Le contexte climatique est venu renforcer ces interrogations. Les sécheresses successives de 2022, 2023, 2024 et 2025 ont replacé le stockage de l'eau au cœur des politiques publiques. Là où les partisans de l'arasement considèrent que les retenues favorisent l'évaporation et dégradent les habitats aquatiques, leurs opposants soutiennent qu'elles constituent au contraire des réserves précieuses en période d'étiage, contribuent au maintien de certaines zones humides, soutiennent les nappes alluviales et limitent l'assèchement des petits cours d'eau. Cette divergence d'analyse reste aujourd'hui l'un des principaux points de désaccord entre les différents acteurs de l'eau. Sur le plan politique, la contestation s'est également amplifiée. Plusieurs sénateurs et députés, principalement issus des territoires ruraux, ont multiplié les questions au Gouvernement et les propositions visant à rééquilibrer la politique de continuité écologique. Ils demandent que l'effacement d'un ouvrage ne soit plus considéré comme la solution privilégiée, mais qu'il soit systématiquement comparé à d'autres options, comme l'installation de passes à poissons, la gestion adaptée des vannages ou la modernisation des ouvrages existants. Les agences de l'eau sont également critiquées pour avoir longtemps davantage financé les destructions que les aménagements. En 2026, aucune remise en cause législative de la loi sur l'eau n'a toutefois été engagée. La doctrine officielle demeure, celle de la restauration de la continuité écologique, même si son application tend progressivement à devenir plus pragmatique et davantage négociée au cas par cas. Dans le même temps, les contraintes budgétaires pesant sur les politiques environnementales et sur l'OFB pourraient ralentir certains programmes de restauration des cours d'eau.

En définitive, le bilan de 2026 reste très partagé. Les défenseurs de la continuité écologique mettent en avant des gains écologiques localisés et le respect des engagements européens. Les opposants estiment au contraire que les bénéfices globaux n'ont jamais été démontrés à l'échelle nationale, que les populations de poissons migrateurs restent en mauvais état malgré les investissements consentis et que la destruction de nombreux ouvrages a parfois réduit les capacités locales de stockage de l'eau au moment même où le changement climatique impose de préserver chaque ressource disponible. Ce débat, loin d'être clos, apparaît aujourd'hui plus vif qu'il ne l'était il y a trois ans.