À l’approche de l’entrée en vigueur du Règlement européen contre la déforestation (RDUE), le Brésil renforce ses outils de transparence environnementale. L’Institut Sociedade, População e Natureza (ISPN) a lancé une nouvelle plateforme numérique au sein de son Observatoire socio-environnemental afin de mieux identifier les impacts locaux liés à la production de matières premières destinées aux marchés internationaux. Cette initiative intervient alors que l’Union européenne s’apprête à appliquer pleinement le RDUE, qui interdira l’importation de produits issus de terres déboisées après le 31 décembre 2020. Initialement prévue fin 2024, l’application du règlement a été reportée et devrait concerner les grandes entreprises à partir de décembre 2025, puis les PME en 2026. Les filières concernées incluent notamment le soja, le cacao, le café, l’huile de palme, le caoutchouc, le bois et les produits bovins. La plateforme brésilienne rassemble des données remontant à 2002 et permet une analyse détaillée à l’échelle des municipalités et des États fédérés. Elle croise cinq grands indicateurs : la déforestation et les incendies, les conflits sociaux et fonciers, les régimes de propriété et territoires protégés, les risques climatiques liés à l’eau et à la sécurité alimentaire, ainsi que les données de production agricole et d’élevage. Au-delà du seul aspect environnemental, l’outil met l’accent sur les droits humains. Il recense notamment les conflits liés à l’accès à la terre et à l’eau, les cas signalés de travail forcé, les violences rurales ainsi que les atteintes aux droits des populations autochtones et des communautés quilombolas. L’objectif est de permettre aux entreprises, aux investisseurs et aux importateurs de mieux évaluer les risques associés à leurs chaînes d’approvisionnement. Sans désigner directement les entreprises impliquées, la plateforme identifie les territoires où existent des risques élevés de déforestation ou de violations des droits humains. Elle constitue ainsi un outil précieux de « due diligence » pour les opérateurs économiques qui devront démontrer la conformité de leurs approvisionnements avec les nouvelles exigences européennes. Pour les observateurs, cette initiative illustre l’évolution des marchés agricoles mondiaux, où les critères environnementaux et sociaux deviennent désormais aussi importants que les critères économiques dans l’accès aux marchés internationaux.