Chez le chamois (Rupicapra rupicapra), certaines structures anatomiques ont longtemps intrigué observateurs, naturalistes et chasseurs : les glandes rétro-cornales. Situées juste derrière les cornes, ces protubérances discrètes jouent un rôle central dans la communication de l’espèce, bien au-delà de leur apparente banalité. Contrairement à une idée répandue, ces glandes sont présentes chez les deux sexes. Toutefois, leur développement varie fortement selon la période de l’année et le statut reproducteur. En dehors du rut, elles sont peu visibles, presque imperceptibles.
Mais à l’automne, elles augmentent nettement de volume, atteignant chez les mâles la taille d’une petite noix. Cette transformation saisonnière leur vaut d’être parfois appelées « glandes de rut ». Il s’agit cependant d’une conséquence, et non d’un déclencheur : elles traduisent l’état physiologique de l’animal sans en être la cause. Leur fonction principale est olfactive. Les glandes sécrètent une substance grasse, collante, fortement odorante, dont la persistance est remarquable. En frottant la base de leurs cornes contre la végétation ou les rochers, les mâles déposent cette sécrétion et marquent ainsi leur territoire. Ce marquage chimique remplit un double rôle : dissuader les concurrents et signaler leur présence aux femelles. L’odeur, particulièrement intense au pic du rut, constitue un véritable message biologique.
Comme le soulignait Marcel Couturier, elle pourrait également jouer un rôle dans la réceptivité des femelles, bien que cet aspect reste difficile à démontrer expérimentalement. Sur le plan physiologique, l’activité des glandes suit un calendrier précis. Elles commencent à se développer à la fin de l’été, atteignent leur maximum en novembre, puis régressent progressivement jusqu’au début de l’hiver. Cette évolution accompagne les comportements typiques du rut : marquage intensif, déplacements accrus et interactions sociales fréquentes. Les mâles adoptent alors une posture caractéristique, inclinant la tête pour frotter efficacement leurs glandes sans être gênés par les cornes. Chez les femelles, les glandes existent également, mais restent plus petites et peu actives. Leur rôle demeure moins marqué, bien que leur présence suggère une fonction encore partiellement comprise dans les interactions sociales. Au-delà de la reproduction, ces glandes participent à l’organisation collective. Elles contribuent à l’identification individuelle et à la structuration hiérarchique au sein des groupes. Chez le chamois, l’odeur est ainsi un vecteur d’information essentiel, invisible mais déterminant, qui structure les relations sociales et territoriales de l’espèce.
Faune sauvage : une espèce à découvrir… ou redécouvrir

Ce renversement révèle que la peur animale n’est pas uniquement une réponse à la force brute, mais à une mémoire collective du danger. La voix humaine agit comme un « signal de mort » diffus, omniprésent. Contrairement au prédateur naturel, qui chasse pour survivre et dont les intentions sont lisibles, l’humain introduit une incertitude radicale. Il peut tuer sans faim, modifier les environnements, traquer à distance, revenir sans cesse. La voix devient alors un marqueur acoustique de cette imprévisibilité. Elle ne prévient pas : elle annonce un risque total, disproportionné, impossible à anticiper. Ce stress induit dépasse la simple fuite. Il s’inscrit dans les corps. Les animaux exposés de manière répétée à des signaux humains modifient leurs habitudes : ils écourtent leur accès à l’eau, changent leurs horaires d’activité, réduisent leur temps d’alimentation. À long terme, cette pression invisible affecte la reproduction, affaiblit les individus et peut entraîner un déclin des populations, même en l’absence de chasse directe. La peur devient un facteur écologique, une force qui sculpte les comportements et déséquilibre les écosystèmes. Ce qui rend la voix humaine si inquiétante, c’est sa banalité. Elle ne ressemble pas à une menace. Elle peut être calme, presque anodine, une conversation, un murmure. Et pourtant, pour les mammifères africains, elle concentre des générations d’expérience : celle d’un prédateur sans équivalent, capable de destruction systémique. Là où le lion impose le respect, l’humain impose l’angoisse. Ainsi, la savane révèle une vérité troublante : la domination humaine ne passe pas seulement par la force ou la technologie, mais par une empreinte psychologique profonde. Notre simple présence suffit à désorganiser le vivant. Plus qu’un bruit, la voix humaine est devenue un signal universel de perturbation, une signature sonore de la peur elle-même.
Les faucheuses modernes, larges de plusieurs mètres et capables de couvrir rapidement de grandes surfaces, fonctionnent à des vitesses élevées. Équipées de disques rotatifs et parfois de systèmes de conditionnement qui accélèrent le séchage de l’herbe, elles ne laissent aucune chance aux animaux dissimulés dans la végétation. Cette performance technique, essentielle à l’efficacité des exploitations, augmente cependant les risques pour la faune. Chaque année, de nombreux faons sont ainsi tués, souvent à l’insu même des agriculteurs. La fauche printanière cristallise donc un enjeu majeur : concilier rendement agricole et préservation de la biodiversité. Pour réduire ces accidents, plusieurs solutions existent et reposent largement sur la coopération.
Adapter les pratiques est une première étape : commencer la fauche par le centre des parcelles pour finir par les bordures permet de pousser les animaux vers l’extérieur. Les technologies apportent aussi des réponses concrètes, notamment les drones thermiques utilisés à l’aube pour repérer les faons, ou les détecteurs embarqués sur certaines machines. Mais au-delà des outils, l’anticipation humaine reste déterminante. Les chasseurs ont ici un rôle essentiel, presque un devoir moral : proposer leur aide aux agriculteurs. La veille de la fauche, ils peuvent observer les parcelles afin de repérer les déplacements des chevrettes venant allaiter leurs petits, un indice précieux pour localiser les zones à risque. Le jour J, ils participent au repérage et au déplacement des faons en toute sécurité. Cette collaboration de terrain, fondée sur la connaissance des comportements animaux, permet de sauver de nombreuses vies. Elle illustre surtout une dynamique positive où agriculteurs et chasseurs unissent leurs efforts au service d’une agriculture plus responsable.
Les travaux de Peter Mikula et de son équipe le montrent clairement : les villes exercent partout les mêmes pressions de sélection : raréfaction des prédateurs, abondance de nourriture d’origine humaine. Ces conditions favorisent systématiquement les individus les plus audacieux, les moins craintifs et les plus opportunistes. Progressivement, ces traits comportementaux se diffusent au sein des populations urbaines, jusqu’à transformer durablement les espèces concernées. Les animaux apprennent à ne plus fuir l’humain, à exploiter les ressources artificielles, à modifier leurs modes de communication pour s’adapter au bruit ambiant. Les oiseaux chantent plus tôt, plus fort, plus haut, les mammifères fouillent les déchets, les habitats naturels cèdent la place aux infrastructures. Ce phénomène ne produit pas seulement une adaptation locale : il engendre une homogénéisation des comportements à l’échelle planétaire. Des villes pourtant très isolées sur les plans géographique, climatique ou culturel fabriquent des animaux aux profils similaires. Ce constat révèle une transformation silencieuse mais profonde du vivant : loin de préserver la biodiversité, l’environnement urbain sélectionne une faune standardisée, adaptée aux contraintes humaines mais éloignée de ses comportements d’origine...
Cette abondance, si elle témoigne de la bonne santé de certaines populations, pose néanmoins une question centrale : que faire face à une telle croissance ? Car ces animaux ne vivent pas en vase clos. Ils partagent leur territoire avec les activités humaines, notamment agricoles et forestières. Les jeunes herbivores, en grandissant, exercent une pression accrue sur les cultures, les plantations forestières et les ressources naturelles. Les collisions routières augmentent également avec la densité des populations, tout comme les dégâts agricoles, devenus une préoccupation majeure dans de nombreuses régions. Face à cette situation, certains prônent le retour à une régulation naturelle par la prédation. Le loup gris, principal grand prédateur présent en France, est souvent cité comme solution. Pourtant, les chiffres invitent à relativiser cette hypothèse. Un loup consomme en moyenne une centaine de proies par an. Pour réguler efficacement quelques deux millions d’ongulés sauvages, il faudrait donc environ 20 000 loups en capacité de chasser, soit une population globale estimée à 25 000 individus. Or, la France compte aujourd’hui entre 1 000 et 1 100 loups. Imaginer une population vingt-cinq fois plus importante soulève d’importantes questions, notamment en matière de cohabitation avec l’élevage, déjà fortement impacté par la présence actuelle du prédateur...
Pourtant, sur le terrain, les estimations d’effectifs demeurent largement incertaines, parfois divergentes selon les méthodes et les territoires, ce qui complique la régulation, cynégétique et forestière. Ce décalage tient à la nature même des données disponibles. Les gestionnaires ne disposent pas d’effectifs absolus. Ils travaillent avec des indicateurs indirects : observations, tableaux de chasse, indices d’abondance ou dégâts forestiers. Ces proxies, bien qu’utiles, introduisent des biais structurels. Une augmentation des prélèvements ne traduit pas nécessairement une augmentation de population, mais peut résulter d’un effort de chasse accru ou d’une meilleure accessibilité du gibier. Inversement, une baisse des observations peut refléter un changement de comportement plutôt qu’un déclin réel. Par ailleurs, la gestion du cerf s’inscrit dans des systèmes socio-écologiques complexes, où interagissent pratiques cynégétiques, contraintes forestières et attentes agricoles. Les plans de chasse sont construits à partir d’estimations locales, souvent agrégées à des échelles administratives qui ne correspondent pas aux unités biologiques de population. Cette inadéquation d’échelle accentue les incertitudes. Ainsi, malgré une biologie simple, le cerf élaphe échappe à une quantification précise. Le problème n’est pas tant l’espèce que les outils et cadres d’observation mobilisés. Ce constat pose donc une question centrale : comment gérer plus finement une population que l’on ne mesure qu’imparfaitement ?...
Présente du Sahara à la péninsule arabique, notamment au Maroc, en Égypte ou en Arabie saoudite, cette gazelle fréquente les plaines sableuses, les zones rocheuses et les milieux semi-désertiques. Herbivore, elle se nourrit de plantes variées, feuilles, herbes et végétaux succulents, dont elle tire l’essentiel de l’eau nécessaire à sa survie, pouvant ainsi se passer de boire pendant de longues périodes. Son comportement est adapté aux fortes chaleurs : elle est surtout active à l’aube et au crépuscule. Sociale, elle vit en petits groupes, tandis que certains mâles restent solitaires. En cas de danger, elle peut atteindre jusqu’à 80 km/h, bondissant avec agilité pour échapper à ses prédateurs. Sa morphologie légère et ses sabots adaptés facilitent ses déplacements sur le sable. La reproduction a généralement lieu en hiver. Après une gestation de 160 à 170 jours, la femelle donne naissance à un seul petit, dissimulé durant ses premières semaines pour éviter les prédateurs. L’espèce joue un rôle écologique en participant à la dispersion des graines, mais, malgré ces capacités d’adaptation, la gazelle dorcas est aujourd’hui classée vulnérable. Le braconnage, la dégradation de son habitat et la pression humaine menacent sa survie. En 2020, un massacre d’individus dans la réserve de Termit et Tin-Toumma au Niger a illustré la gravité de la situation. La protection de ses habitats et la lutte contre le braconnage restent essentielles pour préserver ce symbole vivant des déserts.
L’aménagement du territoire est également déterminant : présence de haies, bosquets, cultures, points d’eau et zones refuges favorisent leur installation. Un suivi rigoureux des populations est indispensable afin d’évaluer la réussite de l’implantation et d’ajuster les prélèvements futurs sans compromettre l’équilibre obtenu. En résumé, avec de la patience, des aménagements adaptés et une gestion sérieuse, l’introduction du faisan peut devenir un véritable succès cynégétique et écologique.
Cette enquête concerne plusieurs secteurs du territoire alsacien, notamment entre Geispolsheim, Obernai et Dorlisheim, entre Ernolsheim-sur-Bruche et Truchtersheim, ainsi qu’à la limite du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, entre Elsenheim et Jebsheim, soit un total de 39 communes ciblées. Cet appel intervient dans un contexte où, malgré des efforts de conservation importants, les populations de grand hamster peinent à se maintenir durablement. À l’approche de l’échéance, en 2028, du Plan National d’Actions dédié à l’espèce, l’OFB souhaite consolider les connaissances scientifiques afin d’adapter les stratégies futures. Les informations recueillies permettront d’affiner la cartographie historique, d’ajuster les sites de lâcher, de renforcer la pertinence des zones de conservation collective et de mieux évaluer le caractère favorable des parcelles agricoles. Les personnes volontaires seront invitées à participer à des entretiens individuels, organisés entre le 15 avril et le 1er juin 2026, afin de recueillir leurs souvenirs, l’évolution des paysages et des pratiques agricoles, ainsi que toute donnée utile à la compréhension de l’histoire de l’espèce. À travers cette démarche, l’OFB entend mobiliser une mémoire locale précieuse pour contribuer concrètement à la préservation du grand hamster, espèce emblématique du patrimoine naturel alsacien.
Ce moment charnière entraîne aussi une réorganisation interne. Les jeunes de l’année précédente, devenus subadultes, sont progressivement mis à l’écart. Certains quittent alors le groupe : c’est le début de la dispersion. Livrés à eux-mêmes, ces jeunes loups entament une phase d’errance pouvant durer plusieurs mois, voire davantage. Ils parcourent parfois des centaines de kilomètres à la recherche d’un territoire et d’un partenaire. Mais derrière cette mécanique bien connue du monde sauvage se cache une réalité beaucoup moins théorique pour ceux qui vivent et travaillent sur le terrain. Car ces jeunes loups, inexpérimentés, opportunistes, et poussés par la nécessité de se nourrir, ne choisissent pas la difficulté. Moins performants dans la chasse des animaux sauvages, ils se tournent vers des proies plus accessibles : les troupeaux domestiques.
Et c’est là que commence, pour les éleveurs, une période de tension extrême. Chaque année, le même scénario se répète. Alors que certains observent cette expansion du loup avec distance, confortablement installés loin des zones concernées, d’autres la subissent de plein fouet. Ceux qui commentent, théorisent ou idéalisent la présence du prédateur ne sont jamais ceux qui ramassent les brebis égorgées au petit matin. Il est toujours plus facile de défendre une cause quand on n’en paie jamais le prix.
Dans les milieux méditerranéens comme ceux de l’est de Montpellier, le lapin de garenne trouve des conditions particulièrement favorables : sols meubles propices au creusement, climat doux et végétation abondante. Il constitue par ailleurs une espèce clé des écosystèmes, servant de proie à de nombreux prédateurs (renards, rapaces). Toutefois, en l’absence de régulation efficace, sa forte capacité de reproduction peut entraîner des phénomènes de prolifération rapide, comme observé actuellement dans plusieurs communes de l’Hérault. Ce fut précisément pour répondre à ce type de déséquilibre qu’intervenait, en 1952, une décision radicale : l’introduction volontaire de la myxomatose, dans un objectif de régulation biologique des populations de lapins, alors considérées comme nuisibles pour l’agriculture.
Le virus, naturellement présent en Amérique du Sud, provoqua chez le lapin européen une maladie extrêmement virulente, caractérisée par des lésions cutanées, un affaiblissement général et une mortalité massive. L’impact fut immédiat : en quelques années, les populations de lapins s’effondrèrent sur l’ensemble du territoire. Cette chute spectaculaire modifia profondément les équilibres écologiques, affectant notamment les chaînes alimentaires. Cependant, dès les décennies suivantes, une reprise progressive des populations fut observée, suggérant une adaptation du système hôte-pathogène. Face au déclin du lapin, devenu également une espèce d’intérêt écologique et cynégétique, plusieurs stratégies de restauration ont été envisagées. Parmi elles, des tentatives innovantes de vaccination ont été menées dans les années 1980-1990. L’une des plus originales reposait sur l’utilisation de la puce du lapin comme vecteur de vaccination. Ces puces étaient mises en contact avec des souches atténuées du virus de la myxomatose, puis relâchées dans les terriers afin d’immuniser indirectement les populations sauvages. Cette méthode visait à reproduire un processus naturel de contamination, mais avec un agent pathogène affaibli. Malgré son caractère novateur, cette approche s’est révélée difficile à maîtriser en conditions naturelles. Les résultats sont restés limités et localisés, sans impact démontré à grande échelle. Ces expérimentations n’ont donc pas profondément modifié la dynamique globale des populations de lapins...
Le ragondin (à gauche sur l'illustration) était alors élevé pour sa peau, utilisée dans la confection de vêtements et d’accessoires. De nombreux élevages ont vu le jour en France et dans plusieurs pays européens. Avec le déclin du marché de la fourrure au cours du 20e siècle, une grande partie de ces élevages a été abandonnée. Les animaux se sont échappés ou ont été relâchés dans la nature, donnant naissance à des populations sauvages. Doté d’une grande capacité d’adaptation, le ragondin s’est rapidement installé dans les milieux aquatiques européens. En France, l’espèce est aujourd’hui présente sur la quasi-totalité du territoire. Le ragondin est un rongeur de grande taille. Un adulte peut atteindre jusqu’à 10 kg, bien que son poids moyen se situe plutôt autour de 6 kg. Son corps massif mesure entre 50 et 60 cm, auquel s’ajoute une queue cylindrique d’environ 40 cm, peu poilue et écailleuse. Son pelage brun est constitué de poils de jarre protecteurs et d’un sous-poil dense et imperméable qui lui permet de résister au froid et à l’humidité. L’un des traits les plus caractéristiques de l’espèce reste la couleur orange vif de ses incisives. Comme chez tous les rongeurs, ces dents poussent en permanence et doivent être usées par la mastication. Les pattes antérieures sont munies de griffes puissantes qui servent à manipuler la nourriture et à creuser, tandis que les pattes postérieures sont largement palmées, ce qui fait du ragondin un excellent nageur. L’animal possède également des narines valvulaires capables de se fermer sous l’eau, une adaptation qui facilite ses déplacements aquatiques. Les femelles disposent de huit à dix mamelles placées sur les flancs, ce qui permet aux petits de téter même lorsque la mère nage. Dans la nature, la longévité du ragondin dépasse rarement quatre ans, mais sa capacité de reproduction compense largement cette durée de vie relativement courte...
Cette conformation lui permet une locomotion saltatoire très efficace, avec des bonds pouvant dépasser un mètre, soit plusieurs fois la longueur de son corps. Cette stratégie de déplacement, proche de celle des kangourous, réduit le contact avec le sol brûlant et optimise la fuite face aux prédateurs tels que les rapaces nocturnes, les serpents ou les petits carnivores désertiques. Son pelage, généralement sableux à brun clair, présente une coloration cryptique parfaitement adaptée aux substrats désertiques, tandis que la queue, terminée par un pinceau noir et blanc, jouerait un rôle dans l’équilibre et la communication visuelle. L’espèce est largement distribuée en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte) et s’étend jusqu’au Moyen-Orient, occupant des milieux ouverts, sablonneux ou caillouteux, souvent caractérisés par une végétation clairsemée. La gerboise creuse des terriers complexes pouvant atteindre plusieurs dizaines de centimètres de profondeur, avec des chambres spécifiques pour le repos, la reproduction et parfois le stockage alimentaire. Ces terriers offrent une protection efficace contre les variations thermiques extrêmes, où les écarts peuvent dépasser 30 °C entre le jour et la nuit. L’activité de la gerboise est strictement nocturne, avec des sorties généralement observées peu après le coucher du soleil. Cette temporalité réduit non seulement les risques de prédation, mais limite également les pertes hydriques, un enjeu vital dans ces milieux contraints...
Même si la laie aménage soigneusement un chaudron, nid isolant composé de végétaux, quelques jours de froid humide, voire des gelées tardives, peuvent suffire à décimer tout ou partie d’une portée. Selon certaines observations de terrain, des épisodes de froid printanier peuvent entraîner jusqu’à 30 à 50 % de mortalité chez les jeunes marcassins. Les conséquences de ces pertes varient fortement selon leur ampleur. Si un ou plusieurs marcassins survivent, la laie poursuit son rôle maternel normalement, comme si la portée était complète. Toutefois, une portée réduite aura un impact direct sur la population observable à l’automne : il y aura moins de jeunes sangliers (bêtes rousses) lors de l’ouverture de la chasse en septembre. En revanche, si la totalité de la portée disparaît, le comportement de la laie change radicalement. Après une phase de lactation interrompue, elle retrouve progressivement son cycle biologique et peut entrer à nouveau en chaleur dès le mois de mai, à condition que son état physique soit satisfaisant et que la nourriture soit abondante. Cette seconde reproduction, souvent peu documentée, donne naissance à une nouvelle portée environ quatre mois plus tard, soit entre fin août et septembre. Ce phénomène, parfois perçu comme atypique, est en réalité une réponse naturelle aux aléas climatiques du printemps. Cependant, ces naissances tardives offrent peu de chances de survie. Les marcassins nés à la fin de l’été arrivent en pleine période de chasse, où la pression des chiens et des battues représente un danger majeur. À cela s’ajoute l’approche de l’hiver, période exigeante pour des jeunes encore peu développés. La mortalité est donc particulièrement élevée, rendant ces portées tardives presque insignifiantes en termes de renouvellement de population. Ainsi, lorsqu’une laie perd sa portée principale de printemps, même si elle se reproduit à nouveau, sa contribution réelle à la population annuelle de sangliers reste faible.