En 1980, la nature sentait la terre, la pluie et le fumier. Elle avait des gardiens, des usages, des saisons. Les animaux n’étaient ni des mascottes ni des avatars Instagram : ils faisaient partie d’un équilibre fragile que les gens de terrain connaissaient, parfois brutalement, toujours concrètement. En 2025, la nature est devenue un concept. Une cause. Une bannière. Et surtout un formidable levier à pétitions, à hashtags et à collectes de dons.
Entre ces deux mondes, une figure est apparue : le protecteur du dimanche. Le protecteur du dimanche ne se lève pas à l’aube pour observer les migrations, restaurer une haie ou curer une mare. Il se lève pour signer une pétition contre la chasse entre deux cafés équitables. La nature, il la fréquente surtout en photo, cadrée, filtrée et légendée d’un cœur vert. Dans ce récit moderne, tout est simple : les animaux sont des victimes innocentes et la chasse est devenue l’ennemi public numéro un. Peu importe que l’effondrement de la biodiversité ait des causes bien documentées : artificialisation des sols, agriculture industrielle, disparition des habitats...
Non, le coupable idéal est tout trouvé : le chasseur, caricature commode d’un monde rural devenu suspect. La recette fonctionne à merveille. Une vidéo choc, un slogan bien huilé, et les dons affluent. Les campagnes s’enchaînent, les indignations aussi. L’économie de la compassion tourne à plein régime. Mais sur le terrain, dans les forêts, les plaines et les marais, la réalité est moins spectaculaire : il faut entretenir, réguler, restaurer, surveiller. Des tâches ingrates, peu photogéniques, qui rapportent peu de likes. La nature réelle est un chantier permanent. Elle exige du temps, de la présence et parfois des décisions difficiles. Tout ce qui résiste aux slogans. Pendant ce temps, le protecteur du dimanche s’indigne avec constance et générosité, surtout avec le portefeuille des autres. Il rêve d’une nature parfaite, débarrassée des humains, sauf quand il s’agit, pour lui, de la contempler le week-end. Quarante-cinq ans ont passé. La nature n’a jamais été aussi invoquée. Elle n’a jamais été aussi mal comprise. Et peut-être qu’au fond, la grande différence entre ceux qui la vivent et ceux qui la brandissent tient en une chose simple : les bottes des premiers sont chargées de boue, les doigts des seconds sont chargés de la poussière de leurs écrans. Précisons que le document de 1980 a été reconstitué, mais celui de 2025 est authentique...
45 ans séparent ces deux clichés…
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45 ans séparent ces deux clichés…