Selon une étude réalisée en Allemagne, les forêts ne meurent pas uniquement à cause du réchauffement climatique. Certes, il constitue probablement un facteur aggravant, notamment en accentuant les épisodes de sécheresse et les vagues de chaleur, mais on ne peut le rendre, à lui seul, responsable du dépérissement des massifs forestiers. À ce jour, aucune étude n'a démontré que la hausse moyenne d'environ 2 °C des températures explique, à elle seule, le phénomène observé. Il faut donc s'interroger sur d'autres causes, souvent plus anciennes. Le processus de dégradation des forêts a commencé il y a plusieurs décennies. En Allemagne comme en France, les grands remembrements agricoles des années 1960 à 1980, destinés à moderniser l'agriculture, ont profondément modifié les paysages.
Drainage des zones humides, arasement des talus, arrachage des haies, rectification des cours d'eau et agrandissement des parcelles ont progressivement accéléré l'écoulement des eaux de pluie vers les rivières, limitant leur infiltration dans les sols. Cette évolution s'est installée lentement, presque silencieusement, sans que les conséquences sur la ressource en eau soient pleinement prises en compte. Pourtant, les spécialistes de l'hydrologie alertent depuis plusieurs années sur la nécessité de restaurer les capacités naturelles des sols à retenir l'eau. Lorsque celle-ci disparaît, les arbres deviennent beaucoup plus vulnérables aux parasites, aux maladies et aux épisodes de chaleur. En France, les constats sont similaires. Dans de nombreuses régions de plaine, les peuplements de chênes, de hêtres ou encore d'épicéas souffrent avant tout d'un déficit hydrique chronique. Les sécheresses successives aggravent une situation déjà fragilisée par des décennies d'aménagements ayant réduit la capacité des territoires à stocker l'eau. Les dépérissements observés dans le Grand Est, en Bourgogne-Franche-Comté, en Centre-Val de Loire ou encore dans le Massif central illustrent cette tendance. Les températures plus élevées augmentent effectivement l'évaporation et modifient la répartition des précipitations. Mais c'est bien le manque d'eau disponible dans les sols qui apparaît comme le principal facteur de dépérissement. Les essences méridionales résistent souvent mieux à la chaleur parce qu'elles disposent d'adaptations physiologiques particulières ou poussent dans des contextes où leurs systèmes racinaires peuvent accéder à des réserves profondes. Les introduire dans des territoires dont les zones humides ont disparu ne constitue probablement pas une solution durable. Restaurer le cycle naturel de l'eau, redonner toute leur place aux haies, aux mares et aux zones humides pourrait, à long terme, se révéler bien plus efficace que le simple remplacement des essences forestières.
Le dépérissement des forêts : cinquante ans d'aménagements en question
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Le dépérissement des forêts : cinquante ans d'aménagements en question