Viennent de paraitre...

Grand tétras dans les Vosges : un sursis bienvenu, avant le verdict scientifique

Après trois campagnes de réintroduction, l’État n’enterre pas le programme de translocation du grand tétras dans le massif vosgien. Une décision définitive est attendue fin janvier, après de nouvelles expertises. Alors que la fin anticipée du programme avait été évoquée cet été, le préfet Blaise Gourtay a confirmé, le 15 octobre à Épinal, que la poursuite des réintroductions restait envisageable. La ministre souhaite disposer d’éléments scientifiques complémentaires avant de trancher. Une étude indépendante sur l’habitat doit notamment contribuer à éclairer la décision, attendue à la fin du mois de janvier. Lancé pour tenter de sauver une population au bord de l’extinction locale, le programme repose sur la capture d’oiseaux en Norvège, puis leur transfert dans le massif vosgien. Trois campagnes ont été menées en trois ans. Le bilan fait aujourd’hui état d’une trentaine d’individus présents dans le massif, contre seulement quatre recensés avant le lancement de l’opération. Quatre naissances auraient également été enregistrées durant l’été. Ces chiffres ne suffisent évidemment pas à garantir le succès de la démarche. Encore faut-il que les oiseaux s’acclimatent, survivent et se reproduisent durablement. C’est précisément l’objet des expertises attendues. Mais suspendre le jugement le temps de disposer de données solides paraît autrement plus raisonnable que de condamner le programme avant même d’en avoir évalué tous les effets. Le coût de l’opération, estimé à quelque 200 000 euros, nourrit les critiques de ses opposants. Une somme qui mérite, naturellement, d’être examinée au regard des résultats obtenus. Mais certains défenseurs de l’environnement, prompts à dénoncer cet investissement, se montrent singulièrement moins diserts sur les millions d’euros mobilisés chaque année autour du loup, entre indemnisations des dégâts, protection des troupeaux et dispositifs de gestion. Deux poids, deux mesures ? La question mérite au moins d’être posée. La conservation de la biodiversité ne saurait se résumer à une comptabilité sélective, où certaines espèces justifieraient toutes les dépenses tandis que d’autres devraient prouver leur utilité au centime près. Le sursis accordé au grand tétras est donc bienvenu. Il ne préjuge pas de la décision finale, mais laisse une chance à l’évaluation scientifique de parler avant que le couperet ne tombe.


Forêts françaises : recherche, adaptation climatique et gestion durable

L’Office national des forêts (ONF) mobilise près de 70 chercheurs au sein de son département Recherche, développement et innovation (RDI). Leurs travaux, menés avec des organismes scientifiques et des universités, portent notamment sur l’adaptation des forêts au changement climatique, la gestion des peuplements, la protection des sols et l’étude des écosystèmes forestiers. Plusieurs programmes étudient la capacité des arbres à supporter l’évolution des températures et des précipitations. Le projet Giono, lancé en 2016, a notamment conduit à planter 700 chênes et hêtres issus de graines récoltées dans le sud de la France en forêt domaniale de Verdun, dans la Meuse. L’objectif est d’observer leur comportement dans des conditions climatiques différentes de celles de leur région d’origine. Le programme européen MigFoRest prévoit, quant à lui, la plantation de 100 000 arbres dans sept territoires pilotes, dont 25 000 en France. Il vise à évaluer l’intérêt de provenances forestières adaptées à des climats plus chauds et plus secs. Chaque essence fait l’objet d’une évaluation de son risque invasif et de son potentiel pour la biodiversité locale. Les recherches sur le chêne sessile, conduites depuis les années 1990 dans 23 forêts européennes à partir de populations provenant de 116 origines géographiques, ont montré une résilience globale de cette essence aux variations climatiques, avec des différences selon la provenance des arbres. Le programme Potenchêne, engagé en 2014, suit la fructification de près de 900 chênes répartis sur 30 sites français. Les premiers résultats indiquent une augmentation moyenne de la production de glands au cours des quinze dernières années, parallèlement à la hausse des températures printanières. Les chercheurs ont également établi un lien entre l’intensité des glandées et les populations de sangliers. L’équilibre entre forêt et grands ongulés fait l’objet d’autres travaux. Selon l’ONF, plus de 50 % des surfaces de forêts domaniales se trouvent en situation de déséquilibre. Des dispositifs expérimentaux comparent la régénération des peuplements protégés par des clôtures à celle des zones accessibles aux animaux. En montagne, l’abroutissement et le changement climatique pourraient modifier durablement la répartition du sapin, du hêtre et de l’épicéa. L’ONF développe également des outils technologiques. Le LiDAR permet de cartographier en trois dimensions le relief et la végétation. Les drones servent à observer les peuplements et à évaluer les dégâts sanitaires ou climatiques. Enfin, plusieurs programmes étudient les effets de l’exploitation forestière sur les sols. Les dispositifs MOS et INSENSE évaluent notamment les conséquences du prélèvement de branches et de rémanents, tandis que le guide PRATIC’SOLS rassemble 23 recommandations pour limiter les impacts des chantiers forestiers sur les sols.

Photo ONF : Pose d'enclos-exclos en forêt domaniale de Saint-Quirin (57)


La semaine en bref...

- Alpes-de-Haute-Provence : le Tribunal administratif de Marseille a suspendu, les 8 et 9 octobre 2026, la chasse au lièvre variable, au tétras-lyre et à la perdrix bartavelle dans le département, pour la saison 2026-2027. Les décisions ont été prises à la suite de recours déposés par l’association One Voice. Pour le lièvre variable, le tribunal a notamment retenu l’état de conservation défavorable de l’espèce. Celle-ci est classée « quasi menacée » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Le juge s’est également appuyé sur une étude de l’Office français de la biodiversité (OFB), publiée en mai 2026, faisant état d’une aire de répartition en recul et fragmentée. L’absence de plafond maximal de prélèvements dans l’arrêté préfectoral a également été relevée. De son côté, la FDC souligne que cette chasse reste limitée à une petite vingtaine de communes de montagne et concerne peu de pratiquants. Selon ses données, les prélèvements de lièvres variables ont oscillé entre 25 et 37 individus par saison lors des trois dernières campagnes cynégétiques.

 

- Ariège : la consanguinité est devenue un argument central des défenseurs de l’ours dans les Pyrénées. Selon eux, malgré l’augmentation des effectifs, la population resterait génétiquement fragile, ce qui rendrait indispensable l’introduction de nouveaux individus. Mais entre constat scientifique et conclusion politique, il existe un pas qu’il convient de ne pas franchir trop rapidement. La génétique d’une population ne se résume pas au nombre d’animaux recensés. Elle dépend aussi de leur diversité génétique, du nombre d’individus qui se reproduisent effectivement, des liens de parenté et de la circulation des animaux entre groupes. La consanguinité constitue donc un indicateur pertinent, mais elle ne peut être interprétée isolément ni servir, à elle seule, de justification automatique à de nouveaux lâchers. L’exemple des chamois de Nouvelle-Zélande mérite d’être rappelé. Introduits au début du XXe siècle à partir de deux couples, dont un mâle est mort au cours du voyage, les trois survivants sont à l’origine d’une population de plusieurs millions d’individus. Cette expansion démontre qu’une population issue d’un nombre limité d’animaux peut connaître un développement démographique important. Avant toute décision, les pouvoirs publics doivent donc rendre accessibles les données, préciser les indicateurs retenus et comparer les scénarios de gestion. Quel bénéfice génétique attendre de nouveaux lâchers ? Quels risques et quelles conséquences pour les territoires concernés ? Ces questions méritent des réponses documentées.

 

- Gironde : le banc d’Arguin, situé à l’entrée du bassin d’Arcachon, a encore diminué entre mars et septembre 2026. Selon les dernières mesures communiquées par la Réserve naturelle nationale du banc d’Arguin, sa surface émergée a reculé de 11 % sur cette période, malgré un été marqué par une faible houle. Cette évolution s’inscrit dans un phénomène d’érosion observé depuis plusieurs années. Benoît Dumeau, conservateur de la réserve naturelle, précise qu’Arguin s’érode depuis cinq ans et que cette évolution est devenue récurrente. Situé entre la dune du Pilat et la presqu’île du Cap Ferret, le banc est soumis aux effets de la houle et des tempêtes, qui contribuent à remodeler ses contours et à fragmenter ses surfaces émergées. La réduction du banc affecte également les espaces disponibles pour la faune et l’accueil du public. Selon les informations rapportées, il ne reste que quatre îlots de végétation utilisés par les oiseaux, tandis que les espaces nécessaires à l’installation des cabanes d’accueil estivales ont disparu. Les prochaines tempêtes hivernales constituent une nouvelle échéance à surveiller pour suivre l’évolution du site. Les mesures de septembre confirment en tout cas la poursuite de la réduction du banc, sans permettre à elles seules de déterminer son évolution future...

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Faune sauvage : 2027 sera-t-elle l’année du changement ?

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027 et de la formation du prochain gouvernement, une question mérite d’être posée : la France dispose-t-elle réellement d’une politique publique de gestion de sa faune sauvage ? La question peut sembler institutionnelle. Elle est pourtant devenue très concrète. Dans les forêts, les plaines agricoles, les élevages ou aux abords des villes, les interactions entre animaux sauvages et activités humaines se multiplient. Et avec elles, les contradictions. Aujourd’hui, la faune relève de plusieurs approches : conservation des espèces, agriculture, forêt, élevage, chasse, santé animale ou encore lutte contre les espèces invasives. L’OFB joue déjà un rôle majeur dans la connaissance et la police de l’environnement. Mais qui porte une vision d’ensemble ? Faut-il créer un ministère ou un grand portefeuille consacré à la faune sauvage ? Ou réorganiser les structures existantes autour d’une véritable doctrine nationale ? Le débat mérite d’être ouvert. Le premier changement serait peut-être celui du vocabulaire. Protéger une espèce et gérer une population ne sont pas contradictoires. Une politique moderne devrait pouvoir mobiliser différents outils selon la situation : protection, suivi scientifique, restauration des habitats, prévention, régulation ou prélèvement. Toutes les populations ne connaissent pas la même dynamique et tous les territoires ne rencontrent pas les mêmes difficultés. Certaines espèces doivent être préservées ; d’autres nécessitent une surveillance renforcée ; certaines populations peuvent, lorsque leur abondance entraîne des conséquences importantes, justifier des mesures de régulation. Pourquoi ne pas définir des objectifs et des seuils d’intervention, réévalués régulièrement à partir de données scientifiques ? Cette approche permettrait également de mieux intégrer des questions aujourd’hui traitées séparément : dégâts agricoles, équilibre forêt-gibier, prédation sur les troupeaux, collisions routières, espèces invasives ou présence de la faune en milieu urbain. Plutôt que d’attendre 2027 pour poser le problème, les acteurs concernés pourraient commencer à formuler des propositions. État, scientifiques, agriculteurs, forestiers, éleveurs, chasseurs, associations de protection de la nature et collectivités ont chacun une partie de la réponse. Il faudrait notamment déterminer qui décide, sur quelles données, avec quels objectifs et avec quels moyens. La chasse aurait naturellement sa place dans cette réflexion, non comme politique autonome, mais comme l’un des outils de gestion des populations. La question institutionnelle viendra ensuite : ministère dédié, grand portefeuille, évolution de l’OFB ou nouvelle gouvernance ? Plusieurs scénarios sont envisageables, mais l'essentiel est ailleurs : la France doit-elle continuer à gérer la faune par dispositifs successifs ou se doter enfin d’une politique globale, évaluée et territorialisée ? Le moment est venu de poser cette question, et surtout de mettre des propositions concrètes sur la table.


Chasse et communes : plutôt que l’interdiction, le dialogue et la pédagogie

Et si la meilleure façon d’éviter les interdictions de chasse décidées par certains maires était de leur donner les moyens de comprendre les réalités du terrain ? Dans la Loire, la FDC42 a choisi d’anticiper les tensions en organisant une formation destinée aux élus communaux. Une démarche pragmatique, qui entend faire connaître les responsabilités des maires, le cadre juridique de la chasse et son rôle dans la gestion des territoires. Baptisée « La chasse sur ma commune », cette journée s’est tenue le 6 octobre, à l’initiative de la directrice de la fédération, Sandrine Guéneau-Audin, et de son président, Gérard Aubret. Organisée avec le concours de l’Association des maires de la Loire, de l’Association des maires de France et de la Fédération régionale des chasseurs d’Auvergne-Rhône-Alpes, elle a réuni une vingtaine d’élus et de conseillers municipaux. L’objectif n’était pas de leur dicter une position, mais de leur apporter des informations concrètes pour exercer leurs responsabilités en connaissance de cause. « En tant que Fédération, on voulait se rendre utile », explique Sandrine Guéneau-Audin. Au programme : les droits et devoirs des élus, les responsabilités du maire en matière de sécurité publique, les baux de chasse et les éventuels conflits entre chasseurs et agriculteurs. Autant de sujets susceptibles de provoquer des tensions lorsqu’ils sont mal connus ou insuffisamment discutés. Cette initiative répond à une réalité : les décisions concernant la chasse se jouent souvent à l’échelle communale. Un maire peut être confronté à des demandes contradictoires, entre partisans de la chasse, riverains, agriculteurs et autres usagers de la nature. Sans dialogue préalable, une décision d’interdiction peut devenir un marqueur politique ou idéologique plutôt qu’une réponse précisément adaptée à une situation locale. La directrice de la FDC42 estime que les choix idéologiques sont plus difficiles à faire évoluer. Elle rappelle également qu’une décision municipale peut avoir des conséquences sur la gestion du gibier et les dégâts agricoles. Ces questions méritent d’être examinées au cas par cas, sans réduire le débat à une opposition entre chasseurs et non-chasseurs. Pour Gérard Aubret et son équipe, l’enjeu est donc de créer les conditions d’une discussion éclairée, avant que les désaccords ne se transforment en décisions irréversibles. La formation a suscité suffisamment d’intérêt pour qu’une liste d’attente se constitue en vue d’une prochaine session. La fédération a également transmis le projet à la Fédération nationale des chasseurs, afin que d’autres départements puissent reprendre le principe et utiliser les supports élaborés dans la Loire. La démarche mérite d’être regardée de près : plutôt que d’attendre qu’une interdiction tombe, les chasseurs choisissent d’aller à la rencontre des élus, de répondre à leurs questions et de clarifier les responsabilités de chacun. La chasse ne peut pas reposer uniquement sur des arguments techniques ou sur la tradition ; elle doit aussi être comprise par ceux qui administrent les communes où elle se pratique. Informer ne garantit pas l’absence de désaccord, mais permet au moins que les décisions soient prises sur la base de faits, de règles connues et d’un dialogue préalable.


Tableau de chasse : l’art des honneurs et le respect du gibier

La présentation du tableau constitue un moment fort de la journée de chasse. Quelle que soit l’importance des prélèvements, elle permet de rendre un dernier hommage aux animaux avant qu’ils ne deviennent venaison. Ce rituel, hérité d’une longue tradition cynégétique, traduit la reconnaissance du chasseur envers le gibier prélevé. Il marque aussi un temps de recueillement après l’acte de chasse, et rappelle que l’animal sauvage mérite d’être traité avec dignité. Pour les chasseurs, cette pratique possède également une dimension pédagogique : elle transmet des usages et une conception de la chasse dans laquelle la prise d’une vie s’accompagne de respect et de responsabilité. Pour le grand gibier, la disposition du tableau obéit à des règles précises. Lorsque le nombre d’animaux le permet, ceux-ci sont couchés sur le côté droit, si possible sur un lit de branchages, la tête tournée vers les chasseurs. Le classement s’effectue en ordre décroissant, en partant du fond et de la gauche : grands cervidés — mâles, femelles et faons —, daims, chevreuils, puis sangliers. Ces derniers peuvent aussi être présentés « morts debout », couchés sur le ventre, les pattes écartées. Les grands animaux mâles reçoivent la « dernière bouchée », une brisée symbolique d’essence noble, placée en travers de la bouche. Une autre brisée, dite de « prise de possession », est déposée à la naissance de l’épaule de chaque animal. Pour les mâles, l’extrémité cassée est orientée vers la tête ; pour les femelles, elle est tournée vers l’arrière. Le petit gibier à poil est disposé selon le même principe : lièvres puis lapins, sans distinction de sexe. Pour les oiseaux, l’ordre retenu est celui des coqs faisans, des poules faisanes, des perdrix, des pigeons et des cailles...

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Produits de la chasse : ce qu’il faut savoir

La commercialisation du gibier sauvage est soumise à des règles sanitaires précises, destinées à garantir la sécurité des consommateurs et la traçabilité des viandes. Les chasseurs doivent distinguer l’autoconsommation privée de la cession du gibier, qu’elle soit gratuite ou payante. La consommation dans le cadre strictement privé du foyer n’est pas soumise aux mêmes obligations que la mise sur le marché. Le partage entre chasseurs ayant participé à l’action de chasse relève également de cet usage privé, sous réserve des conditions définies par les textes. En revanche, la fourniture à un commerce, à un consommateur extérieur au foyer ou à une association organisant un repas doit respecter les règles sanitaires applicables. Pour une remise directe au consommateur final, la petite quantité correspond au gibier tué par le premier détenteur au cours d’une journée de chasse. Le gibier doit être remis entier : le chasseur ne peut pas le dépouiller ou le plumer avant la cession, ni le découper, sauf dérogation particulière prévue par la réglementation. La congélation d’un animal non dépouillé ou non plumé est interdite. La remise directe d’abats est également interdite lorsque ceux-ci n’ont pas subi l’inspection post mortem dans un établissement de traitement agréé. Pour fournir un commerce de détail local approvisionnant directement le consommateur final, ou pour servir du gibier lors d’un repas de chasse ou associatif, l’examen initial doit être réalisé par une personne formée. Cette formation est organisée dans le cadre validé par l’administration et les attestations sont délivrées par les fédérations départementales des chasseurs. La fiche de compte rendu accompagne le gibier ou le lot jusqu’à sa destination, ou est remise à l’organisateur du repas avant la consommation. Le gibier peut transiter par un centre de collecte déclaré, dans le respect des exigences d’hygiène, de stockage et de transport. Ces règles ne remplacent pas les obligations applicables aux établissements agréés lorsque la viande est destinée à une commercialisation plus large. Les chasseurs doivent donc déterminer le circuit de distribution avant toute cession et vérifier les exigences correspondant à la destination du gibier...

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En Haute-Marne : un arrêté préfectoral qui va mettre le feu aux poudres...

La chasse a ses dates, ses règles et ses limites. La louveterie, elle, a une mission particulière : intervenir lorsque les moyens ordinaires de régulation ne suffisent pas, ou lorsque les circonstances imposent une action spécifique. Un arrêté préfectoral vient mettre à mal cette distinction. Jusqu’au 2 novembre 2026 inclus, les lieutenants de louveterie sont autorisés à détruire des sangliers de toute catégorie sur l’ensemble du département, y compris dans le cœur du Parc national de forêts. Les interventions nocturnes doivent être signalées à la Direction départementale des territoires au moins douze heures à l’avance. Dans le cœur du parc, les tirs et l’utilisation d’éclairages artificiels sont limités aux parties non forestières, sauf pour achever un animal blessé tiré en plaine. Le motif avancé est connu : l’importance croissante des dégâts causés par les sangliers aux cultures et les demande d’intervention des exploitants agricoles. Si ces préoccupations sont légitimes, elles ne dispensent pas de s’interroger sur la cohérence de la politique de régulation. Nous sommes au début de la saison cynégétique 2026-2027. La chasse dispose d’un calendrier, de conditions d’exercice et de règles destinées à encadrer les prélèvements. Pourquoi recourir, dès les premières semaines, à des tirs de destruction, alors que la louveterie est historiquement conçue comme un moyen d’intervention spécifique ? À force de multiplier les dérogations et les opérations administratives, ne risque-t-on pas de brouiller la frontière entre chasse réglementée et destruction d’animaux ? La question mérite d’être posée, d’autant que l’autorisation s’étend jusqu’au cœur d’un parc national, espace soumis à des enjeux particuliers de protection des milieux naturels. Réguler les sangliers peut être nécessaire. Mais une politique cohérente doit aussi expliquer pourquoi, où et dans quelles circonstances les règles ordinaires ne suffisent plus. La régulation ne saurait devenir un régime d’exception permanent.