Dix ans après leur création par la loi du 8 août 2016, les obligations réelles environnementales (ORE) sont présentées comme un outil permettant aux propriétaires de protéger durablement la biodiversité. Le principe est séduisant : un propriétaire signe avec une collectivité ou un organisme de protection de l’environnement un contrat qui fixe des obligations pouvant courir jusqu’à 99 ans. Surtout, ces engagements restent attachés au terrain et s’imposent aux propriétaires successifs. Mais derrière cette belle mécanique juridique se pose une question beaucoup moins confortable : quelle efficacité écologique réelle pour de minuscules parcelles isolées ? L’exemple des Sorinières, au sud de Nantes, est révélateur. Un particulier a choisi de placer sous ORE une parcelle d’environ 2 500 m², soit un quart d’hectare, située entre des terres maraîchères et la route départementale 78. Il y a installé des haies sèches, conservé des végétaux et aménagé son terrain afin d'attirer la petite faune. Il y observe notamment oiseaux, grenouilles, libellules, renards ou encore, occasionnellement, un héron. L’intention est évidemment respectable. Mais peut-on raisonnablement présenter un tel îlot comme un véritable sanctuaire de biodiversité ? Une parcelle de cette dimension peut fournir nourriture, abri ou zone de repos à certaines espèces. Mais elle ne constitue pas pour autant un écosystème autonome. Pour de nombreux mammifères, oiseaux ou reptiles, la question essentielle est celle de la continuité avec les habitats environnants. Or, un petit espace naturel cerné par des cultures et une route n'est pas nécessairement un refuge idéal. La route peut devenir une zone de mortalité ; les cultures voisines peuvent constituer un milieu exploité mais soumis à des pratiques agricoles ; et l’isolement peut limiter les déplacements et les échanges entre populations. Le paradoxe est alors saisissant : vouloir protéger la faune peut aussi conduire à concentrer artificiellement les attentes sur un îlot qui ne possède pas les dimensions nécessaires pour remplir toutes les fonctions écologiques qu’on lui prête. L’ORE, rappelons-le, ne transforme d'ailleurs pas une propriété en réserve naturelle intégrale. Le contrat définit librement les engagements destinés à maintenir, conserver, gérer ou restaurer des éléments de biodiversité ou des fonctions écologiques. Le propriétaire conserve son bien et ses usages, dans les limites prévues par le contrat. Le problème n’est donc pas l’ORE en elle-même. C’est le récit qui peut l’accompagner. Protéger juridiquement 2 500 m² pendant 99 ans ne garantit pas que la biodiversité y trouvera son compte pendant 99 ans. Après dix années d’existence, il serait peut-être temps de mesurer autre chose que le nombre de contrats ou d’hectares concernés : quelles espèces sont réellement présentes ? Se reproduisent-elles ? Les populations progressent-elles ? Les parcelles sont-elles connectées aux autres habitats ? Quel est le taux de mortalité aux abords ? Sans ces réponses, on risque de confondre deux choses : sanctuariser un terrain et protéger efficacement la nature. Et entre les deux, il y a parfois… 99 ans de différence.