La colère agricole ne retombe pas et s’est installée durablement sur le port du Havre. Depuis le week-end du 10 janvier 2026, des agriculteurs normands multiplient les actions pour dénoncer l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, qu’ils accusent d’organiser une concurrence jugée déloyale. Barrages filtrants, contrôles de camions frigorifiques et coups de disqueuse : les exploitants veulent vérifier, preuves à l’appui, la provenance des denrées importées. Samedi dernier, près de 150 agriculteurs avaient déjà bloqué le pont de Normandie avant de rejoindre la zone portuaire. Certains ont passé la nuit dans leurs tracteurs devant les entrepôts de Seafrigo, acteur majeur du transport frigorifique international. L’action de lundi 12 janvier, préparée depuis plusieurs jours, a marqué une montée en puissance. Dès 6 heures du matin, les agriculteurs se sont improvisés « douaniers agricoles », filtrant systématiquement les camions à l’entrée et à la sortie des terminaux.
Objectif affiché : contrôler ce qui entre sur le territoire. « Ils contrôlent ce qui sort, nous contrôlons ce qui rentre », résume Tom Gremont, éleveur à Dieppe. À l’aide de disqueuses, plusieurs remorques ont été ouvertes. Verdict répété à plusieurs reprises : « la viande n’est pas française ». Derrière le geste symbolique, l’argument est avant tout économique. Selon les organisations agricoles, le coût de production d’un kilo de viande bovine en France dépasse souvent 5 à 6 euros, contre 2 à 3 euros dans certains pays d’Amérique du Sud. En cause : un SMIC horaire français supérieur à 11 euros, des charges sociales élevées, des normes sanitaires et environnementales strictes. À l’inverse, les producteurs étrangers bénéficient de coûts salariaux bien plus faibles et de réglementations moins contraignantes, leur permettant d’exporter à des prix imbattables. Les agriculteurs dénoncent aussi un risque de pression à la baisse sur les prix payés aux producteurs français, déjà fragilisés par la hausse des charges énergétiques et des intrants. À la mi-journée lundi, une quinzaine de camions avaient été contrôlés, sans incident avec les forces de l’ordre, restées en observation. Les actions pourraient se poursuivre, les agriculteurs affirmant ne pas être prêts à lever les barrages tant que leurs revendications économiques et financières ne seront pas entendues.
Agriculteurs en colère au port du Havre : contrôles et dénonciation d’une concurrence jugée déloyale
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Agriculteurs en colère au port du Havre : contrôles et dénonciation d’une concurrence jugée déloyale