La question des sanctuaires cynégétiques devient donc centrale. De plus en plus de responsables agricoles et forestiers demandent désormais un recensement précis des surfaces interdites à la chasse et de leur rôle dans la dynamique des populations de grand gibier. Certains évoquent même la création d’une cartographie nationale des zones-refuges, afin d’évaluer leur impact réel sur les dégâts agricoles et forestiers. Car au-delà des cultures, les coûts indirects explosent également : régénérations forestières compromises, plantations détruites, accidents routiers en hausse et déséquilibres écologiques croissants. Mais le sujet le plus sensible reste celui du financement futur. Si les chasseurs refusent désormais d’assumer seuls la facture, qui devra payer ? Les pistes évoquées deviennent politiquement inflammables. Certaines fédérations suggèrent que les gestionnaires d’espaces interdits à la chasse participent financièrement aux indemnisations lorsque leurs terrains servent manifestement de refuge aux animaux. D’autres estiment que les opposants organisés à la chasse devraient également assumer une part des conséquences économiques des politiques qu’ils soutiennent. Une idée encore taboue il y a quelques années, mais qui progresse désormais ouvertement dans les débats cynégétiques. Les propositions vont plus loin encore. Certains responsables évoquent la création de fonds mutualisés associant État, collectivités, gestionnaires d’infrastructures et propriétaires refusant la chasse. D’autres plaident pour un mécanisme inspiré du principe pollueur-payeur : toute structure contribuant à empêcher la régulation participerait automatiquement au financement des dégâts générés. Une hypothèse explosive juridiquement, mais qui traduit la montée de l’exaspération dans le monde rural. En soutenant publiquement cette ligne, Xavier Bertrand donne une dimension nationale à un débat jusqu’ici essentiellement porté par les chasseurs. Son intervention pourrait accélérer une remise à plat complète du système français d’indemnisation des dégâts de gibier. Car derrière la question financière apparaît désormais un affrontement beaucoup plus profond : celui du partage des responsabilités entre ceux qui demandent davantage de protection pour la faune sauvage… et ceux qui doivent en assumer concrètement les conséquences sur le terrain.