Le calendrier a de quoi surprendre. Alors que les incendies se multiplient, que des milliers d'hectares de forêts partent en fumée et que les forestiers alertent depuis des années sur l'urgence de renouveler des peuplements fragilisés par les sécheresses, les scolytes et les tempêtes, le Conseil d'État a annulé le décret constituant l'un des piliers du plan présidentiel visant à planter un milliard d'arbres en dix ans. La décision repose sur un vice de procédure : le texte, jugé susceptible d'avoir une incidence significative sur l'environnement, aurait dû être soumis à une consultation publique. Juridiquement, le raisonnement est fondé. Mais, sur le terrain, les conséquences interrogent. Ce recours, porté par une association environnementale, illustre une dérive devenue trop fréquente : celle qui consiste à multiplier les contentieux contre des projets de gestion forestière, au nom d'une vision idéalisée de la nature où toute intervention humaine devient suspecte. À force de privilégier l'immobilisme au pragmatisme, certains finissent par combattre les outils mêmes qui permettraient d'adapter les forêts aux bouleversements climatiques. Les forestiers, qu'ils soient publics ou privés, savent pourtant que de nombreux peuplements arrivent en fin de cycle ou dépérissent rapidement. Dans bien des régions, il ne s'agit plus de transformer la forêt, mais simplement d'éviter sa disparition. Renouveler les peuplements, diversifier les essences, préparer les massifs aux climats de demain ne relève plus d'un choix idéologique mais d'une nécessité. Cette annulation intervient alors que la forêt de Fontainebleau vient de subir un incendie majeur, que les départements multiplient les restrictions face à la sécheresse et que la mortalité des arbres atteint des niveaux inédits. Dans ce contexte, bloquer un dispositif destiné à soutenir le renouvellement forestier apparaît pour beaucoup comme un très mauvais signal. Les Français apprécieront sans doute qu'au moment où les massifs souffrent comme jamais, l'énergie de certains soit consacrée à ralentir les projets de reboisement plutôt qu'à accélérer leur mise en œuvre. La forêt française n'a pas besoin de procédures interminables ni de postures militantes. Elle a besoin d'investissements, de gestion, de renouvellement et d'une vision à long terme. Défendre la forêt ne consiste pas seulement à s'opposer ; cela suppose aussi d'accepter qu'il faille parfois agir pour qu'elle puisse continuer à exister demain.