C’est une curiosité géologique qui ressemble presque à une œuvre d’art. En Antarctique oriental, une image obtenue par le satellite américano-indien NISAR révèle une formation surnommée le « colibri de glace ». Au centre de cette étonnante silhouette se trouve le Nunatak Zaterjavshijsja, un sommet rocheux qui émerge d’un immense paysage glacé. Autour de lui, les mouvements de la glace ont dessiné ce qui évoque les ailes et les plumes d’un oiseau. Le « ventre » sombre correspond à la montagne elle-même. La longue « queue » visible sur l’image est en réalité un courant de glace qui s’écoule vers le nord-est, en direction de l’océan. Quant aux lignes qui ressemblent à des plumes, ce sont de profondes crevasses provoquées par les contraintes exercées sur la glace lorsque celle-ci contourne le relief rocheux. Le satellite permet ainsi de visualiser non seulement le paysage, mais aussi la dynamique d’un glacier en mouvement. L’image est d’autant plus remarquable qu’elle n’a pas été réalisée avec un appareil photographique classique. NISAR utilise le radar à synthèse d’ouverture (SAR), capable d’observer la surface terrestre de jour comme de nuit et à travers les nuages. Sa particularité est de disposer de deux instruments complémentaires : un radar en bande L, dont la longueur d’onde est de 24 cm, et un radar en bande S de 9,4 cm. Pour cette image du « colibri », c’est le radar en bande L qui a été utilisé. Ses signaux permettent notamment de révéler des structures qui échappent parfois aux satellites optiques. Les différentes teintes de l’image correspondent aux façons dont les ondes radar sont réfléchies par la glace, selon son orientation, sa texture et la présence de crevasses. Lancé le 30 juillet 2025, NISAR évolue à environ 747 km d’altitude et revisite les surfaces terrestres et glacées selon un cycle de 12 jours. Son antenne de 12 mètres est la plus grande antenne radar déployée par la NASA pour une mission spatiale de ce type. Derrière cette étonnante ressemblance avec un oiseau se cache donc un précieux outil scientifique : NISAR doit permettre de mieux suivre les mouvements des glaciers, l’évolution des calottes polaires, mais aussi les transformations des forêts, des sols, des infrastructures et les conséquences de certaines catastrophes naturelles. Une curiosité visuelle qui est surtout une formidable photographie du mouvement de notre planète. (Photo NASA)