En septembre 1828, Audubon revient en France, riche de ses deux malles qui contiennent ses dessins et peintures originales. A Paris, il rencontre le baron Cuvier, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, qui, ayant regardé les œuvres du naturaliste ne s’y trompe pas : Audubon mérite assurément d’être présenté au tout-Paris artistique et scientifique. Galvanisé par cet accueil, Audubon se mit en quête de souscripteurs, mais déchante vite. Les bourses ne se délient pas. Deux mois se passent au terme desquels il n’a obtenu que 144 promesses d’achat. La publication de son ouvrage sur les oiseaux d’Amérique est en panne et Audubon commence à se demander s’il verra, de son vivant, son rêve se réaliser. Cinq mois plus tard, il repart en Amérique retrouver femme et enfants qu’il a quitté trois ans plus tôt, pour tenter de mener à bien son projet… Mais la déception le mine et Audubon éprouve le besoin de se ressourcer. Contre toute attente, il ne rejoint pas sa famille, mais ses chères forêts, et au printemps 1829, au milieu de trappeurs qui lui ouvrent les portes de leur modeste cabane en rondins, il s’abandonne aux joies simples de l’observation, du piégeage, de la chasse et du dessin.

 

En attendant la consécration

Absorbé par sa passion, Audubon exerce, en dilettante, plusieurs métiers destinés à nourrir sa famille. Mais faute de réelle motivation et d’aptitude naturelles pour le commerce, son entreprise de négoce (allumettes et lanternes) et sa scierie à vapeur se terminent dans la banqueroute. Insolvable, il perd la totalité de ses biens et passe même quelque temps par la case prison. Mais, en dépit de ces soucis financiers et le décès de plusieurs de ses enfants en bas âge, Audubon n’a rien perdu de sa prestance. Pourtant, il assiste, impuissant, au lent processus d’acculturation des Indiens, avec lesquels il sympathise. « Hélas ! pauvre de toi, descendant d’une ancestrale lignée de chasseurs nés libres, que ne puis-je te restituer tes droits naturels, ton goût inné de l’indépendance, les sentiments généreux qui jadis animaient ta puissante poitrine ! » clame cet humanisme qui savait que leur avenir serait marqué par la tristesse et la souffrance.

 

L’héritage d’Audubon

Que reste-t-il aujourd’hui de l’œuvre d’Audubon ? D’abord un fantastique bestiaire, puisque les gravures finiront par être éditées, de son vivant, en Angleterre. 200 copies de 435 aquarelles représentent, grandeur nature, sur des feuilles de près d’un mètre, 489 espèces d’oiseaux d’Amérique du Nord. Des éditions miniatures tirées à des milliers d’exemplaires assureront le succès et le confort financier d’Audubon, dans la dernière partie de sa vie, qui se terminera en 1851, l’année de ses 65 ans. Son œuvre écrite est également colossale, avec des biographies ornithologiques, des journaux relatant ses expéditions et quantité de lettres adressées à son épouse. Sur le plan scientifique, l’apport d’Audubon est incontestable et son esprit n’a cessé de souffler sur l’Amérique après sa mort. L’héritage du plus américain des Français (à moins que ce ne soit l’inverse !) est une toute puissante association, la « National Audubon Society », créée en 1886, 35 ans après sa disparition. Forte aujourd’hui de 600 000 membres, la société Audubon gère une centaine de sanctuaires naturels, s’investit dans la sensibilisation des enfants à l’écologie, et fait campagne sur les thèmes de l’eau, de l’air, des zones humides et des espèces menacées.