La bourre ou poil de jarre

La toison du sanglier, qui a pour premier rôle d’être avant tout protectrice, est constituée de deux sortes de poils. Au contact direct de la peau, une première couche de poils fins et plus ou moins laineux constitue la bourre, ou poil de jarre. Cette couche, par la faculté qu’elle a d’emmagasiner de l’air, assure une très bonne isolation thermique, tant pour le chaud que pour le froid. L’épiderme des suidés en général, et du sanglier en particulier, est très peu pourvu de glandes sudoripares, ce qui fait qu’il transpire peu ou pas. Il a donc de grandes difficultés à évacuer la chaleur corporelle, d’où la nécessité de la souille notamment. Même après une longue course devant les chiens, vous ne verrez jamais un sanglier « blanc d’écume », comme peut l’être un cerf par exemple. Comme nos chiens, qui ne transpirent pas, le sanglier régule sa température interne par une polypnée thermique qui est une augmentation de la fréquence de la respiration, assurant une ventilation rapide (halètement).  

 

Les soies

Une deuxième couche moins dense, mais de poils plus raides, les soies, assure une protection plus mécanique. Ce sont elles qui donnent la couleur générale du sanglier, et lui permettent de passer dans des endroits quasi impénétrables. Les soies sont des poils forts, de couleur assez hétérogène, dont la pointe des plus longues est souvent divisée en plusieurs petits brins (bifides). En règle générale, le premier tiers de la soie inséré dans l’épiderme est noir ou du moins plus foncé. La partie supérieure du poil est plus claire, allant du blanc au gris, en passant par le roux. C’est donc en fonction de la proportion de parties plus claires des soies, que se déterminera la couleur générale du sanglier. Plus abondantes et plus longues sur les épaules et sur l’échine que sur l’arrière-train, les soies, surtout quand elles sont hérissées, contribuent à donner au mâle adulte sa silhouette si particulière.

 

Une seule bête mais plusieurs couleurs

Mais avant de présenter une couleur définitive à l’âge adulte, le sanglier passe par plusieurs stades de coloration de son pelage. Le marcassin, à la naissance, est caractéristique par sa « livrée » rayée. Une ligne dorsale plus foncée et trois ou quatre rayures longitudinales, le long des flancs, sur un fond de pelage roux lui donne cet aspect de petit clown en pyjama. À noter que, vers le centième jour de gestation, les rayures du futur marcassin sont déjà bien visibles sur le fœtus. Cette livrée va perdurer dans le temps pendant quelques mois. Ce pelage assure en outre une sorte de camouflage. Les rayures vont peu à peu disparaître pour laisser place à une toison rousse uniforme. Au-delà de quatre à six mois environ, c’est le stade « bête rousse » qui domine. Il a été remarqué que des marcassins très bien nourris par une laie ayant une bonne lactation, grandissent très vite, et gardent en filigrane leurs rayures jusqu’à un stade avancé de bête rousse. À l’inverse, un orphelin précoce ou un petit malheureux qui tire sur des allaites sèches et qui ne grandit pas plus qu’un œuf dans un panier, va escamoter le stade « bête rousse » et passer directement du stade marcassin rayé à celui de bête noire sans transition. Il serait alors bien rare que ce « rogaton » soit un jour le sanglier de votre vie !

 

Mues annuelles

À partir de la fin de leur première année, les jeunes sangliers vont perdre leur livrée rousse, et, petit à petit, prendre leur couleur définitive. Comme tous les mammifères, les sangliers vont subir deux mues annuelles de leur pelage. À la fin du printemps, et plus ou moins précocement en fonction du climat local, les poils d’hiver vont tomber et laisser la place à une toison plus courte et moins dense. Les poils tombent par plaques et donnent au sanglier un aspect qui n’est pas du tout à son avantage. On a remarqué que les femelles suitées muaient un peu plus tardivement. Elles apparaissent alors bien plus petites que ce qu’elles semblaient être quelques mois plus tôt. Leurs allaites bien visibles permettent de juger de leur état reproducteur.

Dès la fin de l’été, le pelage d’hiver va s’installer. La bourre va s’épaissir et les soies de couvertures s’allonger. Les sangliers apparaissent alors au meilleur de leur forme. Les soies de l’échine peuvent dépasser quinze centimètres de longueur et sont érectiles, ce qui renforce l’aspect « colossal » de certains mâles, surtout quand ils sont un peu de mauvaise humeur. Il n’est d’ailleurs pas rare que cet aspect « colossal » trompe un peu le tireur qui alors place sa balle un peu haut qui peut laisser l’animal étourdi pour un instant (balle d’apophyse).

 

La vraie couleur du sanglier

La couleur naturelle du sanglier est donc le gris plus ou moins foncé, en fonction de la proportion de partie claire des soies. Mais cette couleur n’est pas standard et toutes les nuances peuvent se retrouver dans la nature. Des sangliers très clairs, voire presque blancs existent, sans que l’on puisse à leur égard suspecter une quelconque pollution génétique. Par contre, on rencontre çà et là des sujets dont la coloration, plus proche de la chatte isabelle ou de l’épagneul breton n’a rien de naturelle. Il s’agit en fait de vulgaires croisements accidentels, ou voulus, avec des porcs domestiques. Ces animaux, outre des poils très clairs, présentent aussi des onglons clairs quand ce ne sont pas des écoutes « tombantes », et ne ressemblent que d’assez loin à un sanglier. Il existe aussi, bien qu’assez rares, des sangliers albinos. Là, il s’agit d’un disfonctionnement souvent héréditaire du métabolisme de la mélanine (pigment noir du poil et de la peau), qui est caractérisé par une absence totale ou partielle de ce pigment. Le sanglier est alors entièrement blanc crème, les pinces et le boutoir blanc et les yeux rouges (transparence des vaisseaux sanguins de l’œil). À l’inverse mais encore plus rare, il y a la forme mélanique qui produit des individus entièrement noirs, sans aucune trace de gris ou de blanc. Ni tout blanc, ni entièrement noir, le sanglier passe par toutes les nuances de gris et de roux, et même de poils blancs sur la crinière… à la condition toutefois que nous respections ce bon vieil adage que nous ne cessons de seriner : « Laissez-les vieillir ! »