Chaque saison apporte son lot de référés, de recours et de décisions de justice. Une partie de l'avenir de la chasse se décide désormais dans les prétoires autant que dans les campagnes. Cette évolution n'est pas restée sans conséquences. Au fil des décisions du Conseil d'État et sous l'influence de la jurisprudence européenne, plusieurs pratiques cynégétiques ont disparu ou ont été fortement restreintes. L'exemple le plus emblématique demeure l'interdiction des gluaux en Provence. Longtemps présentée comme une chasse traditionnelle bénéficiant d'une dérogation, cette technique de capture des grives et des merles a finalement été jugée incompatible avec la directive « Oiseaux ». Le même raisonnement a conduit à la disparition progressive des tenderies aux vanneaux et aux grives, des pantes destinées aux alouettes ou encore des matoles utilisées dans le Sud-Ouest. Certaines espèces ont également vu leur chasse fortement encadrée. Le grand tétras bénéficie de protections renforcées dans plusieurs massifs, tandis que les périodes de chasse de nombreux oiseaux migrateurs sont régulièrement contestées devant les tribunaux. Les modalités de prélèvement de la bécasse des bois font elles aussi l'objet d'un contrôle juridique croissant. Pour les associations de protection de la nature, ces évolutions traduisent une adaptation nécessaire de la réglementation aux connaissances scientifiques les plus récentes. Les traditions, selon elles, ne peuvent justifier le maintien de pratiques susceptibles de fragiliser certaines populations sauvages. Les chasseurs défendent une analyse différente. Ils considèrent que nombre de ces pratiques traditionnelles ne concernaient qu'un nombre limité de passionnés et représentaient des prélèvements très faibles. Ils dénoncent une remise en cause progressive d'un patrimoine cynégétique parfois plusieurs fois centenaire et regrettent que l'action juridique se concentre principalement sur les espèces en déclin, sans prendre suffisamment en compte une autre réalité de terrain : la forte progression de certaines populations comme les sangliers ou plusieurs espèces de cervidés. C'est cette contradiction qui alimente aujourd'hui le débat. Alors que certaines pratiques disparaissent au nom de la protection de la biodiversité, d'autres espèces prolifèrent et provoquent des dégâts agricoles, forestiers ou des collisions routières de plus en plus nombreuses. La question est désormais de savoir si la protection juridique des espèces, à elle seule, peut répondre aux enjeux complexes de gestion de la faune sauvage. Un débat qui reste loin d'être tranché et qui continue de structurer les relations entre le monde cynégétique, les pouvoirs publics et les associations environnementales.