Lancé en 2023, le projet de recherche « Dépréciateur » commence à livrer ses premiers résultats. Porté par l’Université d’Orléans et l’INRAE, avec le soutien financier de la société Courvoisier SAS via le fonds ONF-Agir pour la forêt, ce programme vise à mieux comprendre les insectes responsables de la dégradation du bois de chêne et les facteurs favorisant leur présence. Au cœur de l’étude figure la « piqûre noire », une altération du bois provoquée par des insectes qui creusent des galeries dans l’aubier et parfois dans le duramen. En introduisant des champignons dont leurs larves se nourrissent, ils provoquent des taches sombres qui dévalorisent fortement le bois. Lorsque les galeries atteignent le bois de cœur, les grumes deviennent impropres aux usages les plus recherchés, comme la tonnellerie, la menuiserie ou la fabrication de parquets.
Menée dans neuf forêts du bassin ligérien, l’étude révèle que ces dégâts ne sont pas imputables à une seule espèce. Les chercheurs ont identifié une dizaine d’espèces de « piqueurs », capables d’attaquer l’aubier et le duramen, ainsi qu’une quinzaine d’insectes cambiophages, qui se nourrissent des tissus situés entre l’écorce et le bois. Les premiers apparaissent dès le mois de mars et deviennent particulièrement abondants à partir de mai. Les observations montrent également que les peuplements de chênes affaiblis hébergent davantage d’insectes nuisibles, notamment certaines espèces comme le monographe. Les insectes cambiophages se révèlent particulièrement présents au début de l’été. Les attaques se concentrent surtout sur la partie basse des arbres, celle qui possède la plus forte valeur économique pour la filière bois. L’un des apports majeurs du programme réside dans l’utilisation de l’ADN environnemental prélevé dans le frass, un mélange de sciure et de déjections expulsé par les insectes hors de leurs galeries. Cette méthode innovante a déjà permis d’identifier quatre espèces sans détériorer le bois et apparaît plus rapide et moins coûteuse que les techniques classiques. Des analyses biochimiques ont également été réalisées afin de distinguer l’aubier du duramen et d’estimer la profondeur des attaques. Si les premiers résultats sont encourageants, les chercheurs souhaitent encore affiner cette méthode pour différencier précisément les piqûres superficielles des atteintes profondes. D’ici fin 2026, les travaux se poursuivront pour mieux comprendre l’influence des caractéristiques des peuplements forestiers — densité, hauteur, ouverture du couvert ou microclimat — sur la présence des insectes dépréciateurs. À terme, ces connaissances pourraient permettre d’anticiper les périodes à risque et d’adapter les pratiques sylvicoles afin de limiter les dégâts sur les chênes et préserver la valeur des bois.
Chênes : les premiers enseignements d’une étude sur les insectes qui dégradent le bois
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Chênes : les premiers enseignements d’une étude sur les insectes qui dégradent le bois