Courant avril, Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, réunira à Paris des ONG et fondations américaines afin de préparer le G7 des chefs d’État qui se tiendra en juin à Évian (Haute-Savoie). Objectif : mettre la protection de la biodiversité au cœur des discussions et maintenir l’implication des États-Unis dans les financements internationaux dédiés à la faune et à la flore. Dans un contexte politique américain marqué par le retour d’un discours climatosceptique à la Maison-Blanche, la stratégie française est assumée. « Nous ne parlerons pas climat », indique la ministre. Le choix de la biodiversité vise à éviter les sujets les plus clivants tout en préservant un espace de coopération. Car, malgré les divergences sur le réchauffement climatique, les États-Unis demeurent un acteur majeur du financement mondial de la conservation. Selon les données internationales, les États-Unis figurent parmi les tout premiers contributeurs publics et privés à la protection de la nature, via l’USAID, des agences fédérales, mais aussi un réseau puissant de fondations philanthropiques. À l’échelle mondiale, les flux financiers consacrés à la biodiversité sont estimés entre 120 et 140 milliards de dollars par an, alors que les besoins pour atteindre les objectifs fixés dans le Cadre mondial pour la biodiversité s’élèveraient à environ 700 milliards de dollars annuels. Le maintien de l’engagement américain est donc stratégique. La réunion parisienne devra permettre d’identifier des priorités communes : lutte contre le trafic d’espèces sauvages, protection des grands écosystèmes forestiers, restauration des zones humides et mobilisation des financements privés. La France entend également valoriser les synergies entre biodiversité, sécurité alimentaire et stabilité économique, des thèmes susceptibles de rassembler au-delà des clivages politiques. Le G7 d’Évian pourrait ainsi devenir un moment clé pour consolider les engagements internationaux pris lors de la COP15 biodiversité à Montréal, notamment l’objectif de protéger 30 % des terres et des mers d’ici 2030. Dans un contexte géopolitique incertain, la diplomatie française cherche à préserver un socle de coopération environnementale pragmatique. Pour Paris, l’enjeu est double : maintenir l’unité des grandes puissances sur la protection du vivant et éviter que les fractures politiques ne fragilisent davantage la gouvernance mondiale de la biodiversité.