À l’heure où les députés examinent une proposition de loi visant à réduire l’exposition au cadmium dans l’alimentation, la question de l’état sanitaire des sols français revient au premier plan. Selon le rapport sur l’état de l’environnement publié en 2025 par le ministère de la Transition écologique, aucun milieu naturel n’échappe désormais totalement à la pollution. Sols, eaux et atmosphère sont concernés par une multitude de contaminants : métaux lourds comme le cadmium, le plomb ou l’arsenic, résidus de pesticides, PFAS, microplastiques et autres polluants issus des activités humaines. Les spécialistes soulignent toutefois qu’il demeure difficile d’évaluer précisément l’ampleur du phénomène. Contrairement à la qualité de l’air ou de l’eau, il n’existe pas aujourd’hui de cartographie nationale permettant d’identifier les zones totalement exemptes de pollution. Les scientifiques reconnaissent par ailleurs ne pas être en mesure de mesurer l’ensemble des substances présentes dans les sols. Les polluants historiques, tels que les métaux lourds ou certains composés organiques persistants, sont relativement bien connus, mais de nombreuses molécules plus récentes restent encore insuffisamment suivies. Le cadmium constitue l’une des préoccupations majeures. Principalement issu de certains engrais phosphatés utilisés en agriculture, il est aujourd’hui présent de manière diffuse sur une grande partie des terres cultivées. Les prairies naturelles et certaines zones peu intensivement exploitées semblent néanmoins moins touchées. Quant aux pollutions industrielles, elles se concentrent davantage dans les anciens bassins miniers et les régions fortement urbanisées. La France recense ainsi plus de 11 000 sites considérés comme pollués ou potentiellement pollués. Concernant les pesticides, les connaissances restent encore fragmentaires. Faute d’inventaire complet, les chercheurs s’appuient sur des indicateurs indirects, comme les données de vente des produits phytosanitaires. Au final, s’il subsiste probablement quelques secteurs relativement préservés, notamment dans certaines zones de montagne ou des espaces naturels peu anthropisés, les experts estiment qu’il est aujourd’hui très difficile d’affirmer qu’un sol soit totalement exempt de toute trace de contamination. La question n’est donc plus seulement de préserver les sols encore peu impactés, mais aussi de restaurer ceux qui ont déjà subi des décennies de pressions agricoles, industrielles et urbaines.