Pour comprendre la singularité de Maulnes, il faut lever les yeux et regarder son plan. Le bâtiment est organisé autour d’un pentagone, avec un puits central qui structure l’ensemble. Cette géométrie donne naissance à une organisation intérieure particulièrement originale, où les espaces s’articulent autour de ce cœur central. Les cinq côtés du château, ses escaliers et ses volumes intérieurs composent un ensemble qui paraît presque calculé comme une machine. Pourtant, Maulnes est bien une résidence Renaissance, et non une forteresse militaire. Sa forme témoigne de la liberté architecturale de cette époque, lorsque les bâtisseurs pouvaient explorer des solutions nouvelles pour répondre aux besoins d’une demeure de plaisance. Cette géométrie est aussi au cœur d’une anecdote qui relie le château à l’histoire américaine. En 1917, le général John J. Pershing arrive en France pour prendre le commandement du corps expéditionnaire américain engagé dans la Première Guerre mondiale. Il débarque le 13 juin et installe d’abord son quartier général à Paris. Dans les semaines suivantes, il parcourt la France pour examiner les implantations possibles de l’American Expeditionary Forces. Le 8 août 1917, il écrit officiellement qu’il a choisi Chaumont pour installer son quartier général dans la zone des armées. Le déplacement intervient au début du mois de septembre. Une source locale affirme toutefois que Pershing et l’état-major américain auraient installé, un temps, leur quartier général au château de Maulnes. Cette présence serait attestée par un graffiti conservé sur le site. Si cette tradition se confirmait, elle donnerait au château une place singulière dans l’histoire de l’AEF, avant l’installation durable du quartier général à Chaumont. Mais il reste à retrouver la date précise de ce passage, ses circonstances et le document qui permettrait de le confirmer.

Maulnes a-t-il inspiré la construction du Pentagone américain ?

C’est ici que l’histoire locale rencontre l’un des bâtiments les plus célèbres des États-Unis : le Pentagone. La tradition raconte que Pershing aurait été marqué par la géométrie particulière de Maulnes et qu’il aurait ensuite inspiré, directement ou indirectement, la forme du grand bâtiment militaire américain. L’idée est séduisante. Elle relie un château Renaissance de l’Yonne à un édifice construit pour abriter le département de la Guerre des États-Unis, et fait de Maulnes un témoin possible d’une histoire qui dépasse largement les frontières de la Bourgogne. Mais séduisante ne signifie pas démontrée. Le Pentagone possède bien une histoire liée à sa forme géométrique : le premier site envisagé à Arlington Farms avait conduit à retenir un plan pentagonal, avant que le projet ne soit déplacé et adapté. Les sources disponibles ne permettent pas, à ce stade, d’établir que Maulnes en serait l’inspiration. Il faut donc distinguer trois niveaux : le passage éventuel de Pershing à Maulnes, la tradition qui associe ce séjour à la géométrie du château, et l’hypothèse d’une influence sur le Pentagone. Cette distinction n’enlève rien à l’intérêt du récit, au contraire. Elle ouvre une véritable enquête historique. Les archives de l’American Expeditionary Forces, le journal de Pershing et les fonds de l’Yonne et de la Haute-Marne pourraient peut-être apporter des réponses. À quelle date le général aurait-il séjourné à Maulnes ? Dans quelles circonstances ? Et surtout, d’où vient cette histoire qui fait du château un possible modèle du Pentagone ? En attendant ces vérifications, Maulnes conserve un autre mérite : celui de faire dialoguer la chasse, le patrimoine et l’histoire américaine. Le 6 septembre, le château a retrouvé les chiens, les trompes et les traditions cynégétiques. Il rappelle aujourd’hui que son architecture, elle aussi, peut continuer à faire naître des récits. À condition de les raconter avec la curiosité du chercheur et la prudence de l’historien.