La nomination d’Anne Le Strat au poste de directrice générale déléguée à la mobilisation de la société au sein de l’Office français de la biodiversité avait suscité une vive controverse, notamment du côté des chasseurs, des agriculteurs et de plusieurs responsables politiques. En cause : son parcours d’ancienne élue écologiste, jugé incompatible avec une exigence de neutralité dans un établissement public au cœur de tensions entre usages et protection de la nature. Face à cette polémique, une enquête administrative avait été demandée par le Premier ministre, Sébastien Lecornu. Objectif affiché : vérifier la régularité de la procédure de nomination. Mais c’est finalement le ministère de la Transition écologique, dirigé par Monique Barbut, autrement dit la tutelle directe de l’OFB, qui a conduit cette enquête.
Sans surprise, les conclusions, rendues le 17 avril, sont sans ambiguïté : aucun manquement, aucune irrégularité, tout a été fait « dans les règles ». Le dossier est classé sans suite. Circulez, il n’y a rien à voir ! Une issue qui risque de ne pas apaiser les tensions. Car au-delà du fond, c’est bien la méthode qui interroge : une enquête dite « impartiale » menée par l’administration elle-même. Pour ses détracteurs, cette séquence illustre un fonctionnement en vase clos des institutions, peu susceptible de répondre aux inquiétudes exprimées sur le terrain.
Dans le même temps, Anne Le Strat a rapidement pris ses fonctions. Depuis son arrivée à l’OFB, elle a engagé rapidement plusieurs chantiers structurants, illustrant une volonté d’inscrire son action dans une logique opérationnelle et territorialisée. Sa mission, centrée sur la mobilisation de la société, vise à renforcer le lien entre politiques publiques de biodiversité et acteurs de terrain, qu’il s’agisse des collectivités, du monde agricole, des entreprises ou des associations. Elle défend notamment la mise en place d’une planification territoriale de la restauration de la nature, reposant sur des démarches de concertation élargie. L’objectif est de dépasser une approche descendante des politiques environnementales, pour favoriser des processus de co-construction, adaptés aux réalités locales. Cette orientation s’inscrit dans le cadre plus large du futur plan national de restauration de la nature. Par ailleurs, Anne Le Strat met l’accent sur les enjeux liés à la gestion de l’eau, en lien direct avec les mutations climatiques et leurs impacts sur l’agriculture. Elle plaide pour une anticipation accrue des tensions hydriques et pour une meilleure articulation entre préservation des ressources et usages économiques. Son action s’appuie également sur son expérience à la tête d’établissements publics, avec une attention portée à la gouvernance, à la coordination des acteurs et à l’efficacité des dispositifs existants. En quelques semaines, elle a ainsi posé les bases d’une feuille de route axée sur la concertation, la territorialisation et la mise en œuvre concrète des politiques de biodiversité.