Le président Manenti est toutefois soucieux de la répartition par tranche d’âge, qui met en évidence un vieillissement progressif des chasseurs. Les tranches les plus nombreuses sont celles des 56-65 ans et des 66-75 ans. Les diminutions les plus marquées concernent les 46-55 ans et les 16-25 ans. C’est un point de vigilance important pour le renouvellement des générations, même si les chiffres ne permettent pas, à eux seuls, d’en déterminer les causes. En retranchant les 355 permis de chasseurs ne résidant pas sur le territoire, on obtient 6 120 permis détenus par des résidents de Corse-du-Sud, soit environ 3,64 % de la population départementale. À titre de comparaison, la proportion nationale est de 1,45 %. La proportion estimée en Corse-du-Sud est donc environ 2,5 fois supérieure à la moyenne nationale. Ces chiffres illustrent la place importante de la chasse dans la vie locale. Le renouvellement des générations et la transmission de la pratique représentent ainsi des enjeux majeurs pour son avenir, martèle le président Manenti.

 

Les espèces chassées et les modes de chasse

En ce qui concerne le petit gibier, le lapin est bien présent sur certaines zones du département, mais demeure sensible aux diverses épizooties. La perdrix rouge est également bien présente sur les territoires et permet une chasse sportive. Le lièvre se porte bien par secteur. Il est chassé aux chiens courants, avec un PMA d’un animal par jour de chasse et par équipe. Les secteurs les plus favorables, autour d’Ajaccio et de Sartène, permettent de belles chasses. Concernant les migrateurs, la bécasse se maintient, surtout en montagne. Pour la palombe, c’est plus aléatoire, selon le passage. La saison 2025-2026 a connu un réel engouement, car le passage a été très important, générant même une hausse du nombre de validations de permis. Les grives, hélas, sont beaucoup moins présentes, surtout si l’on se réfère aux années magiques 1985-1986. Le grand gibier est dominé par le sanglier, qui représente à lui seul plus de 80 % de l’activité cynégétique du département. Les battues corses sont superbes, tant par les territoires que par leur typicité. Sur le département, la FDC attribue 195 carnets de battue. Le sanglier est tiré à la chevrotine et à balle : 60 % des tireurs utilisent la chevrotine et 40 % à balle. Les formations à la sécurité sont assurées gratuitement par la FDC. La chasse au sanglier se déroule du 15 août au 28 février, tous les jours sauf le mardi et le vendredi. Les associations communales de chasse gèrent les territoires et, dans une même commune, plusieurs équipes spécialisées peuvent coexister. Le sanglier est chassé aux chiens courants. Souvent, les jeunes chasseurs organisent à trois ou quatre des micro-battues sur de petits territoires, à l’aide de Cursinus. La battue traditionnelle, quant à elle, se déroule sur de vastes territoires où le chien courant s’impose et doit en imposer, car le sanglier est ici chez lui. Les prélèvements des quatre dernières saisons sont les suivants : 13 976 sangliers en 2025-2026, 14 111 en 2024-2025, 6 580 en 2023-2024 et 12 466 en 2022-2023. La chute des prélèvements en 2023-2024 est due à la sécheresse persistante, qui avait entraîné une reproduction catastrophique, les laies abandonnant même leurs marcassins pour se sauver. Heureusement, l’année suivante avait été riche en fruits forestiers, permettant la reconstitution du cheptel de suidés. L’aspect sanitaire est également suivi de près. L’année dernière, un cas de maladie d’Aujeszky a entraîné la perte de plusieurs chiens courants. La FDC finance actuellement une étude pour lutter contre cette maladie. Quant à la facture des dégâts, elle reste contenue, essentiellement pour des dommages aux prairies naturelles. Le secteur viticole est peu touché, car les viticulteurs ont fait des efforts en matière de prévention des dégâts.

 

Relations, actions fédérales et avenir de la chasse

Les relations avec l’OFB sont bonnes, même si le département ne compte hélas que six agents. Celles avec la préfecture et la DDT sont parfois fluctuantes. Avec le monde agricole et la chambre d’agriculture, les relations sont correctes, tout comme avec les élus politiques. Avec les chasseurs, cela va bien : plusieurs réunions de secteur sont organisées chaque année et les assemblées générales fédérales sont bien suivies. Chaque année, la FDC investit 100 000 euros dans le repeuplement et l’achat de miradors destinés à la sécurité lors des battues postées. Cinq miradors sont attribués gratuitement par équipe de chasse ; les suivants, qui coûtent 350 euros à la FDC, sont vendus 250 euros aux équipes. Une action est également menée en faveur des chiens courants, grâce à la fourniture, avec Natur-Dog, de chenils simples ou doubles à des tarifs privilégiés pour les propriétaires de meutes. Chaque année, une journée « Nature propre » est aussi organisée par la FDC. La volonté fédérale est d’aider au maximum les chasseurs locaux, en favorisant la sécurité, le bien-être des chiens et la protection de la nature. À noter également que la FDC 2A propose à ses chasseurs une assurance individuelle propre. Concernant l’avenir de la chasse en Corse-du-Sud, le président Manenti estime souvent que les chasseurs sont des laissés-pour-compte. La chasse en Corse répond à des critères locaux spécifiques forts. Elle demeure profondément ancrée dans le territoire et représente un patrimoine important, adapté à ses particularités. Le souci principal reste la présence endémique du maquis et le recrutement des jeunes pour assurer le renouvellement des générations de chasseurs. Alors, président de FDC, est-ce une tâche gratifiante ? « Président de FDC, me dit Ange-Dominique Manenti, c’est d’abord le reflet d’une passion, celle de la chasse. J’en suis cette année à mon cinquantième permis, la plupart derrière la “Bête noire”. Ensuite, c’est la volonté de défendre nos valeurs, notre patrimoine cynégétique et de représenter les chasseurs de Corse-du-Sud qui me soutiennent et dont je me dois d’être le porte-parole, ici et sur le continent, auprès de nos instances. C’est une tâche pas toujours simple dans les conditions actuelles, mais pour laquelle il convient de tenir bon, pour défendre et faire aimer notre art de vivre. »

 

Le mot de conclusion du président Ange-Dominique Manenti

« La chasse, avant d’être un loisir, est une PASSION. Passion que m’ont inculquée mon père et mes oncles, chasseurs dans l’âme, avec qui j’ai eu la chance de la partager pendant plusieurs années. De nos jours, nous devons affronter un grand nombre d’attaques venues aussi bien des partis animalistes que des instances nationales et européennes. La suppression de nombreuses chasses traditionnelles, la mise en place de moratoires alors que les chasseurs ont produit des études sérieuses prouvant le bon état de conservation de ces espèces… Mais, fiers de notre activité, nous continuerons à nous battre afin de la faire perdurer ». « SO CACCIADORE E NO SO FIERU ! »  (je suis chasseur et j’en suis fier !).

Pierre Périé