Quarante ans de travail balayés par le bracelet unique...
Depuis une quarantaine d’années, les chasseurs et les gestionnaires qui avaient fait le choix d’une gestion qualitative avaient obtenu des résultats. Il ne s’agissait pas de remplir des tableaux de prélèvements, mais de construire des populations capables de produire de beaux animaux, de conserver une structure d’âges équilibrée et d’offrir une faune sauvage à la hauteur de leur réputation.
Cette démarche demandait du temps, de la patience et une certaine discipline. Elle imposait de ne pas considérer chaque cerf comme un simple bracelet à utiliser, mais de raisonner à l’échelle d’une population dont la valeur ne se résume pas au nombre d’animaux prélevés. Elle reposait aussi sur une idée évidente : la qualité ne se construit pas en une saison, et ne se répare pas en deux. Or, en deux années de prélèvements jugés excessifs par de nombreux observateurs, une partie de ce travail a été mise à mal. Le nouveau dispositif du bracelet unique, dont la troisième année d’expérience est en cours, est déjà confronté à un bilan qui interroge. Il devait simplifier la gestion et responsabiliser les chasseurs. Ce bracelet unique n’est donc pas le problème en soi, c’est l’usage que l’on en fait qui pose question. Une autorisation de prélèvement n’est pas un permis de désorganiser une population. Elle ne dispense ni d’une analyse des effectifs, ni d’un suivi des classes d’âge, ni d’une réflexion sur la répartition des prélèvements. Une gestion responsable ne se mesure pas au nombre de bracelets consommés, mais à l’état de la population que l’on laisse derrière soi. Or, on a prélevé hier les cerfs adultes que l’on aurait voulu entendre aujourd’hui, tout en laissant participer à la reproduction une proportion accrue de jeunes mâles et d’animaux moins intéressants au regard des objectifs recherchés.
Le prix d’une décision
Au terme de cette malheureuse expérience, il faudra faire le bilan de ce bracelet unique. Quels prélèvements ont été réalisés ? Dans quelles classes d’âge ? Quelle évolution des effectifs a été constatée ? Quels indicateurs ont justifié les décisions et quelles mesures sont envisagées pour rétablir une population équilibrée ?
Le plus grave n’est pas seulement d’avoir prélevé trop de cerfs adultes. C’est d’avoir rompu une dynamique dont la reconstruction prendra des années. Et pendant ce temps, les chasseurs paieront. Ils paieront en argent, parce que les bracelets ne seront pas moins chers. Ils paieront en temps, et surtout en passion, parce que la chasse au cerf perd une part de son sens lorsqu’elle ne permet plus de rencontrer les animaux qui ont fait sa réputation. La gestion cynégétique est souvent présentée comme une science du compromis. C’est vrai. Il faut composer avec les intérêts forestiers, les agriculteurs, les propriétaires, les chasseurs et les impératifs de conservation. Mais le compromis ne peut pas consister à sacrifier les animaux adultes pour satisfaire une logique de rendement. Il doit permettre de maintenir des populations viables et une chasse qui conserve son intérêt.
Souhaitons donc que ce brame 2026 soit un électrochoc, et qu’il conduise à une remise à plat des objectifs de gestion et à un réexamen des modalités d’attribution des bracelets. La chasse ne peut pas prétendre défendre la faune sauvage si elle ne sait pas préserver les animaux qui en font la richesse. Ce silence des forêts en 2026 n’est pas une fatalité, et il doit être entendu pour ce qu’il est.
J-F.G