Canon-Fronsac Château du Gazin

44 lettres recommandées pour une seule et même démonstration : la démagogie tient parfois dans une enveloppe...

L’ASPAS vient d’adresser 44 courriers aux préfets de départements touchés par les incendies, la sécheresse ou les canicules afin de réclamer la suspension de la chasse. Quarante-quatre courriers, donc, pour demander à l’État de prendre une mesure générale au nom d’un risque qui, lui, est loin d’être uniforme sur l’ensemble des territoires concernés. Le procédé est habile : multiplier les destinataires donne l’impression d’une mobilisation massive et d’une urgence nationale. Mais une avalanche de lettres recommandées ne constitue ni une expertise scientifique, ni une étude démographique des populations de gibier, ni une évaluation des conséquences d’une interruption de la régulation. Car derrière cette opération de communication se trouve une question beaucoup plus embarrassante : que se passera-t-il si l’on cesse de chasser alors même que les populations de sangliers et de cervidés disposent de capacités de reproduction considérables ? Les animaux ne vont évidemment pas disparaître parce que l’ASPAS demande un moratoire. Ils vont survivre, se déplacer, se concentrer dans les secteurs favorables et continuer à se reproduire. Et lorsque la pression sur les milieux agricoles et forestiers augmentera, qui paiera les dégâts ? C’est précisément là que le discours devient particulièrement déconnecté des réalités de terrain. La protection de la faune ne consiste pas à empiler les interdictions au gré des événements climatiques. Elle exige de regarder les populations, leurs effectifs, leurs ressources alimentaires, leurs déplacements et les capacités d’accueil des milieux. Quarante-quatre lettres recommandées ne remplacent pas quarante-quatre études de terrain. Elles ne permettent pas davantage de déterminer qu’une suspension de la chasse serait bénéfique aux animaux. Elles permettent surtout de faire beaucoup de bruit médiatique autour d’une vieille revendication idéologique : réduire la chasse, quel que soit le contexte.


Le dépérissement des forêts : cinquante ans d'aménagements en question

Selon une étude réalisée en Allemagne, les forêts ne meurent pas uniquement à cause du réchauffement climatique. Certes, il constitue probablement un facteur aggravant, notamment en accentuant les épisodes de sécheresse et les vagues de chaleur, mais on ne peut le rendre, à lui seul, responsable du dépérissement des massifs forestiers. À ce jour, aucune étude n'a démontré que la hausse moyenne d'environ 2 °C des températures explique, à elle seule, le phénomène observé. Il faut donc s'interroger sur d'autres causes, souvent plus anciennes. Le processus de dégradation des forêts a commencé il y a plusieurs décennies. En Allemagne comme en France, les grands remembrements agricoles des années 1960 à 1980, destinés à moderniser l'agriculture, ont profondément modifié les paysages. Drainage des zones humides, arasement des talus, arrachage des haies, rectification des cours d'eau et agrandissement des parcelles ont progressivement accéléré l'écoulement des eaux de pluie vers les rivières, limitant leur infiltration dans les sols. Cette évolution s'est installée lentement, presque silencieusement, sans que les conséquences sur la ressource en eau soient pleinement prises en compte. Pourtant, les spécialistes de l'hydrologie alertent depuis plusieurs années sur la nécessité de restaurer les capacités naturelles des sols à retenir l'eau. Lorsque celle-ci disparaît, les arbres deviennent beaucoup plus vulnérables aux parasites, aux maladies et aux épisodes de chaleur. En France, les constats sont similaires. Dans de nombreuses régions de plaine, les peuplements de chênes, de hêtres ou encore d'épicéas souffrent avant tout d'un déficit hydrique chronique. Les sécheresses successives aggravent une situation déjà fragilisée par des décennies d'aménagements ayant réduit la capacité des territoires à stocker l'eau. Les dépérissements observés dans le Grand Est, en Bourgogne-Franche-Comté, en Centre-Val de Loire ou encore dans le Massif central illustrent cette tendance. Les températures plus élevées augmentent effectivement l'évaporation et modifient la répartition des précipitations. Mais c'est bien le manque d'eau disponible dans les sols qui apparaît comme le principal facteur de dépérissement. Les essences méridionales résistent souvent mieux à la chaleur parce qu'elles disposent d'adaptations physiologiques particulières ou poussent dans des contextes où leurs systèmes racinaires peuvent accéder à des réserves profondes. Les introduire dans des territoires dont les zones humides ont disparu ne constitue probablement pas une solution durable. Restaurer le cycle naturel de l'eau, redonner toute leur place aux haies, aux mares et aux zones humides pourrait, à long terme, se révéler bien plus efficace que le simple remplacement des essences forestières.


Le CIC ouvre les inscriptions pour sa 73e Assemblée générale à Hambourg

Les inscriptions sont désormais ouvertes pour la 73e Assemblée générale du Conseil international de la chasse et de la conservation du gibier (CIC), qui se tiendra à Hambourg, en Allemagne, du 8 au 11 avril 2027. Placée sous le thème « Une seule santé : faune sauvage saine, écosystèmes sains, population en bonne santé », cette nouvelle édition réunira des délégations, des membres, des partenaires et des invités venus du monde entier autour des grands enjeux liés à la conservation de la faune sauvage et à la gestion durable des territoires. Pendant quatre jours, les participants se retrouveront au Grand Elysée Hamburg, qui accueillera les principales séances de l’Assemblée. Situé à proximité du lac Alster et du centre-ville, cet établissement constituera également un lieu privilégié pour les échanges informels et les rencontres entre participants. Comme chaque année, l’Assemblée générale du CIC entend associer conférences, débats et présentations à des moments de convivialité, indispensables pour favoriser les échanges entre les différentes délégations internationales. Le choix du thème de cette 73e édition souligne l’importance croissante de l’approche « Une seule santé », qui établit un lien étroit entre la santé des populations humaines, celle de la faune sauvage et l’état des écosystèmes. Une approche particulièrement pertinente à l’heure où les questions sanitaires, la conservation de la biodiversité, les changements environnementaux et la gestion des populations animales sont de plus en plus étroitement liées. Les personnes souhaitant participer ont tout intérêt à anticiper leur inscription. Un tarif préférentiel de 10 % est proposé jusqu’au 31 août, avec le code EARLYBIRD2027 lors du paiement. Les capacités d’accueil étant limitées, le CIC recommande de ne pas attendre les dernières semaines. L’inscription peut être réalisée en quelques minutes. Un guide détaillé accompagne les participants à chaque étape, depuis le choix du billet et la création du compte jusqu’au paiement et à l’ajout éventuel des accompagnateurs. Pour ceux qui souhaitent bénéficier d’une assistance personnalisée, le Secrétariat du CIC peut également prendre en charge la procédure. Pour toute question ou demande d’information, le Secrétariat est joignable à office@cic-wildlife.org ou au +36 30 315 3776. Hambourg s’apprête ainsi à devenir, au printemps 2027, un nouveau point de rencontre international pour tous ceux qui s’intéressent à la conservation de la faune sauvage et à l’avenir des territoires.

 

Pour s’inscrire, c’est ICI


Décès de François Patriat : la République perd un homme de convictions, la chasse un interlocuteur engagé

Le décès de François Patriat marque la disparition d’une figure importante de la vie politique française, mais également celle d’un homme qui aura joué un rôle particulier dans l’histoire récente de la chasse française. Pendant plus de trente-cinq ans, cet élu bourguignon aura servi ses territoires, le Parlement et la République avec une personnalité faite de convictions, de fidélité et de dialogue. Dans son hommage, le Premier ministre rappelle que François Patriat avait « une certaine idée de la politique », dans laquelle la force des convictions n’empêchait ni la bienveillance ni le respect de l’adversaire. Une conception qui correspondait particulièrement à son engagement sur la chasse. En 1999, alors député de Côte-d’Or, il fut chargé par Lionel Jospin d’une mission consacrée à l’avenir de la chasse française. Surnommé alors « Monsieur chasse », il sillonna plusieurs départements et rencontra aussi bien les représentants du monde cynégétique que les associations de protection de la nature. Lui-même chasseur, il connaissait directement cette pratique et ses réalités de terrain. De cette mission naquit le rapport « Propositions pour une chasse responsable et apaisée », remis au Premier ministre. François Patriat y défendait une vision moderne de la chasse, considérée comme une activité participant à la gestion durable de la faune et des habitats. Il proposait notamment de légitimer une chasse responsable, d'améliorer le fonctionnement des structures cynégétiques et de renforcer le dialogue avec les autres utilisateurs de la nature. Il appelait également à passer progressivement d’une « chasse de cueillette » à une véritable « chasse de gestion ». Son approche reposait donc moins sur l’affrontement que sur la recherche d’un compromis. Lors de ses rencontres avec les chasseurs et les défenseurs de l’environnement, il insistait sur la nécessité de dépasser les oppositions traditionnelles et de construire une gestion partagée des espaces naturels. Cette conception explique sans doute pourquoi son travail conserve une résonance particulière dans le monde cynégétique. Le communiqué du Premier ministre rappelle avec émotion que, quelques semaines seulement avant sa disparition, François Patriat avait encore pris la parole au Sénat, lors de sa dernière question au Gouvernement. Ce moment avait alors été salué par l’ensemble de l’hémicycle. Personne ne pouvait imaginer que cet hommage constituerait si rapidement un dernier adieu. En conclusion de son hommage, Sébastien Lecornu adresse ses pensées les plus affectueuses à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont partagé son parcours politique et personnel. « Adieu François », écrit-il, en saluant la mémoire d’un homme dont l’engagement restera associé au dialogue, à la fidélité et à la fraternité républicaine.


L’écologie de salon peut-elle encore donner des leçons à ceux qui entretiennent la nature ?

Il faudrait peut-être, de temps en temps, inviter les grands donneurs de leçons de l’écologie militante à quitter leurs bureaux, leurs plateaux de télévision et leurs réseaux sociaux, pour aller regarder la nature autrement qu’à travers un écran. Car, lorsqu’on entend certaines associations prétendument spécialisées dans la défense de la faune sauvage, on finit par se demander si elles connaissent réellement les territoires qu’elles prétendent protéger. Leur conception de la nature semble parfois merveilleusement simple : pas de chasse, pas d’intervention, pas de dérangement… et surtout pas de questions embarrassantes sur ce qui se passe lorsque l’on cesse de gérer les populations animales. Pendant ce temps, ce sont les ruraux, les agriculteurs, les forestiers, les chasseurs et les gestionnaires de terrain qui vivent avec les conséquences très concrètes de ces grands principes. Eux connaissent les dégâts, les déséquilibres, les maladies, les collisions, les cultures détruites, les forêts abrouties et les espèces qui prolifèrent lorsque plus personne ne veut assumer la régulation. Mais cela, évidemment, est beaucoup moins confortable qu’un communiqué dénonçant une nouvelle fois la chasse. Il est tellement plus facile de proclamer que la nature « se régulera toute seule » lorsqu’on n’a jamais eu à protéger une parcelle, une plantation ou un troupeau. À force de confondre amour de la nature et ignorance de son fonctionnement, certains finissent par défendre une nature imaginaire : une carte postale sans agriculteurs, sans forestiers, sans dégâts et, surtout, sans conséquences. Et que dire de cette écologie à géométrie variable ? Ces mêmes contempteurs de la chasse viennent volontiers profiter des espaces naturels qu’ils prétendent défendre. Ils aiment la montagne en hiver, les stations de ski, les paysages préservés, les sentiers d’altitude et les panoramas exceptionnels. Certains essaient même de grimper jusqu'au sommet du Mont-Blanc en espadrilles, comme si la montagne était un décor de vacances mis gratuitement à leur disposition. L’été venu, direction les plages, les lacs, les rivières et les zones naturelles les plus fragiles, avec parfois leur lot de véhicules, de déchets, de nuisances et de fréquentation massive. Curieusement, la morale environnementale devient alors beaucoup plus discrète. Il ne s’agit évidemment pas de mettre tous les visiteurs dans le même sac, mais de rappeler une évidence : protéger la nature suppose aussi d’accepter des contraintes, des responsabilités et parfois des renoncements. Or, ceux qui réclament l’interdiction de la chasse devraient commencer par expliquer concrètement comment ils entendent gérer les populations sauvages, prévenir les dégâts et préserver les équilibres qu’ils invoquent. Compter les animaux, publier des rapports et dénoncer les chasseurs ne constitue pas une politique de gestion. La nature n’a que faire des postures. Elle impose des réalités. Et peut-être serait-il temps que ces écolos de salon les regardent enfin en face : la nature n’est pas un décor, et ceux qui la connaissent vraiment ne sont pas nécessairement ceux qui en parlent le plus.


Cerf : les caractères récessifs, entre hérédité et milieu

Si la quête des grands trophées a toujours occupé une place importante dans la chasse au cerf, la qualité d’un trophée résulte d’une combinaison complexe entre patrimoine génétique, âge, alimentation, état sanitaire et qualité du biotope. Les travaux réalisés sur l’île de Rhum, en Écosse, illustrent parfaitement cette réalité : l’hérédité n’expliquerait qu’environ 20 % des variations du poids des bois, tandis que l’âge et les conditions de milieu jouent un rôle déterminant. Un même patrimoine génétique peut ainsi produire des animaux très différents lorsque les conditions environnementales changent. L’histoire des populations françaises de cerfs en fournit une bonne illustration. Une partie importante des animaux introduits provenait notamment de Chambord, et a été implantée dans des milieux très différents. Un même génotype peut donc donner naissance à des phénotypes différents, selon les ressources et les conditions offertes par le territoire. L’hérédité n’en demeure pas moins essentielle dans la forme du trophée. Certaines caractéristiques des bois semblent se retrouver régulièrement d’une génération à l’autre : forme générale en cœur, en V ou en U, longueur des surandouillers, particularités des empaumures ou encore diamètre exceptionnel des merrains. Mais déterminer précisément si ces caractères sont dominants ou récessifs reste complexe, notamment parce que le patrimoine génétique transmis par les biches intervient également. Un grand trophée n’est donc jamais uniquement une affaire de gènes. Il est le produit d’une rencontre entre l’hérédité et le territoire. Vouloir sélectionner une population de cervidés uniquement à partir de ce que nous voyons au bout des bois pourrait bien nous faire oublier ce que nous ne voyons pas : la richesse génétique qui se cache derrière chaque cerf.


Optiques : bien choisir son équipement avant l’achat

Le choix d’une optique ne doit jamais se faire uniquement sur le grossissement ou le prix affiché. Il doit d’abord correspondre au terrain, aux distances d’observation et aux conditions de luminosité rencontrées. Pour les milieux boisés et les observations à l’aube ou au crépuscule, une optique offrant une image lumineuse et contrastée sera généralement plus intéressante qu’un modèle privilégiant uniquement un fort grossissement. La qualité du verre, les traitements des lentilles et la capacité à restituer les détails dans les faibles contrastes sont alors déterminants. En terrain ouvert ou montagneux, une longue-vue peut compléter efficacement des jumelles. Elle permet d’observer et d’identifier précisément un animal à distance, à condition d’être installée sur un trépied suffisamment stable. Les jumelles, de leur côté, doivent offrir un compromis entre grossissement, champ de vision, luminosité, poids et encombrement. Un modèle confortable à utiliser pendant plusieurs heures sera souvent préférable à un instrument plus puissant mais fatigant. Avant tout achat, il est également essentiel de ne pas négliger l’ergonomie. La mise au point doit être précise et facilement accessible, les commandes doivent rester utilisables avec des gants et l’image doit demeurer confortable après plusieurs minutes d’observation. L’étanchéité, la résistance aux chocs, la buée et les variations de température sont également à prendre en compte pour une utilisation en extérieur.

Avant d’acheter, vérifiez :

•       le type d’utilisation et le terrain ;

•       le grossissement réellement utile ;

•       le diamètre de l’objectif et la luminosité de l’image ;

•       la qualité et les traitements des lentilles ;

•       le champ de vision ;

•       le poids et l’encombrement ;

•       la facilité et la précision de la mise au point ;

•       l’ergonomie avec ou sans gants ;

•       l’étanchéité et la résistance aux intempéries ;

•       la qualité mécanique et la réputation du fabricant ;

•       la garantie et les conditions du service après-vente ;

•       la disponibilité des pièces et accessoires ;

•       la possibilité de tester l’optique avant achat ;

•       enfin, le rapport entre les performances réellement utiles et le prix demandé.

Un bon réflexe : comparer plusieurs modèles sur le terrain plutôt que de se fier uniquement aux fiches techniques ou aux avis commerciaux.


Neuf louveteaux en Haute-Marne : jusqu’où ira l’expansion du loup ?

La nouvelle a de quoi interpeller : neuf louveteaux ont été photographiés ensemble le 2 août en Haute-Marne, confirmant la reproduction du couple installé dans le département. Après une portée de sept jeunes en 2025, le phénomène prend désormais une autre dimension. Il faut toutefois éviter les raccourcis : une portée de neuf louveteaux est exceptionnelle, mais elle n’est pas sans précédent dans la biologie du loup. Ce qui inquiète surtout, c’est la dynamique locale. Depuis 2025, plusieurs jeunes sont morts, l’un a été prélevé après une attaque, et surtout le mâle reproducteur a été retrouvé mort après une collision ferroviaire le 22 juillet. Qui sont donc exactement ces neuf jeunes ? Combien d’adultes les accompagnent aujourd’hui ? Le couple initial est-il toujours constitué ? Un autre mâle a-t-il pris sa place ? Autant de questions auxquelles le suivi génétique et photographique devra répondre. À ce stade, évoquer une hybridation ou une intervention humaine serait prématuré et sans fondement établi. Mais l’évolution mérite incontestablement d’être documentée avec la plus grande rigueur. Car derrière ces images spectaculaires se trouve une réalité beaucoup moins théorique pour les éleveurs. La Haute-Marne comptait déjà plus de 190 attaques et plus de 800 victimes dans les troupeaux en 2025. Depuis le début de 2026, 90 constats attribués au loup ont déjà fait 477 victimes, selon les chiffres communiqués. La question n’est donc plus seulement de savoir si le loup s’installe : il faut désormais se demander jusqu’où cette expansion peut aller et comment les éleveurs pourront continuer à travailler avec une pression de prédation croissante. Les mesures de protection restent indispensables, mais elles ne sauraient constituer l’unique réponse lorsque la population progresse. L’État devra démontrer que la protection des troupeaux n’est pas une simple formule administrative et que les dispositifs de régulation sont réellement capables de répondre aux situations les plus difficiles. Neuf louveteaux sur une image peuvent susciter l’émerveillement. Pour un éleveur confronté à la prédation, ils représentent surtout neuf futurs prédateurs potentiels. C’est cette réalité-là qu’il faudra avoir le courage de regarder en face.


Cellules RCCI : les enquêteurs des incendies de forêt

Après un incendie de forêt, déterminer précisément où et pourquoi le feu a commencé est essentiel. C’est la mission des cellules RCCI, pour Recherche des causes et circonstances des incendies. Ces équipes spécialisées interviennent dans le cadre de la Défense des forêts contre les incendies (DFCI), à la fois pour contribuer aux enquêtes judiciaires et améliorer la prévention des futurs sinistres. Créées d’abord dans les départements méditerranéens particulièrement exposés aux incendies, les cellules RCCI se sont progressivement développées ailleurs en France. Elles réunissent généralement trois compétences complémentaires : un représentant des forces de sécurité intérieure, un sapeur-pompier spécialisé et un forestier, souvent de l’ONF. Le rôle du forestier est particulièrement important. Sa connaissance des arbres, de la végétation, des sols et du comportement du feu lui permet d’interpréter les traces laissées par l’incendie. Il connaît également le terrain, les activités qui s’y déroulent et peut s’appuyer sur les informations recueillies par les patrouilles forestières. Une fois le feu maîtrisé, les enquêteurs reconstituent sa progression à partir des conditions météorologiques, des photographies, des vidéos aériennes, des témoignages et surtout des indices physiques présents sur le terrain. Une pierre noircie sur un seul côté, un arbre brûlé de manière asymétrique, l’état des cendres ou la végétation peuvent révéler le sens de propagation des flammes. En quadrillant progressivement la zone sinistrée, les enquêteurs réduisent leur périmètre de recherche jusqu’à identifier l’aire d’éclosion, voire le point précis de départ. Ils recherchent ensuite l’origine du feu : ligne électrique, travaux agricoles ou forestiers, véhicule, négligence, accident ou acte volontaire. Les indices sont photographiés, géolocalisés et, si nécessaire, placés sous scellés pour être analysés. Les résultats alimentent la Base de données sur les incendies de forêt en France (BDIFF). Ils permettent de mieux connaître les causes des incendies et d’adapter les politiques de prévention. Aujourd’hui, la cause est identifiée pour 60 à 70 % des incendies de forêt. Les cellules RCCI jouent donc un rôle essentiel : elles transforment les traces laissées par les flammes en informations utiles à la justice, aux forestiers et à la prévention.


Bien avant l’agriculture, la chasse façonnait déjà les paysages européens

Pendant longtemps, l’image de l’homme préhistorique a été celle d’un simple occupant de la nature, vivant au gré des saisons, sans véritable influence sur son environnement. Une étude menée par des chercheurs de l’université d’Aarhus, au Danemark, remet largement en cause cette vision. Bien avant l’apparition de l’agriculture, les chasseurs-cueilleurs transformaient déjà profondément les paysages européens. Pour reconstituer ces environnements disparus, les scientifiques ont croisé données archéologiques, analyses de pollens, modèles climatiques et simulations informatiques. Deux périodes ont notamment été étudiées : le dernier interglaciaire, il y a environ 125 000 ans, lorsque les Néandertaliens occupaient l’Europe, et le début de l’Holocène, entre 12 000 et 8 000 ans avant notre époque, lorsque les chasseurs-cueilleurs d’Homo sapiens parcouraient le continent. Le résultat est particulièrement intéressant : l’Europe préhistorique n’était pas une nature totalement sauvage et immuable. Les humains contribuaient déjà à modifier la végétation. Deux facteurs ont joué un rôle majeur : le feu, utilisé pour ouvrir certains milieux, mais aussi la chasse aux grands herbivores, dont les conséquences écologiques étaient considérables. À cette époque, l’Europe abritait une extraordinaire diversité de grands animaux : bisons, aurochs, chevaux, cerfs, rhinocéros et même éléphants. Ces herbivores entretenaient naturellement des espaces ouverts en broutant, en piétinant la végétation et en cassant les jeunes arbres. En les chassant, les hommes agissaient donc indirectement sur les paysages. Moins d’herbivores signifiait moins de pâturage et davantage de végétation susceptible de se refermer. La chasse ne se limitait ainsi pas à fournir de la viande, des peaux ou des os : elle modifiait aussi les équilibres entre forêts, clairières et espaces ouverts. Les simulations indiquent que, durant le Mésolithique, l’action des chasseurs-cueilleurs aurait pu influencer jusqu’à 50 % de la répartition des types de végétation. L’effet des Néandertaliens était plus limité, mais néanmoins mesurable. Cette découverte permet surtout de mieux comprendre le rôle historique de la chasse qui a façonné les générations humaines qui ont suivi et, avec elles, les paysages dans lesquels ces sociétés se sont développées. Pendant des millénaires, l’homme a appris à observer les animaux, à suivre leurs déplacements, à connaître leurs habitats et à intervenir dans les équilibres naturels. Lorsque l’agriculture apparaît ensuite, elle ne marque donc pas le début de l’influence humaine sur la nature : elle constitue une nouvelle étape d’une relation ancienne entre l’homme, le gibier, la végétation et les territoires. 


Les rivières à sec : qui assumera enfin ses responsabilités ?

Les images sont accablantes. Des rivières réduites à un filet d'eau, des lits de galets brûlés par le soleil, des poissons agonisants, des amphibiens piégés dans quelques flaques boueuses. Ce qui devait arriver est arrivé, et bien plus tôt que prévu. Pourtant, ceux qui, depuis des années, ont applaudi la destruction de milliers d'ouvrages hydrauliques au nom de la sacro-sainte « continuité écologique » restent étrangement silencieux. Pas un mot. Pas un mea culpa. Pas la moindre remise en question. Pendant des décennies, des seuils, moulins, chaussées et retenues ont constitué autant de réserves d'eau réparties sur les territoires. Ils ralentissaient les écoulements, maintenaient des niveaux d'eau en période sèche, et contribuaient à préserver une partie des milieux aquatiques. Mais au nom d'une vision idéologique de la restauration des cours d'eau, nombre de ces ouvrages ont été arasés ou supprimés avec l'aval de l'administration et sous la pression de certaines associations. Aujourd'hui, où sont les responsables ? Où sont ceux qui expliquaient que supprimer ces retenues ne produirait que des bénéfices ? Où sont les grandes leçons de morale environnementale ? En mars dernier encore, les spécialistes annonçaient des nappes phréatiques globalement bien rechargées après l'hiver. Trois mois plus tard, les restrictions d'eau se multiplient, les cours d'eau disparaissent par endroits et les milieux aquatiques souffrent comme rarement auparavant. Cette évolution résulte évidemment de multiples facteurs, au premier rang desquels les épisodes de chaleur et le déficit de précipitations. Mais comment ne pas s'interroger sur les choix d'aménagement qui ont conduit, dans certains territoires, à accélérer l'évacuation de l'eau plutôt qu'à la retenir lorsqu'elle était disponible ? Poser cette question n'est pas un crime. Refuser d'y répondre serait une faute. Les premiers à payer le prix de ces politiques sont précisément les espèces que l'on prétendait protéger. Les amphibiens, les poissons et toute la petite faune aquatique ne vivent pas de slogans. Ils ont besoin d'eau. Lorsque les ruisseaux disparaissent dès le début de l'été, ce sont des écosystèmes entiers qui s'effondrent. L'écologie ne peut plus être une religion qui interdit toute autocritique. Une politique publique se juge à ses résultats, pas à ses intentions. Si certaines décisions ont aggravé la vulnérabilité de nos territoires face aux sécheresses, il faut avoir le courage de les réévaluer. Gouverner, ce n'est pas persister dans l'erreur ; c'est savoir reconnaître ses responsabilités. Les Français méritent mieux que le silence. Ils méritent un véritable débat sur la gestion de l'eau, fondé sur les faits, l'expérience de terrain et le bon sens, plutôt que sur des certitudes idéologiques. Car face à des rivières qui meurent, continuer à chercher des coupables partout sauf dans ses propres choix serait, cette fois, la plus grave des sécheresses : celle de la responsabilité.