Au Royaume-Uni, la lutte contre la tuberculose bovine a conduit à une politique controversée : l’abattage massif de blaireaux. Cette année encore, entre 25 000 et 30 000 de ces animaux doivent être éliminés à travers le pays. L’objectif affiché est de limiter la propagation d’une maladie coûteuse pour l’élevage, responsable de pertes importantes et d’un coût estimé à près de 100 millions de livres pour les finances publiques. Le gouvernement britannique défend une stratégie globale combinant contrôle des troupeaux, régulation des populations de blaireaux dans les zones à risque et, à plus long terme, vaccination. Toutefois, cette dernière a été freinée ces dernières années par un manque de doses disponibles. Cette politique d’abattage est loin de faire consensus. Les défenseurs des blaireaux contestent son efficacité, soulignant que la destruction de colonies pourrait au contraire favoriser la dispersion des animaux et accélérer la propagation de la maladie. Les critiques portent également sur le coût de cette stratégie : l’abattage d’un blaireau est estimé à plusieurs milliers de livres... Plusieurs organisations, dont Wildlife Trusts et PETA, plaident ainsi pour une approche alternative fondée sur la vaccination et une meilleure gestion sanitaire des élevages.

 

Quand l’idéologie remplace la gestion

Ce dossier illustre une dérive devenue fréquente dans les politiques de gestion de la faune : l’absence de cohérence entre les principes affichés et les résultats obtenus. Car enfin, que constate-t-on ? D’un côté, une réticence croissante à assumer des formes de régulation encadrées, progressives, inscrites dans le temps. De l’autre, lorsque les déséquilibres deviennent ingérables, des campagnes d’abattage massives, coûteuses et souvent aveugles. Le cas du blaireau britannique est emblématique. En refusant, pendant des années, une régulation fine et territorialisée, on en arrive aujourd’hui à des destructions à grande échelle dont l’efficacité est elle-même contestée. Pire : ces interventions brutales peuvent désorganiser les populations animales et aggraver la situation sanitaire qu’elles prétendent résoudre. La question est pourtant simple : vaut-il mieux une régulation maîtrisée, continue, fondée sur la connaissance du terrain, ou ces opérations spectaculaires dictées par l’urgence et la pression politique ? La gestion de la faune ne peut pas se réduire à une opposition entre protection absolue et élimination massive. Entre ces deux extrêmes existe une voie exigeante, celle d’une régulation raisonnée, assumée et adaptée aux réalités écologiques. Refuser cette voie, c’est s’exposer à des crises répétées. Et, comme souvent, ce sont alors les animaux, et les éleveurs, qui en paient le prix.