussite des projets menés en Europe repose donc sur la coexistence entre biodiversité et usages : élevage, sylviculture, chasse, tourisme, randonnée. Mais le retour d’espèces emblématiques pose aussi des défis concrets. La gestion de la faune sauvage ne peut plus être pensée de manière sectorielle ou idéologique. Elle doit s’appuyer sur des données scientifiques, une régulation adaptée des populations et un dialogue constant entre protecteurs de la nature, agriculteurs, chasseurs et usagers de l’espace rural. Dans ce cadre, la chasse raisonnée conserve un rôle essentiel. Elle participe à l’équilibre des populations, limite certains conflits d’usages et s’inscrit dans une tradition de gestion durable lorsqu’elle est encadrée, proportionnée et fondée sur des objectifs écologiques clairs. Les succès observés pour de nombreuses espèces en Europe reposent d’ailleurs sur une combinaison de protection juridique, d’actions de conservation ciblées et d’évolution des pratiques cynégétiques. Enfin, le réensauvagement ne peut s’inscrire durablement sans modèle économique viable. Valorisation des services écosystémiques, tourisme de nature, produits forestiers diversifiés ou filières locales constituent autant de leviers pour ancrer la biodiversité dans les économies rurales. À condition de corriger certaines distorsions liées aux subventions et de favoriser les initiatives locales, cette approche offre une voie pragmatique pour concilier nature vivante, activités humaines et acceptabilité sociale.