La chasse du sanglier suscite des réactions passionnelles, parfois alimentées par une image de l’animal qui oscille entre fascination et inquiétude. Puissant, imprévisible en apparence, doté de défenses impressionnantes, le suidé en impose. Mais la perception du danger correspond-elle toujours au risque réel ? La psychologie et l’écologie apportent des éléments de réponse. En 2025, une étude publiée dans la revue scientifique People and Nature a analysé les réactions de 17 353 participants, répartis sur tous les continents, face à des images de 184 espèces animales. Les chercheurs ont montré que la peur ne dépend pas uniquement de la dangerosité objective : l’âge, la région de résidence et les peurs préexistantes influencent également les réponses. Certaines espèces relativement inoffensives suscitent ainsi une crainte importante. L’étude ne démontre toutefois pas que le sanglier est spécifiquement victime de cette distorsion. Les recherches en psychologie confirment que les perceptions de dangerosité, d’imprévisibilité et de perte de contrôle contribuent fortement aux peurs animales. Un gibier puissant, capable de charger et difficile à maîtriser, peut donc provoquer une réaction émotionnelle qui dépasse l’évaluation rationnelle de la situation. Les récits d'incidents spectaculaires peuvent également marquer les esprits, même si leur influence varie selon les individus. Pour autant, le sanglier n’est pas un animal inoffensif. Une laie accompagnée de marcassins, un individu blessé ou un animal surpris à courte distance peuvent présenter un danger réel. Les blessures provoquées par les sangliers sont documentées dans la littérature médicale, notamment lors de rencontres rapprochées et d’actions de chasse. Il serait donc aussi erroné de nier le risque que de considérer chaque sanglier comme une menace. En action de chasse, la peur peut surtout devenir problématique lorsqu’elle altère le jugement. Une réaction précipitée, une mauvaise appréciation de la trajectoire de l’animal ou un tir effectué dans des conditions incertaines peuvent compromettre la sécurité des chasseurs et des tiers. La connaissance du comportement du gibier, la maîtrise de soi et le respect des règles de sécurité restent les meilleures réponses. Le terme de biophobie invite ainsi à réfléchir à notre rapport au vivant, mais il doit être employé avec discernement : toute crainte n’est pas une phobie, et toute prudence n’est pas irrationnelle. L’enjeu n’est pas de ridiculiser ceux qui redoutent le sanglier, mais de distinguer l’émotion du risque objectivement évalué. À la chasse, le sang-froid est une qualité bien plus utile que la peur...