La chasse peut-elle continuer à vivre sur ses acquis ?
C’est là que le contraste devient préoccupant. Le monde cynégétique dispose pourtant d’atouts considérables : des centaines de milliers de pratiquants, des fédérations structurées, une connaissance incomparable du terrain, des réseaux associatifs puissants et une expérience quotidienne de la gestion de la faune. Mais disposer d’un patrimoine ne signifie pas savoir le défendre. Une chasse qui considère certains de ses droits comme définitivement acquis risque de découvrir, trop tard, qu’en matière politique et juridique, rien n’est jamais inoxydable.
Le mouvement anti chasse l’a parfaitement compris. Il ne lui est pas nécessaire d’obtenir partout une interdiction générale. Il suffit de contester successivement une période de chasse, une espèce, une méthode, un arrêté, une dérogation. On gagne ici, on suspend là, on obtient une annulation ailleurs. À force de petits coups de boutoir, c’est l’architecture entière qui peut finir par se fissurer. Les recours contre le déterrage en donnent une illustration spectaculaire : les associations revendiquent des dizaines de procédures et de nombreuses suspensions obtenues au fil des années. Face à cette stratégie d’usure, la chasse donne parfois le sentiment de fonctionner encore avec une logique de rente historique : « Nous avons toujours chassé ainsi, donc nous chasserons encore ainsi. » Mauvais calcul. La société évolue, les tribunaux tranchent, les réglementations changent et les adversaires, eux, travaillent leurs dossiers pendant que certains responsables cynégétiques semblent attendre le prochain coup. Le paradoxe est cruel : les chasseurs sont quotidiennement sur le terrain, mais leurs adversaires occupent de plus en plus efficacement le terrain médiatique, juridique et politique. L’ASPAS pouvait encore, en mars 2026, présenter le « Manifeste pour la chasse » de la FNC comme une vision « réactionnaire » et « passée de mode », tout en déployant son propre contre-discours auprès des élus. La question n’est donc plus de savoir si la chasse de demain est menacée. Elle est de savoir si elle comprend qu’elle est déjà engagée dans une bataille quotidienne. Car pendant que les uns défendent ce qu’ils considèrent comme des acquis, les autres travaillent méthodiquement à les transformer en souvenirs.