La tularémie, provoquée par la bactérie Francisella tularensis, est une zoonose largement répandue dans l'hémisphère Nord. Le lièvre d'Europe (Lepus europaeus) en constitue l'un des principaux réservoirs en Europe occidentale, aux côtés de nombreux petits rongeurs. Si les épisodes de canicule ne provoquent pas directement la maladie, plusieurs mécanismes écologiques montrent qu'ils peuvent créer des conditions favorables à son apparition, à sa circulation et à sa détection. Les fortes chaleurs constituent avant tout un facteur de stress physiologique. Chez le lièvre, espèce particulièrement sensible aux températures élevées, l'hyperthermie s'accompagne d'une augmentation de la dépense énergétique, d'une déshydratation progressive et d'une diminution des capacités immunitaires. Cette immunodépression peut favoriser l'expression clinique d'une infection jusque-là latente ou augmenter la sensibilité des individus à une contamination récente. La chaleur modifie également le comportement des animaux. Les lièvres réduisent leurs déplacements diurnes et recherchent des secteurs plus frais et plus humides, où se concentrent également les tiques et d'autres arthropodes hématophages susceptibles de transmettre Francisella tularensis. Cette concentration des animaux autour des mêmes points d'eau ou des zones ombragées accroît mécaniquement les contacts entre individus et les possibilités de transmission indirecte. Les épisodes de sécheresse influencent aussi la survie de la bactérie dans l'environnement. Si Francisella tularensis résiste relativement bien dans les eaux fraîches, les sols humides ou les cadavres, les températures élevées accélèrent généralement sa destruction dans les milieux fortement exposés au rayonnement solaire. En revanche, les alternances de sécheresse et d'orages peuvent favoriser la dispersion de matières contaminées et maintenir localement des foyers infectieux. La canicule agit également sur les vecteurs biologiques. Les tiques, principaux vecteurs de la maladie en Europe, voient leur activité fortement dépendre de l'humidité. Une sécheresse prolongée limite leur quête d'hôtes, mais les populations se concentrent alors dans les secteurs encore humides, où le risque de transmission peut devenir localement plus élevé. D'autres insectes piqueurs, comme certains taons ou moustiques, peuvent également participer à la diffusion mécanique de la bactérie. Chez les lièvres atteints, les signes cliniques restent souvent peu spécifiques : abattement, amaigrissement, comportement inhabituel, parfois conjonctivite ou inflammation oculaire. Toutefois, ces symptômes ne permettent pas, à eux seuls, de distinguer la tularémie d'autres affections, notamment de la myxomatose récemment apparue chez le lièvre européen. À ce jour, aucune étude ne démontre qu'une canicule déclenche directement une épizootie de tularémie. En revanche, les connaissances actuelles convergent pour considérer les fortes chaleurs comme un facteur aggravant indirect, capable d'affaiblir les animaux, de modifier leurs comportements, d'influencer les vecteurs et de favoriser certaines conditions écologiques propices à la circulation de Francisella tularensis. Dans un contexte de réchauffement climatique marqué par des épisodes de chaleur plus fréquents et plus intenses, la surveillance sanitaire des populations de lièvres apparaît donc plus que jamais indispensable, tant pour la conservation de l'espèce que pour la prévention de cette zoonose chez l'homme.