Le grand gibier n’échappe pas à la règle, notamment pour le plus grand de chez nous, le cerf. Attributs réservés aux mâles, les bois sont les premiers vecteurs de phéromones de tous ordres, et de toutes destinations. Marc Rolland, docteur vétérinaire, auteur de la thèse « Le statut du cerf élaphe dans les Alpes-Maritimes » (Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse, 2003), évoque le rôle des bois dans la diffusion des phéromones, par frottis de la ramure contre des espèces forestières odoriférantes. Cependant, les phéromones peuvent également être véhiculées dans, et par l’air. Les larmiers du cerf sont une importante source d’émission, qui permet à l’animal d’indiquer sa présence et de s’identifier par rapport aux autres individus présents dans le secteur. On retrouve les mêmes schémas de distribution chez le chevreuil, dont les « brosses » émettent des phéromones qui sont, soit dispersées dans l’air, soit déposées sur la végétation lorsque l’animal se déplace. Il en va d’ailleurs de même pour les glandes interdigitales qui jouent un rôle important quand l’animal fait ses grattis sur le sol. Ces emplacements particuliers sont donc riches en phéromones de marquage, accentués encore par les brocards, lorsqu’ils marquent les arbustes avec leurs glandes frontales. Les ongulés de montagne, tel le chamois, l’isard et le mouflon, utilisent quasiment les mêmes moyens pour se signaler ou s’identifier. Les glandes rétro-cornales jouent d’ailleurs un rôle très important chez le chamois et l’isard. Quant au sanglier, les phéromones sont essentiellement véhiculées par la salive et surtout l’urine. Le marché des produits attractants pour la bête noire fait d’ailleurs l’objet d’une offre pléthorique…

 

Et les autres ?

Mais ces phéromones ne sont pas le seul apanage du grand gibier. Les insectes émettent également ces substances, et c’est notamment le cas de la chrysomèle, dont l’impact indirect sur le sanglier peut être très important. En effet, cet insecte coléoptère s’attaque aux racines du maïs, et peut en ravager les cultures en seulement quelques dizaines de jours. L’insecte est d’autant plus dangereux qu’il se fixe dans le sol, et perdure d’une année à l’autre. Parmi les moyens de lutte, figurent les insecticides et la rotation pluriannuelle des cultures. Si la première solution est désormais rigoureusement encadrée, la deuxième est affaire de méthodes culturales. Mais il en existe une troisième : le piège à phéromones. Il s’agit en fait de simples tubes en carton ou en plastique, dans lesquels sont déposés de la glu et des phéromones de chrysomèles femelles. Attirés, les mâles se déplacent et se font alors piéger par la colle. Cette technique, très sélective, permet de ne pas impacter les autres insectes, dont le rôle est très important dans la biodiversité et la relation que peut avoir le monde des insectes avec celui des plantes. Infinitésimal de la communication, les phéromones restent encore un vaste champ d’investigation pour les chercheurs.