Au laboratoire Archéologie, Terre, Histoire, Sociétés (Artehis) de Dijon, les rayonnages ne renferment ni livres anciens ni manuscrits, mais plusieurs centaines d'ossements humains et animaux soigneusement inventoriés. Cette collection de référence, appelée ostéothèque, constitue un outil scientifique indispensable pour les archéologues et les archéozoologues chargés d'identifier les vestiges découverts lors des fouilles. Constituée au fil de plus de vingt années de recherches, cette bibliothèque d'os rassemble des restes provenant de fouilles archéologiques ou, plus rarement, de dons. Les spécimens couvrent toutes les périodes, du Mésolithique jusqu'au 20e siècle, ainsi que tous les âges de la vie. Chaque pièce est conservée dans des conditions précises afin d'éviter les dégradations liées à la lumière, à l'humidité ou aux variations de température. L'intérêt d'une telle collection réside dans la comparaison. Les archéologues travaillent fréquemment sur des fragments très incomplets, parfois altérés par le temps, le feu ou les conditions de conservation. En confrontant un éclat d'os à un spécimen de référence, ils peuvent déterminer avec précision la partie anatomique concernée, l'espèce, voire le sexe, l'âge ou certaines pathologies de l'individu auquel appartenait l'os. Pour les archéozoologues, l'ostéothèque animalière est une véritable mine d'informations. L'étude des ossements permet de reconstituer les espèces présentes sur un site, de comprendre les pratiques d'élevage, d'évaluer l'alimentation des populations anciennes ou encore de mettre en évidence certaines activités artisanales. Les bois de cervidés, par exemple, servaient à fabriquer des outils, tandis que les cornes pouvaient être transformées en peignes, manches ou armes. Les os conservent également les traces de maladies, de traumatismes ou de sollicitations mécaniques liées aux travaux agricoles, offrant ainsi un aperçu précieux de la vie quotidienne des hommes et des animaux il y a plusieurs siècles. Cette connaissance bénéficie aussi, de façon plus indirecte, aux spécialistes de la faune sauvage. Les collections ostéologiques constituent en effet une référence précieuse pour distinguer les différentes espèces de cervidés, de suidés ou de carnivores, identifier des restes découverts sur le terrain ou mieux comprendre l'évolution historique de leur répartition. Autant d'informations qui enrichissent les connaissances sur les grands mammifères fréquentant aujourd'hui nos territoires. Au-delà de la recherche, l'ostéothèque d'Artehis joue un rôle majeur dans la formation des futurs archéologues. Les étudiants y apprennent à reconnaître les structures osseuses en manipulant des spécimens réels, une étape indispensable pour acquérir les gestes et le regard indispensables au travail de terrain. Grâce à cette exceptionnelle bibliothèque anatomique, les os continuent ainsi de raconter l'histoire des hommes, des animaux… et des paysages qu'ils ont façonnés ensemble au fil des millénaires. (Photo E. Wittmann, ARTEHIS, 2026)